BRANCIARD Michel

Par Madeleine Singer

Né le 29 janvier 1926 à Gleize (Rhône), mort le 31 janvier 2003 à Bourg-en-Bresse (Ain) ; professeur agrégé de sciences naturelles ; militant de la JEC puis syndicaliste, membre du comité national du Syndicat général de l’éducation nationale (SGEN) de 1960 à 1980 ; membre du Conseil économique et social.

Michel Branciard était le troisième des quatre enfants de Joseph Branciard, jardinier, qui avait épousé Claudine Mathieu, laquelle gardait occasionnellement des enfants. Celui-ci avait fait la guerre de 1914 et animait dans sa commune la section des Anciens combattants ; il était aussi lieutenant des sapeurs-pompiers. Le grand-père paternel de Michel, Benoît Branciard, instituteur public, avait été maire de Gleize pendant une trentaine d’années et conseiller général du canton de Villefranche-sur-Saône (Rhône) ; candidat radical socialiste lors des élections législatives de 1936, il fut battu par le socialiste Armand Chouffet.

Michel Branciard fit ses études secondaires au collège Claude-Bernard à Villefranche-sur-Saône et passa le baccalauréat Mathématiques élémentaires en 1944. Il eut alors un poste de maître d’internat au lycée Lamartine de Mâcon (Saône-et-Loire) et entra à la faculté des sciences de Lyon (Rhône) où il obtint en 1948 la licence de sciences naturelles, ce qui lui valut d’avoir à la rentrée un poste d’adjoint d’enseignement dans son établissement. Il fit alors un diplôme d’études supérieures et fut admis au CAPES en 1951. Après un an de service militaire, il enseigna au lycée Lalande à Bourg-en-Bresse (Ain) où il demeura après son succès à l’agrégation en 1953. Il y prit sa retraite en 1983. Il avait épousé en 1947 Hélène Blanc qui était alors sous-intendante dans un lycée. Ils eurent quatre enfants qui furent infirmière, assistante sociale, catéchiste, guide de haute montagne.

Michel Branciard avait été jéciste au lycée pendant deux ans et appartint ensuite à la Paroisse universitaire tant à Mâcon qu’à Bourg-en-Bresse. Il adhéra au SGEN en 1946 « sans qu’il y eût, dit-il, véritable prise de conscience ». Ce furent ses lectures qui, dans les années 1951-1955, le conduisirent à une adhésion plus consciente : Témoignage chrétien, Esprit avec Emmanuel Mounier et ses successeurs, Économie et humanisme, Reconstruction. Puis les événements et notamment la guerre d’Algérie l’amenèrent à s’engager plus avant. Dès 1953 il était secrétaire de son lycée à Bourg-en-Bresse, secrétaire départemental (tous degrés) de l’Ain et à ce titre membre du bureau académique. Cette même année 1953, il devint membre du bureau de l’Union départementale CFTC de l’Ain. Dès lors son activité allait se déployer tant au service du SGEN que sur le plan interprofessionnel.

Présent à tous les congrès SGEN depuis celui de 1956, il se fit le porte-parole de son académie, demandant en 1957 qu’on « aille de l’avant en élaborant davantage la notion d’un socialisme démocratique ». En 1958 il apportait l’accord de son congrès académique à la politique menée par le bureau national en faveur des libertés individuelles ; il soulignait à cette occasion la création à Lyon d’un Comité de défense de la personne auquel, aux côtés de la FEN et de divers partis politiques, le bureau académique participait activement. Élu en 1960 au comité national sur la liste présentée par le secrétaire général, il intervint sur les questions générales les plus importantes, notamment au comité national du 1er mai 1967 sur l’unité d’action avec la CGT, car on était au lendemain de l’accord CGT-CFDT du 10 janvier 1966. Le 1er mai 1969 le comité national entendit un long exposé de Paul Vignaux sur « Syndicalisme et société démocratique » car le congrès confédéral de 1970 avait à son ordre du jour un rapport d’orientation qui préconisait la marche vers une société marquée par l’autogestion, la propriété sociale des moyens de production et la planification démocratique. Michel Branciard fit des observations sur le texte de Paul Vignaux qui tendait, dit-il, à réduire l’opposition entre cogestion allemande et autogestion yougoslave : en insistant sur la dissociation entre propriété et gestion, ce texte méconnaissait l’importance de la première et donc du rôle des groupes financiers.

