CALLAT Henri (Henry, Jean-Baptiste, Marie écrit Henri)

Par Jacques Girault

Né le 24 juin 1928 à Donazac (Aude), mort le 9 janvier 2017 à Leuc (Aude) ; professeur ; militant syndical (SNES) ; conseiller municipal communiste de Carcassonne (Aude) ; militant associatif ; poète.

Fils de viticulteurs, Henri Callat effectua une partie de sa scolarité secondaire au collège Saint-Stanislas à Carcassonne. Inscrit à la faculté de droit de Toulouse, il obtint la licence de droit (1952), puis la licence de philosophie (1955) à la Faculté des lettres. Après avoir soutenu en 1956 une thèse de doctorat en sciences économiques sur l’économie soviétique, ne trouvant pas d’emploi, il partit comme enseignant pendant deux années au lycée français de Thakhek (Laos). Revenu en France, en 1959, nommé adjoint d’enseignement de lettres au lycée de jeunes filles de Carcassonne, il fut muté en 1961 comme professeur certifié de lettres modernes au lycée Paul Sabatier où son épouse était gestionnaire et agent comptable. Il y enseigna aussi la philosophie jusqu’à sa retraite et fit parfois partie de jurys de baccalauréat pour les épreuves de philosophie.

Proche des mouvements catholiques se réclamant d’une approche différente des valeurs du travail incompatibles avec la domination du capitalisme, certainement partisan des analyses de Maurice Montuclard pendant ses études, il sympathisait avec une des composantes de la Nouvelle Gauche et luttait aussi contre la menace de guerre et pour la paix avec le Mouvement de la Paix. Lors du congrès mondial de la Paix à Stockholm où il était le délégué de l’Aude, il composa un poème, « Les Hommes et les fleurs », publié en première page des Lettres françaises, le 7 août 1958.

Secrétaire de la section (S1) du Syndicat national de l’enseignement secondaire de son établissement dans les années 1960-1970, au printemps 1968, Henri Callat fut un des animateurs de la grève avec occupation de son lycée, ce qu’il désignait, dans son témoignage, « autogestion pendant un mois ».

Henri Callat, qui avait combattu depuis 1956 la politique du Parti socialiste SFIO, adhéra au Parti communiste français en 1959. Membre du comité de la section communiste de Carcassonne, élu membre de comité de la fédération communiste en 1962, il intervenait dans les conférences fédérales au début des années 1960 sur la lutte pour la paix en Algérie puis au Vietnam. En octobre 1964, il se plaignit des informations fournies par le parti sur les divergences avec les communistes chinois, dont les analyses ne lui étaient pas étrangères. Il affirma, selon le rapport de Jean Rieu qui suivait la fédération de l’Aude, qu’il fallait éviter la scission et sauvegarder l’unité internationale des communistes. Des délégués l’ayant applaudi, Rieu, dans son intervention, exposa la ligne défendue par la direction du parti. En juillet 1965, selon le rapport de Rieu, Callat estimait que « le rôle historique de la SFIO est terminé » et s’était demandé pourquoi le PCF continuait à préconiser la recherche prioritaire de l’unité avec les socialistes SFIO au lieu de se tourner vers des alliances avec les autres forces ou hommes se réclamant de la gauche et du socialisme, et notamment le Parti socialiste unifié. Appuyé par d’autres délégués de la cellule Paul Éluard du lycée, il posait ainsi la question de l’alliance avec les socialistes. Pourquoi refuser d’envisager une alliance avec les militants du PSU ? Fallait continuer à soutenir le maire socialiste SFIO élu sur une liste de gauche comprenant des communistes ? Rieu estimait que ces militants intellectuels subissaient « l’influence de leur milieu » et demandait au secrétaire fédéral de mieux suivre cette cellule et de veiller « aux respects des principes sur la promotion des cadres ». Lors de la conférence fédérale de décembre 1966, Callat, dans son intervention, estima qu’un récent colloque organisé par le PSU auquel il avait participé était « très positif ». Il soutenait aussi, toujours selon un autre rapport de Rieu, qu’il fallait « éviter les condamnations radicales » des communistes chinois qui, « quelles que soient leurs erreurs, si erreurs il y a », avaient « le mérite de dénoncer l’impérialisme américain ». Rieu répondit sur le fond et se demanda pourquoi Callat n’avait pas présenté ces analyses lors d’une réunion du comité fédéral. Aussi proposa-t-il de le retirer du comité fédéral. Mais la commission des candidatures ne suivit pas le représentant de la direction du Parti. Lors du vote, sur les 112 délégués, 20 seulement rayèrent son nom en dépit de l’intervention du secrétaire fédéral favorable à sa mise à l’écart.

