WANG Guofan 王國藩

Par Jean-Luc Domenach

Né en 1918 ou 1920 dans le xian de Zunhua (Hebei). Cadre paysan du Hebei donné en modèle à toute la Chine. Membre du C.C. du P.C.C. de 1969 à 1982.

Ce célèbre modèle paysan est en un sens l’anti-Chen Yonggui (陳永貴) : à la différence du dirigeant de Dazhai, il ne semble pas avoir nourri d’ambition nationale. Sa carrière reflète l’ampleur, les difficultés et les oscillations de l’effort de transformation des campagnes entrepris par le régime communiste chinois.
La jeunesse de Wang est mal connue. Issu d’une famille paysanne de Xipu, dans le district de Zunhua (Hebei), il quitte son village en 1934 pour rejoindre les rangs de la révolution (il sera admis au P.C.C. en 1940). De retour avec les troupes communistes en 1949, ce soldat chevronné refuse un poste dirigeant au niveau du district. Il préfère se consacrer à son village natal, une zone de collines et de rocaille où sévit une misère endémique (dans les moins mauvaises années, un habitant sur dix partait sur les routes mendier au printemps). Wang y conduit la réforme agraire puis fonde une équipe d’entraide permanente. En 1952, il reçoit mission de mettre sur pied une coopérative inférieure. Alors commence une saga dans laquelle, pendant plus de deux décennies, la propagande chinoise a vu un symbole national. Dans un premier temps, Wang échoue à réunir des paysans aisés. Il regroupe alors 23 familles pauvres, avec 230 mu (15 ha) de terre, dans une coopérative qui manque d’outils et possède seulement les trois-quarts de la propriété d’un âne... La première année est très dure. Moquée par les paysans aisés, la « coopérative des gueux » doit à la fois acheter des outils et lutter contre des calamités naturelles : la récolte de 1953 n’est pas bonne. Mais en 1954, grâce à leur travail (probablement aussi grâce à de judicieux crédits), les « gueux » prennent l’avantage sur les équipes d’entraide regroupant les paysans aisés. Au début de 1955, le succès se confirme : la coopérative de Wang Guofan (ainsi qu’on l’appelle dans le voisinage) attire à elle les 148 familles du village et lui assure l’autosuffisance céréalière : c’est un coup d’audace car, à l’époque le comité provincial du Hebei, appliquant la dernière oscillation de la ligne du Centre (voir Deng Zihui (鄧子恢)), prône la prudence et la dissolution des coopératives trop importantes.
A partir de l’été 1955, cependant, Pékin renverse sa politique et précipite la collectivisation. Comme celles de Wen Xianglan (文香蘭) ou de Su Dianxuan au Henan, la coopérative de Wang Guofan devient un modèle. Mao Tse-tung (毛澤東) lui-même, dans La grande marée du socialisme dans les campagnes (ouvrage que le C.C. publie en 1956), loue « la diligence et la frugalité » de la « coopérative des gueux » puis déclare : « le pays tout entier, à notre sens, devrait se modeler sur cette coopérative ». Bien que Wang Guofan n’exerce que des fonctions locales, son nom est célèbre dans le pays tout entier. Grossie en 1956 et renforcée par des achats de machine (plus tard jugés excessifs ou judicieux, selon les moments), à nouveau citée en exemple par Mao dans son discours de février 1957 sur les contradictions, la coopérative devient en 1958 la brigade de Xipu de la commune populaire Jianming, que Wang dirige également. Député à l’A.N.P. à partir de 1959, il signe à intervalles réguliers des rapports sur sa brigade pour la grande presse.
En fait, la brigade de Xipu est une sorte de modèle permanent qui se coule dans les moules successifs de la politique rurale chinoise. Après l’effroyable sécheresse subie en 1960, l’assouplissement des disciplines collectives (peut-être moins prononcé que ne le souhaitait le comité provincial du Hebei) favorise un relèvement assez rapide de la production. Dans les années qui suivent, Wang applique fidèlement les directives de redressement politique du mouvement d’éducation socialiste. Sa brigade devient à partir de 1964 un « modèle d’étude de Dazhai » (voir Chen Yonggui (陳永貴)).
A l’époque de la Révolution culturelle, cette obéissance passe pour de l’opportunisme aux yeux de certains — ce qui, d’ailleurs distingue Zunhua de la plupart des autres districts ruraux de Chine qui n’ont pas évité l’agitation des villes. L’un de ses plus anciens adjoints, Du Gui, fonde contre Wang un « régiment de rébellion des gueux » et organise une « prise de pouvoir » le 30 janvier 1967. Mais Wang Guofan résiste en s’appuyant sur un « Quartier général unifié des Gardes rouges de la pensée de Mao Tse-tung ». Du Gui fait alors appel à un détachement de l’A.P.L. chargé du « soutien à la gauche ». D’abord perplexes, hésitant entre les « insurgés » et le héros vanté par Mao, les soldats finissent par prendre le parti de l’autorité en place. Ils rejettent la responsabilité des excès de droite de 1960-1962 sur Du Gui (lequel sera également accusé plus tard de « gauchisme » et d’« anarchisme »).
Ce verdict a été confirmé par la suite. Secrétaire du comité du P.C.C. de Zunhua (1971) et membre du comité permanent du P.C.C. du Hebei, Wang Guofan a été régulièrement réélu au C.C. de 1969 à 1977. Mais ce dernier poste paraît surtout honorifique, comme s’il était destiné à authentifier une signature au bas des articles du Quotidien du peuple. Contrairement à beaucoup d’autres modèles du travail mis à l’honneur à l’issue de la Révolution culturelle, Wang Guofan ne paraît pas avoir ambitionné une carrière nationale. Pendant les années 1970, il a appliqué avec une discipline apparente les politiques successivement appliquées à la campagne. Cependant la ligne de dé-collectivisation suivie depuis 1980 (voir Wang Li (王力)) ne concordait pas du tout avec son personnage : Wang n’a pas été réélu au C.C. par le XIIe congrès du P.C.C. (1982).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article184443, notice WANG Guofan 王國藩 par Jean-Luc Domenach, version mise en ligne le 18 janvier 2017, dernière modification le 18 janvier 2017.

Par Jean-Luc Domenach

SOURCES : Outre WWCC, voir : RMRB, 1971-1981. — Baum in Robinson (1971). — Lewis (1963). — En chinois : Ye Shanqiao (1972). — Qiong bangzi zhi xiang douzheng shi (Histoire des luttes au pays des gueux) (1975). — Lishi Yanjiu (Études historiques), mars 1975.

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