C’est au comité national de novembre 1969 que le rôle de Michel Branciard fut particulièrement important. Les événements de Mai 68 avaient fait surgir au sein du SGEN une minorité qui contestait la candidature de Charles Piétri*, secrétaire général adjoint élu au congrès d’avril 1968, avec vocation à la succession de Paul Vignaux qui comptait se retirer en 1970. Lors de ce comité national, Jacques George, candidat des « minoritaires », opposa un rapport à celui de Charles Piétri*. Au cours de la discussion, Michel Branciard évoqua son expérience de militant dans une UD où il fallait, dit-il, « qu’on puisse travailler tous ensemble, même quand un certain nombre de différences idéologiques nous séparent ». Hostile par conséquent à l’instauration de tendances, il demandait que chaque candidat fut décidé à intégrer toutes les virtualités qui étaient dans le SGEN. Le secrétaire académique de Lyon, Jean Vurpas* rappela alors la réunion en octobre 1969 des cinq secrétaires académiques de l’Est qui avaient souhaité que « tout candidat au poste de secrétaire général fut une personnalité qui affirmât être intégrateur de ce que certains appellent des courants au sein du SGEN » ; il demanda qu’au cours d’une suspension de séance, les deux parties essaient autour de Michel Branciard de trouver une solution de synthèse. À l’issue de cette suspension de séance, Michel Branciard ne put que constater l’échec de la mission de conciliation dont il avait été chargé. Les minoritaires, tout en acceptant la présence de Charles Piétri* à un poste important dans l’équipe du secrétaire général, refusaient l’intégration d’un certain nombre d’entre eux dans un bureau national sous la direction de Charles Piétri dont ils récusaient à nouveau la personnalité ; pour eux c’était Antoine Prost* qui pouvait être l’intégrateur, éventualité que Charles Piétri* rejetait. Il ne restait donc plus qu’à voter sur les rapports : Charles Piétri eut 61 voix sur 88, Jacques George 24, mais avec 28 abstentions. Michel Branciard lui-même ne votait pas, car élu sur la liste du secrétaire général, il n’était que membre suppléant du comité national.

À cette époque Michel Branciard était par ailleurs préoccupé par la préparation du congrès confédéral de 1970. D’octobre 1969 à mars 1970, il donna dans Syndicalisme universitaire une série de onze articles consacrés à « l’évolution de la société française » : néocapitalisme, pouvoir dans l’entreprise, plein emploi, etc. Depuis 1962 il était membre de la commission de formation du SGEN. D’abord l’adjoint de Claude Pinoteau*, il le suppléa de 1967 à 1969 ; ensuite il épaula Marcel Bourdaillet, puis à nouveau Claude Pinoteau* qui remplaça Marcel Bourdaillet trop pris par son travail de trésorier. Il travailla enfin avec Jean Lecuir* qui succéda en 1975 à Claude Pinoteau* qui voulait se consacrer à ses travaux littéraires. Ainsi au congrès SGEN de 1968, c’est Michel Branciard qui présenta le programme des sessions : celles-ci s’adressaient les unes aux jeunes, d’autres aux militants déjà formés par des sessions régionales ; d’autres encore étaient réservées aux secrétaires académiques et départementaux. Pendant quinze ans, il donna dans Syndicalisme universitaire des études sur tous les problèmes économiques et sociaux qui importent aux syndicalistes : emploi, Sécurité sociale, droit syndical, participation des salariés aux responsabilités de l’entreprise, fiscalité française, droit de grève, évolution des organismes de planification, inflation, travailleurs migrants, ouvriers spécialisés (OS), etc. Le nombre de ces études s’accrut de 1962 à 1968, fut pendant quatre ans de 12 à 17 chaque année, puis diminua car Michel Branciard, devenu en 1974, membre du Conseil économique et social au titre de la CFDT, eut moins de loisir. À cette époque il resta membre du comité national, vu son appartenance à ce Conseil car la modification des statuts du SGEN en 1974 avait entraîné la suppression de la liste du secrétaire général sur laquelle il figurait auparavant. Mais il n’eut plus souvent le temps de participer aux séances de ce comité national ; aussi il s’en retira en 1980 et n’assista pendant cette période qu’à un seul congrès SGEN, celui de Grenoble (Isère) en 1977. Toutefois il continua à alimenter Recherche-Formation dont Jean Lecuir avait la charge depuis qu’en 1973 cette revue « rassemblait les éléments de réflexion pour les syndiqués SGEN-CFDT » et avait remplacé le Bureau d’études SGEN publié par l’ancienne majorité. Michel Branciard analysa notamment de façon détaillée les élections de 1972 et de 1975 dans les différentes catégories de l’Éducation nationale (instituteurs, professeurs du Second degré, etc.).

