MARQUIS Gilbert dit Le Serf, dit Lenoir, dit Boris Harding

Par Daniel Couret, Jean-Guillaume Lanuque

Né le 21 avril 1930 à Dangers (Eure-et-Loir), mort le 5 février 2015 à Paris (Île-de-France) ; ouvrier puis artisan-imprimeur ; militant trotskyste - marxiste révolutionnaire (dit « pabliste »), membre du Parti communiste internationaliste (section française de la IVe Internationale), du PCF, puis un des fondateurs et dirigeants de la Tendance marxiste révolutionnaire de la IVe Internationale, de l’Alliance marxiste révolutionnaire, des Comités communistes pour l’autogestion, de l’Alliance rouge et verte, avant de revenir un temps dans la Ligue communiste révolutionnaire ; membre du comité de rédaction de la revue Utopie critique ; syndicaliste CGT.

Gilbert Marquis
Gilbert Marquis

Issu d’une famille ouvrière d’origine paysanne, Gilbert Marquis commença à travailler dès l’âge de onze ans comme vendeur de journaux. Il devint trotskyste en 1949 après avoir participé durant ses vacances d’été à une brigade internationale de solidarité avec la Yougoslavie organisées par la IVe Internationale. Ces brigades, animées par des militants trotskystes ou révolutionnaires d’autres tendances, menaient campagne contre la propagande stalinienne qui accusait Tito d’avoir mis en place un régime fasciste en Yougoslavie, après sa rupture avec l’URSS. Le but de ces brigades de solidarité était, tout en travaillant sur place à des constructions d’établissements scolaires ou de routes, de découvrir la réalité politique de ce pays et de combattre les calomnies staliniennes. De retour en France, le jeune Gilbert Marquis devint membre du Parti communiste internationaliste (PCI), la section française de la IVe internationale, où il milita sous le pseudonyme de Le Serf (choisi ironiquement par rapport à son nom). Il se fit embaucher à l’usine Chausson de Gennevilliers, en région parisienne, où il travailla comme soudeur et se syndiqua à la CGT. Il passa deux années chez Chausson avant de partir effectuer son service militaire en 1952-1953.
À son retour de l’armée, il trouva son organisation, le PCI-SFQI, divisée en deux groupes concurrents. Il choisit de demeurer dans le groupe dirigé par Pierre Frank et Jacques Privas, dit PCI minoritaire, lequel était demeuré la section officielle de la IVe Internationale dirigée par Michel Raptis, dit Pablo*. À la demande de ses camarades, il fut envoyé travailler dans une autre usine, où il eut consigne de ne pas dévoiler son appartenance au PCI afin de pouvoir prendre des responsabilités à la CGT. C’est ainsi qu’il se fit embaucher en 1953 à l’usine Nord-Aviation de Meudon, où il adhéra au PCF, selon la politique d’entrisme sui generis qui avait été définie par la IVe Internationale ; il s’y investit dans le bulletin critique Tribune de discussion. Parallèlement, il grimpa rapidement les échelons du syndicat CGT de son entreprise, puis de l’Union locale de Meudon, et devint en 1956 permanent CGT de la Fédération des métaux de Seine-et-Oise. Il fut finalement dénoncé comme trotskyste par les militants du PCF de l’usine Chausson qu’il avait connus auparavant, et cet incident mit un terme à ses responsabilités au sein de la CGT : il fut contraint de démissionner de son poste de permanent et retourna travailler chez Nord-Aviation en 1956, où il parvint à se faire élire délégué du personnel CGT l’année suivante. Intervenant dès lors ouvertement comme militant trotskyste dans son entreprise, il parvint à y constituer une cellule du PCI-SFQI, forte de sept militants. Ses activités lui valurent de se faire exclure de la CGT et du PCF, en tant que trotskyste, en 1958.
Il était membre du Bureau politique du PCI-SFQI depuis 1956 et il eut de nombreuses activités clandestines dans les réseaux de soutien au FLN durant la guerre d’Algérie. Il prit même en 1960 la succession de Pierre Avot-Meyers, autre membre du PCI-SFQI, à la direction des tâches de solidarité envers la révolution algérienne et le FLN menées clandestinement par son organisation. Ami de Michel Pablo*, il partageait les thèses de celui-ci sur la question de la Chine et sur l’avenir de la révolution algérienne, lorsque ce dernier fut mis en minorité lors du VIIe congrès mondial de la IVe Internationale en juin 1963. Il devint dès lors, aux côtés de Michel Fiant (son beau-frère), un des responsables de la tendance qui entreprit, dès janvier 1964, la publication de la revue Sous le drapeau du socialisme sous les auspices de la Commission africaine de la IVe Internationale. La rupture de cette tendance avec le PCI-SFQI s’effectua lors de son 18e congrès en octobre 1965. La revue Sous le drapeau du socialisme organisa alors sa propre conférence internationale et devint en décembre l’organe de la Tendance marxiste révolutionnaire de la IVe Internationale, qui muta en 1972 en Tendance marxiste révolutionnaire internationale (TMRI). Gilbert Marquis travaillait à cette époque comme artisan, ayant monté une petite imprimerie avec son camarade Louis Fontaine. Principal dirigeant du groupe des trotskystes « pablistes » en France, il fonda en juin 1969 l’Alliance marxiste révolutionnaire (AMR), avec Michel Fiant* et Maurice Najman.
