CALISTI Louis, Sauveur, Noël

Par Jean-Claude Lahaxe

Né le 23 décembre 1922 à Mausoléo de Brando (Corse, Haute-Corse), mort le 7 août 2005 à Mausoléo ; employé des Assurances sociales, puis métallurgiste à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; résistant ; militant communiste, syndicaliste et mutualiste, membre du secrétariat de la fédération communiste des Bouches-du-Rhône, président de la Fédération nationale de la Mutualité des travailleurs (FNMT).

Fils d’un marin et d’une ménagère, Louis Calisti, après avoir fréquenté l’école publique dans son village natal, puis à Marseille (niveau brevet élémentaire), devint employé des Assurances sociales. En 1942, il fut incorporé dans un camp disciplinaire des Chantiers de Jeunesse à la suite de l’engagement de son père dans les FFL. Menacé d’être déporté en Allemagne à cause du STO, Louis Calisti s’évada début 1943. Après s’être réfugié dans une ferme près de Barrême (Basses-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence), il créa, sous le pseudonyme de Nap, en compagnie de quatre compagnons venus de Nice, le premier maquis FTPF de la région dont la première action consista à mettre hors d’état de nuire un chef milicien responsable de l’arrestation de plusieurs résistants de la région de Sisteron. À la suite d’une autre mission qui avait failli se terminer par son arrestation, Louis Calisti, qui avait adhéré au Parti communiste clandestin, fut nommé responsable militaire pour les Alpes-Maritimes en janvier 1944. Il échappa de nouveau à une embuscade que la Gestapo lui avait tendue dans un café de Nice. Deux mois plus tard, il devint l’adjoint du commandant des FTPF de la région F2 (aujourd’hui région PACA). En août 1944, Louis Calisti participa au sein de l’état-major FFI aux discussions conduisant à l’insurrection armée à Marseille. Homologué dans le grade de lieutenant FFI lors de la Libération, il signa un engagement volontaire dans l’armée française, passa par une école d’officiers et fut promu aspirant.

À la suite de sa démobilisation, Louis Calisti, dit Nap, revint à Marseille où il trouva du travail dans l’entreprise APRN (Atelier provençal de réparation navale). Membre du Parti communiste depuis 1943, secrétaire de section dès 1946, il fut licencié pour avoir été un des responsables du comité de grève animé par la CGT en novembre 1947. Les activités syndicales de Louis Calisti furent de même à l’origine de son renvoi de l’entreprise Terrin. Il trouva alors un emploi momentané à la Caisse d’action sociale de l’EDF. À partir des années 1950, deux parcours simultanés, au sein de la hiérarchie du PCF et à la tête de l’Union départementale des Mutuelles de travailleurs (UDMT), marquèrent son engagement.

Déjà secrétaire de la section du Vieux-Marseille, Louis Calisti siégea au comité de la fédération communiste des Bouches-du-Rhône à partir de 1950. Ses responsabilités ne le coupèrent pas pour autant de l’action sur le terrain. Il fut en particulier interpellé le 19 novembre 1951 pour distribution de tracts sur la voie publique lors des événements liés au passage à Marseille du bataillon français en partance pour la Corée. Devenu permanent en 1952, Louis Calisti fut, cette année-là, chargé de s’occuper des questions administratives de la fédération ainsi que de la section de Castellane. En 1956, il accéda au bureau fédéral communiste, puis fut nommé en décembre secrétaire départemental de la Jeunesse communiste reconstituée. Il suivit les cours de l’école centrale d’un mois en 1959 et ceux de l’école centrale de quatre mois en septembre 1961. Louis Calisti intégra le secrétariat de la fédération des Bouches-du-Rhône à l’occasion du rajeunissement des instances dirigeantes dans ce département. Il y demeura jusqu’en 1965, s’occupant plus particulièrement des questions d’organisation en 1962 et 1963. Élu au bureau fédéral entre 1966 et 1968, il fut en outre chargé de s’occuper de France-URSS (commissions de travail et de santé), de diriger le comité du parti pour l’EDF et le Mouvement de la paix. Louis Calisti fut présenté sans succès dans le 3e canton en 1958, dans la 3e circonscription de Marseille lors des législatives de juin 1968, dans le 2e secteur de Marseille lors des municipales de mars 1971 et dans le 3e secteur lors des législatives du mois de mars 1973.

Parallèlement à ses responsabilités politiques, Louis Calisti fut appelé à occuper le poste de directeur de l’Union départementale mutualiste de la CGT en 1956. Afin de surmonter les grosses difficultés financières et de fonctionnement que rencontrait cette dernière, il créa la revue La Vie mutualiste (qui devint par la suite Viva). En 1960, Louis Calisti participa avec les Mutuelles de Paris, Nice et Toulon à la création de la Fédération nationale des Mutuelles ouvrières (FNMO). Vice-président de l’UDMT-CGT depuis 1962, il succéda trois ans plus tard à la tête de cet organisme à Pierre Gabrielli, victime d’un accident mortel de la route. Louis Calisti contribua en 1969 à la naissance de la Fédération nationale des Mutuelles de travailleurs (FNMT) dont il devint le vice-président. Il créa en outre, la même année, la première caisse du Crédit mutuel en région PACA (de cette initiative allait naître en 1976 la Fédération du Crédit mutuel méditerranéen).