Si certains sujets traités par Michel Branciard dans Syndicalisme universitaire ne concernaient pas directement les membres de l’Éducation nationale, celui-ci n’oubliait pas que le SGEN incitait ses adhérents à travailler dans les Unions départementales (UD) et locales (UL). Lui-même en donnait l’exemple car c’était l’autre face de son activité. Déjà membre depuis trois ans du bureau de l’UD-CFTC de l’Ain, il fut de 1956 à 1966 secrétaire adjoint de cette UD devenue CFDT dans l’intervalle, puis secrétaire général de 1966 à 1974, au moment où l’accord interconfédéral du 10 janvier 1966 avait été signé par la CGT et la CFDT. Il dut donc prendre en charge toutes les journées nationales d’action de 1966 et de 1967, notamment celle du 13 décembre 1967 pour l’abrogation des ordonnances relatives à la Sécurité sociale, qui avaient remplacé les représentants élus par des représentants désignés, avaient accru les cotisations et réduit les prestations. Ensuite ce furent les grèves de Mai 68, sans compter les diverses grèves locales comme celle d’avril 1967 à l’usine de la Cellophane de Saint-Maurice-de-Beynost (Ain) : les revendications concernaient le salaire de base et la prime de rendement ; à l’issue des trois semaines de grève, les résultats furent modestes, mais dans les deux années suivantes, compte tenu des acquis de Mai, les salaires et les avantages sociaux furent fortement augmentés. Cette grève avait été animée par les responsables CFDT de l’usine, aidés par des militants de la Fédération Hacuitex.

Or Michel Branciard avait en même temps des responsabilités confédérales sur le plan de la formation : membre depuis 1960 de la commission de formation CFTC-CFDT Rhône-Alpes qui couvre huit départements, il intervint pendant douze ans dans de multiples sessions de la région ; il assura chaque année de quinze à vingt journées de formation soit dans les Écoles normales ouvrières (ENO) de la région, soit dans les Instituts du travail de Grenoble et de Lyon. En 1963-1964 il fut appelé dans de nombreuses villes de la région, lesquelles organisaient des réunions sur la déconfessionnalisation de la CFTC qui allait devenir effective au congrès de novembre 1964. On le retrouva également dans les ENO d’autres régions, notamment en 1967 quand s’affrontèrent deux conceptions au sein de la CFDT qui était à la recherche d’un mode d’insertion du syndicalisme dans la vie politique : Edmond Maire* et Marcel Gonin* proposaient la stratégie du contre-plan, c’est-à-dire un contrat entre la branche syndicale et la branche politique du mouvement ouvrier tandis que Jacques Julliard* défendait une stratégie syndicale autonome. Au cours de l’été et de l’automne 1967, Michel Branciard participa, comme Jacques Julliard, à de nombreuses ENO pour défendre leur point de vue qui était celui du SGEN. Sans détailler toutes leurs critiques à l’égard du contre-plan, rappelons seulement que Michel Branciard faisait remarquer qu’à son entrée en fonction, un gouvernement ignore l’essentiel des problèmes qu’il va devoir affronter au cours des années à venir : c’est, disait-il, comme un iceberg dont n’émerge qu’une faible partie de la masse totale. Dans ces conditions, sur quoi le contrat pourrait-il se conclure ?

