CHARVOZ Maurice, Fabien

Par Marianne Enckell

Né le 12 février 1865 à Villette (commune de Bagnes, Valais, Suisse), mort le 9 mai 1954 à l’hôpital de Martigny (Valais). Négociant ; anarchiste, libre-penseur.

Novice à l’Abbaye de Saint-Maurice avant de perdre la foi, Maurice Charvoz (parfois orthographié Charvot) entreprit en 1886 des études de sciences à Genève, mais ne les termina que beaucoup plus tard (doctorat en Sorbonne en 1926) ; il aurait voulu devenir médecin.

Il revint dans son village où il se maria le 5 novembre 1888 et tint malgré lui l’épicerie-droguerie, en compagnie de son épouse Louise Esther Pache, tout en lisant beaucoup, en apprenant des langues et en écrivant pour divers journaux. Il eut aussi l’occasion de séjourner à Paris, Lyon et Genève. Il y rencontra d’autres étudiants anarchistes, en particulier Paraskev Stojanov, ainsi que Max Nettlau. Tous deux, lors de leurs longues excursions en montage, se donnaient rendez-vous chez Charvoz ou y faisaient étape.

C’est probablement Charvoz, ou l’un des frères Michaud, qui fonda à Bagnes un groupe anarchiste en 1893, avec « une quinzaine de paysans » ; l’année suivante, la Sûreté française intègre dans l’État des anarchistes résidant hors de France une vingtaine de noms de personnes résidant dans le village, avec plusieurs fratries. Il fonda aussi la première société de musique, une société de secours mutuels en 1895 et sans doute un groupe de la Libre Pensée. En 1888 déjà, le village comptait 18 personnes « sans confession », chose rare dans un canton très catholique. Par la suite, Charvoz entretint une importante correspondance avec Gustave Brocher, qui séjourna chez lui à plusieurs reprises.

Il fut aussi l’un des créateurs en 1900 de l’école libre de Bagnes. « L’éducation religieuse ne tendait à rien de moins, pour lui comme pour Elisée Reclus, qu’à former des centres routiniers et même réactionnaires dans lesquels s’organise, par des redites imbéciles et même par un enseignement pervers, une armée ou du moins une cohue déjà hostile au progrès. » Avec l’instituteur Alphonse Michaud, elle accueillit d’abord des enfants retirés du collège catholique, ainsi que des filles, au grand scandale des ecclésiastiques du lieu. Grâce au soutien de la franc-maçonnerie, cette école put subsister jusqu’en 1943.

Il fut membre du conseil exécutif de sa commune de 1909 à 1916, et député radical puis socialiste au Grand Conseil du Valais de 1925 à 1933.

Sa bibliothèque et ses archives ont été déposées aux Archives cantonales du Valais, à Sion. Il y avait réuni notamment « toute une documentation anarchiste, formée surtout de brochures de propagande. Ses auteurs sont alors Michel Bakounine, Sé́bastien Faure, Jean Grave, Pierre Kropotkine (17 titres), André́ Lorulot, Elisée Reclus (7 titres). Dans cette documentation, il faut relever quelques titres anonymes suggestifs : Chansonnier de la Révolution (Genève, 1902), L’Anarchie, Dialogue entre un anarchiste et un autoritaire, Entre paysans, L’Esprit de révolte, Évolution et révolution, La morale anarchiste, etc. »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article183682, notice CHARVOZ Maurice, Fabien par Marianne Enckell, version mise en ligne le 29 août 2016, dernière modification le 17 septembre 2020.

Par Marianne Enckell

ŒUVRE : « L’anarchie en Valais : la vallée de Bagne et les idées nouvelles », Gazette du Valais 1892 — La pensée libre dans l’évolution des peuples, Lugano, Coenobium 1917 — L’école libre du Valais : conférence faite à Vevey le 21 nov. 1908, Martigny, 1909 — La femme : son évolution sociale dans l’humanité, 1910 — La vie du Dr Romeo Manzoni, Lausanne, Libre Pensée, 1912 — Le socialisme : (l’idéal socialiste) : conférence aux socialistes du Valais, Lausanne 192 8 — Cinquantenaire de la première société de secours mutuels de Bagnes : 1897-1947, Martigny, 1947 — Plusieurs autres articles, recueils de poèmes, etc.
Traductions de Romeo Manzoni, sous son nom ou celui de Julius Vindex : Le prêtre dans l’histoire de l’humanité, Genève, Bertoni, 1901 ; Histoire naturelle de l’homme, Genève, Paris, 1902 ; Essais de philosophie positive, Paris, Lausanne, 1908 ; La physiologie des bombes, Ms., 25 p.

Sources : APPo, Etat signalétique confidentiel des anarchistes étrangers non expulsés résidant hors de France, décembre 1894 — IISG, Max Nettlau Papers — Archives de l’État du Valais, fonds Charvoz Maurice — wikivalais. ch — La Révolte, 2 septembre 1893 — Sandra Deslarzes-May, « L’école libre de Bagnes 1900-1943 », in Cahiers AEHMO, 16, 2000 — Sandra Delarzes-May, L’école libre de Bagnes 1900-1943, Verbier, 2011 — A. Donnet, « Catalogue des papiers de Maurice Charvoz », in Annales valaisannes, 1977, 161-192 — Anne Troillet-Boven, « L’école libre de Bagnes, propos et souvenirs », in Annales valaisannes, 1968.

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