Ardent partisan de l’unité dans les Bouches-du-Rhône, Louis Calisti obtint, en 1970, que l’UDMT-CGT adhère au Grand Conseil de la Mutualité. Bien que ce dernier soit l’organe de la Fédération nationale de la Mutualité française (FNMF) dans les Bouches-du-Rhône, il en devint le président le 30 juin 1972. À ce titre, il effectua un séjour en Algérie qui dura jusqu’en janvier 1978. Au mois de décembre de la même année, il remplaça Roger Wynhant à la présidence de la FNMT. Louis Calisti finit par demander à être déchargé d’une partie de ces multiples responsabilités qui devenaient de plus en plus lourdes à assumer. En novembre 1982, à la suite de l’assemblée générale d’Arles, Yvette Giana lui succéda au poste de président de l’UDMT. Ce fut de nouveau elle qui le remplaça lorsqu’il quitta la présidence du Grand Conseil de la Mutualité en 1987.

Louis Calisti fut à l’origine de multiples initiatives correspondant à sa vision large de l’action mutualiste. En 1982, il contribua à la naissance de FM 92, une radio libre installée à Marseille. En 1985, il devint le premier président de l’Union nationale d’économie sociale et coopérative, une organisation destinée à regrouper les entreprises créées par la Mutuelle des travailleurs. Cette même année, la direction de la FNMF ayant décidé d’exclure de ses rangs les Mutuelles des travailleurs, Louis Calisti proposa de créer la Fédération des Mutuelles de France (FMF). Le congrès des 31 janvier et 1er février 1986 vit se concrétiser cette proposition. Élu président à cette occasion, il assuma cette fonction jusqu’en 1990, année de son départ à la retraite et de son remplacement par Daniel Le Scornet.

Depuis cette date, Louis Calisti, tout en conservant des liens avec la Mutualité au titre de président fondateur, se consacra à la Fédération nationale des anciens combattants de la Résistance. Vice-président du comité de Haute-Corse, il siégea aussi, à l’issue du congrès de Châteauroux en 1998, au bureau national. Louis Calisti fut élu administrateur de la Caisse du Crédit mutuel de Haute-Corse et de la Fédération du Crédit mutuel méditerranéen. Il siégea également au comité de la fédération du PCF de ce même département.

Élevé en 1983 au rang de chevalier de la Légion d’honneur au titre de la Résistance, Louis Calisti était en outre titulaire de la Croix de guerre avec palme et de la médaille attribuée aux combattants volontaires. Il était membre du bureau national de l’ANACR.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article18412, notice CALISTI Louis, Sauveur, Noël par Jean-Claude Lahaxe, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 8 août 2020.

Par Jean-Claude Lahaxe

ŒUVRE : Avec Jean-François Rey, Santé et cadre de vie. L’expérience mutualiste à Marseille, Éd. sociales, 1977, 157 p. — En collaboration, Contribution à la doctrine et à l’action mutualistes, FNMT, 1978. — En collaboration, Structures et gestion pour développer la démocratie mutualiste, FNMT, 1979. — « La Mutualité au service du progrès social », supplément à l’Opinion mutualiste, édité à la suite du congrès de la FNMT des 23-24 novembre 1979, 40 p. — « Le mouvement mutualiste dans la société française », conférence prononcée le 25 septembre 1980 à Paris, édition de La Vie mutualiste, Marseille, 49 p. — « Au service de l’homme », rapport prononcé lors du 4e congrès de la FNMT, 1981, édition de La Vie mutualiste, Marseille, 67 p. — La Mutualité en mouvement, Éd. sociales, coll. « Notre temps/Société », 1982, 185 p. — « Un projet mutualiste », rapport prononcé lors du 5e congrès de la FNMT, 1984, édition de La Vie mutualiste, Marseille, 59 p. — Collaboration à Pascal Posado, Léo Lorenzi, 1938-1945 : les communistes face à la tourmente dans les Bouches-du-Rhône, brochure éditée par la fédération des Bouches-du-Rhône du PCF et l’amicale des vétérans, 1995.

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, dossier 148 W 404, note du 19 novembre 1951. — Arch. de la Mutuelle générale des cheminots de Marseille, comptes rendus des réunions tenues à partir de l’année 1970. — Arch. de Gilbert Di Stéfano, brochures éditées par l’UDMT-CGT à la suite de ses assemblées générales de 1960 à 1965. — Listes établies de 1952 à 1968 à l’attention de la SMC par la fédération communiste des Bouches-du-Rhône. — Autobiographie déposée aux Arch. centrales du PCF. — La Marseillaise, 1949-1976. — Encart spécial dans le numéro de décembre 1999 de la revue Viva. — Mutualité magazine. L’Éclair mutualiste, éd. spéciale, décembre 1972. — Regards. Journal d’entreprise des Mutuelles de Provence, n° 50, mai 1995, p. 5 (photo). — Art. de Jean-Michel Bezat, Le Monde, 12 août 2005. — France d’abord, n° 1174-1175 (photo), juillet-août 2005. — Louis Calisti, La Mutualité en mouvement, op. cit., p. 9-10. — Pascal Posado, Léo Lorenzi, 1938-1945 : les communistes..., op. cit., p. 81. — Déclarations effectuées par l’intéressé les 10 et 19 février et le 3 mars 2003. — Henriette Dubois, "Nelly". En résumé... nous devons témoigner. Une vie militante... toujours en prise avec les événements, dactylographié, 78 p. + annexes, déposé à la bibliothèque du Musée de la Résistance des Alpes-Maritimes (deux pages de témoignages sur son action dans les Basses-Alpes au 2e trimestre 1943).

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