WACKENIER Émile.

Par José Gotovitch

Burcht (aujourd’hui commune de Zwijndrecht, pr. et arr. Anvers - Antwerpen), 1er novembre 1900 − Bruxelles (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale), 11 novembre 1979. Mécanicien, journaliste, fondateur et dirigeant du Parti communiste belge (PCB), rédacteur du journal, De Roode vaan (Le Drapeau rouge).

Né d’un père socialiste et militant syndical, débardeur à Anvers, Émile Wackenier y suit - irrégulièrement - l‘école primaire qu’il quitte à onze ans pour rapporter… un franc cinquante par semaine de 70 heures de travail dans un atelier de mécanique. Il suit une formation de relieur. Pendant la guerre 1914-1918, il fréquente des cercles d’étude catholiques qu’il abandonne rapidement. Il résiste aux sirènes activistes.

Après l’Armistice, Émile Wackenier adhère au premier groupe communiste d’Anvers dont fait également partie le futur secrétaire général du Parti communiste (PC) néerlandais, Saül De Groot. Il suit le groupe qui se rallie au premier Parti communiste dirigé par War Van Overstraeten* et reconnu par l’Internationale communiste (IC). Il est l’éditeur responsable de son organe flamand, De Kommunistische arbeider (Le Travailleur communiste) et rejoint alors la Jeunesse communiste (JC) dans l’orbite de ce parti. Lors du Congrès de fusion de 1921, il effectue son service militaire. Il devient ensuite le premier rédacteur permanent de l’organe du parti unifié, De Roode vaan (Le Drapeau rouge), qui est édité à Anvers. Il intègre le Comité fédéral anversois. En 1923, le Parti le fait déménager à Bruxelles où il devient le rédacteur des publications flamandes de la Jeunesse communiste, dont De Rode voorhoede.

Au cours de la lutte entre partisans de l’Opposition et tenants de l’Internationale, Émile Wackenier choisit de rallier ces derniers. Dès lors qu’intervient la saignée de la scission trotskyste, il est totalement happé par l’appareil du Parti. Il entre au Bureau fédéral bruxellois, est membre du Comité central, suppléant du Bureau politique et intègre même de manière éphémère le Secrétariat national aux côtés de ses amis des JC, Henri De Boeck et Marc Willems. Il participe activement à la mise à l’écart de Joseph Jacquemotte. Il fait donc partie de la direction sectaire qu’écarte la Conférence de Charleroi (pr. Hainaut, arr. Charleroi) du PCB en 1935. Il lui est reproché notamment de n’avoir pu « assurer les liens du journal avec les masses flamandes, voyant les problèmes de façon très schématique et étroite. »

Émile Wackenier reprend la vie militante à la section de Saint-Josse (Bruxelles) du PCB, et est membre du Comité fédéral bruxellois. Demeuré un ardent militant de la cause flamande, il est délégué au Congrès de fondation du Vlaams kommunistisch partij (Parti communiste flamand) en 1937 à Gand (Gent, pr. Flandre orientale, arr. Gand). Il entre alors en conflit avec la direction de la Fédération bruxelloise car il revendique la création d’une Fédération flamande distincte à Bruxelles. Ses positions radicales, comme le refus radical de l’appareil, mènent à son exclusion en 1939. Il cesse toute activité politique et regagne Anvers où il travaille dans un garage.

À la déclaration de guerre en 1939, Émile Wackenier reprend contact avec le PCB. Il livre des contributions au Roode Vaan clandestin, participe à des réunions des intellectuels communistes anversois, rencontre le dirigeant de l’action clandestine, De Renthy, à Anvers. Mais à la mi-1941, harcelé par la misère, il s’engage comme travailleur volontaire en Allemagne. Il y passe toute la guerre et, à son retour, il est évidemment une nouvelle fois exclu du PC.

En novembre 1945, Wackenier demande sa réadmission, se livrant à une sévère autocritique mais arguant en sa faveur d’un travail de sabotage effectué sur les lieux de travail en Allemagne et de l’organisation de la solidarité entre les travailleurs. Il fournit, à l’appui de ses dires, une quinzaine de témoignages écrits de ses compagnons de diverses origines. Il est réadmis en octobre 1946, les raisons qui l’ont conduit en Allemagne ayant été acceptées par la Commission centrale de contrôle. Il est remis à la base pour un an.

Émile Wackenier est un temps rédacteur de l’organe bruxellois Strijd (Lutte). Il milite dans la région de Vilvorde (Vilvoorde, aujourd’hui pr. Brabant flamand, arr. Hal-Vilvorde). En mars 1947, il revient à la rédaction de De Roode vaan ; il y reste jusqu’à sa pension, ayant principalement en charge la couverture de l’actualité sociale.

Dans son questionnaire biographique des années 1950, Émile Wackenier fait montre de la plus stricte orthodoxie, applaudissant chaleureusement la déclaration de fidélité inconditionnelle à l’URSS et renchérissant d’indignation contre « le traître » Demany. Il se conforme ainsi à la doxa communiste belge de la Guerre froide, inhérente au statut de permanent. Mais sur le plan privé, alors qu’il est l’un des mythiques 517 fondateurs du parti, il se tient à l’écart de toutes les célébrations et honneurs qui leur sont rendus dans les années d’après guerre, s’en jugeant indigne. Et c’est de cette « indignité » que le relève en 1957 son élection à la Commission de contrôle politique par le XIIe Congrès du parti, renouvelée par le Congrès de 1960 en même temps qu’il gravit une marche supplémentaire par un retour au Comité Central, après une éclipse de vingt-cinq ans…
C’est très tardivement, en 1963, à l’occasion d’une délégation de journalistes communistes qu’il se rend en Union Soviétique mais il devra y être hospitalisé.

Ce trajet militant a ceci de singulier qu’il parcourt l’histoire du Parti communiste d’un bout à l’autre de son existence sans passer par les épisodes héroïques qui en marquent l’histoire : ni les grèves de 1932 et 1936, ni le passage par Moscou, ni les Brigades internationales, ni la Résistance, ni la déportation. Sa longévité, donc sa fidélité en paraissent l’élément essentiel. Deux exclusions n’en n’ont pas eu raison.

Enfant, Émile Wackenier connaît la faim. Mais le PC conduit ce jeune à la scolarité à peine élémentaire au journalisme, à des responsabilités politiques : l’ascenseur culturel a joué. Entre les deux guerres, il est remarqué pour sa curiosité théorique, ses nombreuses lectures d’auteurs socialistes et marxistes en flamand, français et allemand. Il suivra et donnera des cours de formation. C’est donc une adhésion forte née de la haine de l’exploitation capitaliste et de convictions théoriques. Seule, un moment, la cause flamande a pu mettre ce parcours en question. Il présente donc un modèle rare, dont les ressorts devraient sans doute être explorés à une plus large échelle dans le personnel militant communiste flamand.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article184795, notice WACKENIER Émile. par José Gotovitch, version mise en ligne le 4 septembre 2016, dernière modification le 6 décembre 2019.

Par José Gotovitch

SOURCES : CArCoB, dossier CCP − RGASPI, Moscou : 495-93-139.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément