ULANHU 烏蘭夫 (ULANFU, WULANFU)

Par François Godement et Jean-Luc Domenach

Né en Mongolie (dans l’actuel Suiyuan) en 1903. Dirigeant de la Mongolie intérieure, responsable du front uni après la Révolution culturelle, vice-président de la R.P.C.

Ulanfu est né dans la bannière de Tumet, groupe de Mongols sédentarisés et sinisés vivant dans l’actuel Suiyuan. C’est au cours de ses études à Pékin qu’il entre en contact avec les idées radicales : devenu membre des Jeunesses socialistes en 1924, il étend l’influence du P.C.C. à son retour en Mongolie, créant le Parti du Peuple de Mongolie. Puis, après cinq ans à l’Université Sun Yat-sen de Moscou (voir P. Mif), il revient, d’abord comme clandestin, puis comme secrétaire de Fu Zuoyi, lieutenant du seigneur de la guerre Yan Xishan. Lorsque Fu Zuoyi devient gouverneur du Suiyuan (1931), Ulanfu regagne sa province natale où la menace japonaise, de plus en plus précise, l’incite à organiser une résistance patriotique plutôt qu’une révolution. En sorte que sa bonne entente avec Fu anticipe localement la politique du second Front uni.
De 1941 à 1944, Ulanfu est appelé à Yan’an, où il est spécialiste des minorités : dirigeant l’éducation à l’institut des Minorités, président de la commission correspondante et de l’Association culturelle mongole. Il devient membre suppléant du C.C. au VIIe congrès de 1945.
Ce Mongol est ainsi récompensé de sa contribution à l’unification face aux Japonais. La Mongolie est un enjeu disputé par le G.M.D., le P.C.C. et l’U.R.S.S. : les Soviétiques en occupent d’ailleurs une partie à l’automne 1945. Ulanfu assure l’emprise du P.C.C. en créant en 1944 un gouvernement démocratique antijaponais, puis en organisant l’Association pour l’autonomie de la Mongolie Intérieure. Il oriente ainsi vers la Chine les particularismes locaux, dédaignés par le G.M.D., et sait accueillir un groupe de Mongols de Ulanhot, qui avait été reconnu par les Japonais, et les fusionner. Mongol sinisé devenu représentant d’un parti chinois, il assoit ensuite son propre pouvoir local en devenant l’un des dirigeants régionaux les plus stables de la République populaire. Au premier rang de toutes les institutions locales, il préside à Pékin la Commission des nationalités ; il devient vice-président du Conseil d’État en 1954, membre titulaire du C.C. en 1956, et membre suppléant du B.P., le seul non-Han appartenant à ce dernier organisme.
Il figure aussi en bonne place dans les relations internationales, dirigeant les relations avec la Mongolie Extérieure, voyageant à Moscou avec Mao Tse-tung (毛澤東) en 1957, à Paris en 1961 comme observateur — refoulé par le gouvernement français — au congrès du Parti communiste français, élu en mai 1959 vice-président de l’Association d’amitié sino-soviétique.
L’étape suivante n’a été connue que sous la Révolution culturelle. De 1944 à 1957, la R.P.C., instaurée par l’Armée rouge en Mongolie plus que par une population qui était partagée, adopta vis-à-vis des non-Han une ligne « non combative », demandant notamment aux cadres d’éviter le chauvinisme chinois (d’après RMRB, 20 janvier 1952). Avec le Grand Bond, tout fut remis en question : le nationalisme local fut attaqué, et le rapport de population fut modifié au profit des Han. Ulanfu, communiste chinois d’abord — son nom serait dérivé d’Oulianov, c’est-à-dire Lénine — mais opposé sans doute à la politique hasardeuse du Grand bond, et sensible aux revendications locales, changea d’attitude : il apprit le mongol vers cette époque, et il profita du relâchement en 1962 pour s’orienter vers une autonomie plus grande, décourageant l’installation d’agriculteurs sédentaires, et devenant de plus en plus populaire.
Le 17 mai 1966, il prit les devants en déclenchant en Mongolie une Révolution culturelle de façade, dont les principales victimes furent les maoïstes, chinois pour la plupart... Il assista aux manifestations de Pékin dans l’été, cependant que le Centre maoïste préparait la lutte contre lui. Le particularisme et sa défense, la constitution d’un féodalisme régional, la prudence teintée sans doute de sympathie pour l’U.R.S.S., dont il avait été si proche toute sa vie, se combinèrent pour créer l’hostilité à la Révolution culturelle. De l’autre côté, la proximité de Pékin, la présence en Mongolie du centre nucléaire de Baotou, et le problème de l’infiltration et des intérêts soviétiques, rendaient la purge inévitable.
Bien d’autres dirigeants régionaux sont tombés pendant la Révolution culturelle. Ce qui est extraordinaire dans le cas d’Ulanfu, c’est la difficulté de l’entreprise et le temps qu’elle a exigé.
Les premières affiches murales apparurent à Pékin le 8 septembre 1966, dénonçant Ulanfu. Le 24 septembre, il demandait aux Gardes rouges en Mongolie de suspendre leurs activités pour prendre part à la récolte... Les deux côtés se renforcèrent, et des combats eurent lieu, en janvier et février, jusqu’à une trêve le 16 février 1967, imposée par Zhou Enlai (周恩來). Mais Ulanfu essaya (le 18 avril) de former par avance son propre comité révolutionnaire, arrêtant de nombreux maoïstes. Aussi le Centre décida-t-il une intervention militaire. Les incidents dureront jusque dans l’année 1968, avec des partisans se réclamant d’Ulanfu — cependant que de l’autre côté de la frontière, les réfugiés semblent avoir été encouragés à se ranger sous la bannière de ce nom...
Ulanfu lui-même, accusé de révisionnisme, de séparatisme, et d’activités antiparti, ne devait pas être si coupable, ou du moins ses « crimes » devaient être surtout idéologiques : il réapparaît en août 1973 lorsque le Xe congrès du P.C.C. le porte à nouveau au C.C. Cependant, sa réhabilitation est probablement plus un élément de la revanche des modérés qu’une concession au particularisme mongol. En effet, dans un premier temps, il ne retrouve aucune fonction régionale et exerce au Centre des activités principalement représentatives (il est nommé vice-président du comité permanent de l’A.N.P. en janvier 1975). Après l’élimination de la « Bande des Quatre » (voir Jiang Qing (江青)), sa position s’améliore encore : Ulanfu accède au B.P. lors du XIe congrès du P.C.C. et reçoit le poste de directeur du Département du front uni du C.C. (juillet -août 1977). A ce titre, il a appliqué jusqu’en 1982 une politique non pas vraiment libérale mais bien plus souple que pendant la précédente décennie à l’égard des minorités nationales et des petits partis démocratiques. En même temps, Ulanfu exerçait des fonctions de représentation : vice-président du comité permanent de l’A.N.P. et de la C.P.C.P.C. (de mars 1978 à juin 1983), il était fréquemment cité par la presse lorsqu’il rencontrait des délégations étrangères, souvent venues du Tiers monde. Sans doute a-t-il donné satisfaction. En tout cas, après avoir laissé la responsabilité du Département du Front uni à Yang Jingren (avril 1982) et conservé son poste au B.P. à l’issue du XIIe congrès du P.C.C. (septembre 1982), Ulanfu a été élevé au poste de vice-président de la République populaire de Chine par la première session de la VIe A.N.P : il y représente les minorités nationales chinoises.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article184433, notice ULANHU 烏蘭夫 (ULANFU, WULANFU) par François Godement et Jean-Luc Domenach, version mise en ligne le 11 janvier 2017, dernière modification le 11 janvier 2017.

Par François Godement et Jean-Luc Domenach

SOURCES : Outre BH et KC, voir : Bartke (1981). — China Directory (1981-1983). — 4 Dreyer in CQ, no. 35, juillet-septembre 1968. — Hyer et Heaton, ibid., no. 36, octobre-décembre 1968. — Issues and Studies, vol. X, novembre 1973. — Rice (1972).

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