Dès l’automne 1968, Henri Callat reprocha au bureau politique d’avoir désavoué Roger Garaudy. Courant 1969, il écrivit un texte de quatre-vingts pages approuvant totalement, comme le faisait Roger Garaudy, les analyses de l’ouvrage de Radovan Richta « La civilisation au carrefour » (Paris, Editions Anthropos, 1969) émanant de l’Institut de philosophie de l’académie des sciences de Tchécoslovaquie. Il démontrait qu’en intervenant en Tchécoslovaquie les Soviétiques avaient commis « un crime contre le socialisme ». Il envoya son texte au secrétaire général Waldeck Rochet. Lors de la conférence fédérale de janvier 1970, il renouvela ses analyses critiques, désapprouva la mise à l’écart de Roger Garaudy et fut écarté du comité fédéral pour « désaccord politique complet avec le Parti ». En juillet 1970, il fut exclu du PCF.

Secrétaire départemental du Mouvement de la paix dans les années 1960, il fut élu conseiller municipal communiste de Carcassonne en 1965 sur la liste soutenue par le PCF. Il en démissionna en 1970.

Par la suite, Henri Callat adhéra au Parti socialiste. Il n’épousa pas la totalité de la politique du PS mais soutint les partisans d’une unité de la gauche de ce qu’il désignait comme « la troisième composante ». En 1981, il se félicita de la participation des communistes au gouvernement à direction socialiste puis regretta leur départ.

Après 1983, Henri Callat, tout en consacrant à ses recherches personnelles, milita dans le Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et pour la paix dont il devint le président départemental. Il fut, notamment, l’organisateur en 2008 d’une initiative spectaculaire de transfusion sanguine collective pour rétablir la paix en Palestine.

Retraité, Henri Callat se consacra davantage au mouvement associatif. Il fonda l’Association pour le développement de la recherche et des échanges culturels qui organisa 22 colloques avec des intellectuels de premier ordre (notamment, en 1996, un colloque « Penser l’avenir » en collaboration avec l’Université du Mirail à Toulouse, et, en 2005, à Carcassonne, un colloque intitulé « Le temps — temps physique, temps humain » en collaboration avec l’Université Paul-Sabatier de Toulouse). Il écrivit en 2003 un manuscrit titré « L’expérience esthétique dans la philosophie de Gilles Deleuze » qui fut publié sur le site Internet « archive.mcxaps.org ». En rapport avec le militantisme occitaniste, il se prononça, en 2005, contre le projet de constitution européenne et, en 2007, protesta contre la loi sur les universités tout en étant actif dans la création de l’université populaire du temps libre. Il lança un appel pour promouvoir le français, les lettres, les langues, les arts, la philosophie, les sciences humaines.

Militant de l’Association pour le développement des rencontres et des échanges universitaires et culturels, membre d’ATTAC, des Amis du Monde diplomatique, du Service incroyance et foi, de la Ligue des droits de l’Homme, du comité de défense du droit d’asile et des sans-papiers, Henri Callat continuait à militer activement contre la guerre, d’où le titre d’un long article qui lui était consacré dans L’Indépendant, le 30 mars 2003, « un intellectuel au service de la paix ». Pendant cette période, son œuvre poétique s’enrichissait, évoquant surtout la violence et « la traversée du XXeme siècle ». Annonçant son décès et ses obsèques civiles, La Dépêche du Midi le présentait comme « l’homme de tous les engagements en faveur des droits de l’homme […] ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article18414, notice CALLAT Henri (Henry, Jean-Baptiste, Marie écrit Henri) par Jacques Girault, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 2 janvier 2021.

Par Jacques Girault

ŒUVRE : Le catalogue de la BNF, en décembre 2020, comprenait un recueil de poésies - Deux saisons en enfer, Paris, La Nef de Paris, 1957, réédité en version numérique en 2019 (ebook.la-croix.com)

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Presse locale. — Renseignements fournis par l’intéressé.

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