À partir de 1964, Michel Branciard fut en même temps membre du bureau régional Rhône-Alpes qui était au départ un organe de coordination entre les huit départements et qui, après le congrès confédéral de 1970, devint une structure officielle de la CFDT. Le bureau confédéral eut à élire le 25 juin 1970 les huit représentants des fédérations dans les six commissions confédérales permanentes ; Michel Branciard fut un des trois élus SGEN et appartint à la commission « formation » dans laquelle il ne put jamais siéger, vu ses horaires de cours. Il quitta en 1970 le bureau régional Rhône-Alpes pour le conseil régional moins prenant car il était aussi, depuis 1965, membre de la commission économique Rhône-Alpes du syndicat, laquelle participait à l’élaboration des plans régionaux et faisait diverses études économiques ; il en fut responsable pendant deux ans. Il dut en 1974 abandonner toutes ces responsabilités régionales pour se consacrer à son mandat au Conseil économique et social où il venait d’être nommé au titre de la CFDT.

Dans ce conseil, il fut membre en même temps de la Section des affaires sociales, sanitaires et éducatives ainsi que de la Section économie et conjoncture. Pour des raisons de santé, il dut se retirer en 1982 au cours de son deuxième mandat, bien qu’il eut depuis 1974 une demi-décharge de service qu’il garda jusqu’à la retraite. Mais il avait été rédacteur en chef pendant deux ans (1978-1979) de CFDT-Aujourd’hui, revue bimensuelle de réflexion sur les problèmes du mouvement ouvrier en liaison avec les problèmes de société. Il devait définir les thèmes traités, rassembler les collaborateurs et discuter avec eux du contenu de leurs articles. En outre en 1980, il était devenu secrétaire confédéral à mi-temps au Bureau de recherche, d’action et d’études coordonnées (BRAEC). Créé en 1956, cet organisme s’occupait essentiellement depuis 1974 d’histoire, de sociologie des organisations syndicales tant patronales qu’ouvrières, des organisations syndicales étrangères, de la société française. Michel Branciard fut pendant euf ans le principal rédacteur des Notes et documents du BRAEC, intervenant en même temps dans diverses ENO ou sessions confédérales.

En 1989, après le congrès CFDT de Strasbourg, le BRAEC fut remplacé par l’ARES (analyse, recherche et études syndicales) qui reprit les thèmes du BRAEC, mais en y ajoutant l’économie. Michel Branciard fut alors jusqu’en 1996 un des « chargés de mission » de l’ARES ; sa tâche consistait essentiellement en la rédaction d’articles. Lorsqu’il eut quitté toutes ses responsabilités syndicales, il s’occupa à Bourg-en-Bresse d’une radio locale qui faisait partie du réseau des cinquante radios chrétiennes œcuméniques en France et en Belgique. En 1999, Michel Branciard avait en charge des émissions régulières : économie du département, pays étrangers, problèmes européens, commentaire et analyse de deux livres par mois. Il avait été fait chevalier de la Légion d’honneur en qualité de secrétaire d’une Union départementale et était officier des Palmes académiques.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article18440, notice BRANCIARD Michel par Madeleine Singer, version mise en ligne le 26 février 2009, dernière modification le 26 février 2009.

Par Madeleine Singer

ŒUVRE : Outre d’innombrables articles dans des revues (CFDT-Aujourd’hui, les Cahiers universitaires catholiques, la Chronique sociale, Économie et humanisme, etc.), une quinzaine d’ouvrages parmi lesquels Société française et luttes de classes, 3 tomes, Lyon, Chronique sociale, 1967 et 1977. — Dictionnaire économique et social, Paris, Éditions ouvrières, 1977. — Syndicats et partis. Autonomie ou dépendance, 2 tomes, Paris, Syros, 1982. — Un syndicat dans la guerre d’Algérie, Paris, Syros, 1984. — Les libéralismes d’hier à aujourd’hui, Lyon, Chronique sociale, 1987. — Histoire de la CFDT : soixante-dix ans d’action syndicale, Paris, La Découverte, 1990.

SOURCES : Madeleine Singer, Le SGEN 1937-1970, thèse, Lille III, 1984, 3 vol. (Arch. Dép. Nord, J1471) ; Histoire du SGEN, Presse universitaires de Lille, 1987. ; Le SGEN. Des origines à nos jours, Le Cerf, 1993, collection « Histoire » (Arch. Dép. Nord, J1578). — Syndicalisme universitaire (1957-1977). — Lettres de Michel Branciard à Madeleine Singer, 26 novembre 1981, 28 février 1988, 8 juillet 1995, octobre 1998, 8 novembre 1998 (Arch. privées).

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