LAPPARENT Albert, Auguste COCHON de

Par Bruno Poucet

Né le 30 décembre 1839 à Bourges (Cher), mort à Paris le 5 mai 1908 ; polytechnicien, ingénieur du corps des mines, professeur de géologie et de minéralogie à l’Institut catholique de Paris ; secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences ; président fondateur du syndicat de l’enseignement libre supérieur et secondaire.

Né dans une famille de polytechniciens originaires du Poitou, anoblie en 1753, Albert Cochon de Lapparent fit de brillantes études à la pension Landry à Paris, obtenant plusieurs prix au concours général. Il les poursuivit en mathématiques spéciales au lycée Bonaparte et entra à l’école polytechnique. Il en sortit major comme de l’école des mines par la suite. Intégrant le corps des mines en 1864, il se spécialisa en géologie au sein du service de la carte géographique de France. De 1865 à 1878, il fut corédacteur de la Revue de géologie. En 1874, il était secrétaire de la commission du tunnel sous-marin entre la France et l’Angleterre.

Profondément marqué par son éducation chrétienne, partisan de la liberté de l’enseignement supérieur, il accepta en 1875, sur demande de Mgr d’Hulst, de participer à la fondation de l’Institut catholique de Paris. En effet, le vote de la loi Laboulaye-Dupanloup du 12 juillet 1875 rendait possible la fondation de facultés privées. À la fin de l’année 1875, tout en restant ingénieur, Albert de Lapparent, qui ne disposait pas du titre de docteur pour enseigner dans une faculté des sciences, devint professeur à l’Institut catholique de Paris et fonda la chaire de géologie et de minéralogie. En 1880, mis en demeure par le ministre des Travaux publics, Sadi Carnot, il démissionna du corps des ingénieurs des mines afin de se consacrer entièrement à sa tâche de professeur. Il développa ses recherches sur les terrains sédimentaires, la formation des combustibles minéraux, les variations du niveau de la mer, la géographie physique. Il définit une ère géologique : « le lutécien ». Pour les besoins de l’enseignement et de la recherche, il organisa une collection de fossiles et de minéraux à l’Institut catholique de Paris.

En 1860, il fut élu président de la Société géographique de France, membre de la Société de minéralogie en 1885, puis en 1897 membre de l’Institut, à l’Académie des sciences dont il devint secrétaire perpétuel le 14 mai 1907, succédant à Marcellin Berthelot. Il était membre du comité de patronage des Annales de géographie.

Le 16 janvier 1902, il fut l’un des fondateurs du syndicat de l’enseignement libre supérieur et secondaire, et en devint le premier président. Ce syndicat national qui comporta assez rapidement 1 500 à 2 000 adhérents participa au congrès fondateur de la CFTC en 1919, mais n’y adhéra finalement pas, préférant être membre de la Confédération des Travailleurs Intellectuels (CTI). Néanmoins, il fusionnera en 1945 avec la Fédération CFTC de l’enseignement libre qui deviendra elle-même en 1964 la Fédération de l’enseignement privé CFDT. En 1902 et jusqu’en 1936, le syndicat national était un syndicat mixte : il rassemblait directeurs d’établissements et professeurs. C’était essentiellement un syndicat de défense des professeurs qui offrait échanges intellectuels et spirituels. Visant à l’organisation d’une profession déstructurée par les lois de 1901 et 1904, il proposait une commission de placement et une commission de contentieux, organisait une caisse mutuelle de retraite et une caisse de secours et cherchait à mettre en place un contrat de travail entre les professeurs et les directeurs d’institution. Le syndicat, sous la direction de son président, s’était maintenu sur le terrain de la défense professionnelle et avait refusé de prendre part dans les controverses politiques ou confessionnelles concernant la question de l’enseignement libre.

Lecteur du Correspondant dans lequel il écrivit de nombreux articles, socialement conservateur, Albert de Lapparent était héritier du catholicisme libéral et refusait d’identifier le catholicisme à la Contre-révolution. Il fut l’un de ceux qui permirent au débat entre science et foi de perdre beaucoup de son acuité au début du XXe siècle et de réconcilier l’Église catholique avec la modernité : en 1905, il prononça en effet six conférences sur Science et apologétique. Il était l’un des 35 signataires appelés les « cardinaux verts », académiciens qui, sous la direction de Ferdinand Brunetière, directeur de La Revue des deux mondes, adressèrent une « supplique aux évêques » afin de profiter des possibilités d’organisation qu’offrait la loi sur la séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905, notamment en acceptant les associations cultuelles. Si les évêques de France étaient, de fait, tentés de donner suite aux propositions de la « supplique » puisqu’ils demandèrent au pape d’accepter la loi, Rome, en revanche, refusa toute transaction.

Albert de Lapparent eut neuf enfants de son mariage avec Adèle Chenest en 1868, (l’un devint professeur à la faculté des sciences de la Sorbonne). Il était chevalier de la Légion d’honneur et docteur honoris causa de l’Université de Cambridge. Son nom avait été donné à l’Institut de géologie de l’Institut catholique de Paris avant sa fusion en 2006 avec l’Institut polytechnique La Salle de Beauvais. Une rue porte également le nom de Lapparent à Paris (VIIe arrondissement).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article183615, notice LAPPARENT Albert, Auguste COCHON de par Bruno Poucet, version mise en ligne le 17 août 2016, dernière modification le 23 janvier 2019.

Par Bruno Poucet

ŒUVRE : Le Pays de Bray, 1879. — Traité de géologie, 5e éd., 1905, 1re éd. 1882. — La géologie en chemin de fer, 1888. — Cours de minéralogie, 3e éd. 1899. — Fossiles primaires, 1885. — Fossiles tertiaires, 1886. — La formation des combustibles minéraux, 1886. — Le niveau de la mer et ses variations, 1886. —La question du charbon de terre, 1890. — Les anciens glaciers, 1893. — Leçons de géographie physique, 1896. — Le globe terrestre, 1899. — Science et apologétique, 1905.

SOURCES : Le Bulletin, organe trimestriel du syndicat des instituteurs privés, 1er trimestre 1905 (BNF Gallica). — Le Figaro, 26 mars 1906. — Bulletin du syndicat de l’enseignement supérieur et secondaire, 5, 1908. —Annales de l’école des Mines. — Annales de géographie, 1908, 94, p. 344-347. — Who’s who in France, XXe siècle, éd. J. Lafitte, Levallois-Perret, 2001, p. 1195. — Jean-Marie Mayeur, La Séparation des Églises et de l’État, Paris, éditions de l’Atelier, 2005, p. 160-175. — Bruno Poucet, Entre l’Église et la République, Paris, éditions de l’Atelier, 1998, p. 22-25.— Notes de Louis Botella.

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