L’AMR, forte de quelques 200 militants, se fondit dans le Parti socialiste unifié (PSU) en 1974 après le départ de Michel Rocard, Gilbert Marquis intégrant le Bureau national. Deux ans plus tard, ce groupe, devenu la « tendance B », quitta le PSU pour fonder les Comités communistes pour l’autogestion (CCA), dont Gibert Marquis fut un des principaux dirigeants. Il fut le candidat des CCA lors des élections législatives de mars 1978 dans le 20ème arrondissement de Paris. Les CCA se maintinrent durant quelques années avant de connaître une crise au début des années 1980. Gilbert Marquis, avec la minorité des militants opposée à la majorité et regroupés dans la tendance Autogestion et Internationalisme, reconstitua alors l’AMR en juin 1981, axant son action vers le PCF en particulier face à ce qui était perçu comme une recomposition à droite du mouvement ouvrier. Au mitan des années 1980, Gilbert Marquis fut contacté par Ahmed Ben Bella afin d’impulser la création d’une presse d’opposition au régime algérien, initiative qui se heurta à l’interdiction des autorités françaises. La nouvelle AMR s’intégra à la Fédération pour une gauche alternative créée en 1984, participant à la campagne pour Pierre Juquin en 1988 et à la création de la Nouvelle Gauche en 1989, organisation éphémère qui fusionna avec des militants issus des Verts, du PSU et de la LCR pour constituer l’Alternative rouge et verte, AREV, en 1990 ; Gilbert Marquis fit partie de sa direction.
Avec ses camarades du regroupement international, ancienne TMRI devenue en 1989 l’Association marxiste révolutionnaire internationale, Gilbert Marquis abandonna l’AREV et fit une demande collective d’adhésion à la IVe Internationale au début de l’année 1993, estimant que « la situation mondiale avait changée et que les divergences avec le Secrétariat Unifié de la 4e internationale s’étaient estompées ». Gilbert Marquis démissionna de l’AREV en janvier 1993 avec un petit groupe de militants. Il fut alors intégré à la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) en mai 1993, rejoignant son Comité central. A la même époque, il fut un des fondateurs de la revue Utopie Critique, revue internationale pour l’autogestion, rassemblant des ex-militants de la LCR, du PCF, de la mouvance alternative ou encore du Mouvement des Citoyens chevènementiste. Ses divergences avec la LCR le conduisirent à quitter cette organisation en 1999, à adhérer à la fondation Marc Bloch et à se consacrer principalement à la revue Utopie Critique, dont il était le directeur ; celle-ci sera critiquée par certains comme trop complaisante avec le souverainisme de gauche. Lors de l’élection présidentielle de 2002, Gilbert Marquis apporta son soutien à la candidature de Jean-Pierre Chevènement. Dans les dernières années, il se rapprocha du Front de gauche. La dernière manifestation à laquelle il participa fut celle du 11 janvier 2015, en réaction aux attentats ayant visé la rédaction de Charlie Hebdo et le magasin Hyper Cacher. Avec son épouse Nicole, ils eurent deux enfants, Serge et David.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article184839, notice MARQUIS Gilbert dit Le Serf, dit Lenoir, dit Boris Harding par Daniel Couret, Jean-Guillaume Lanuque, version mise en ligne le 5 septembre 2016, dernière modification le 8 février 2021.

Par Daniel Couret, Jean-Guillaume Lanuque

Gilbert Marquis
Gilbert Marquis

SOURCES : Bulletins intérieurs du PCI, section française de la IVe Internationale (années 1953-1965) - revue Quatrième Internationale (années 1963-1965) - revues Sous le drapeau du socialisme, Inprecor, Utopie Critique. — Sylvain Pattieu, Les camarades des frères, trotskystes et libertaires durant la guerre d’Algérie, Paris, Syllepse, 2002 - Fréderic Charpier, Histoire de l’extrême-gauche trotskyste, Paris, Editions 1, 2002. — Christophe Nick, Les trotskystes, Paris, Fayard, 2002 - Jean-Pierre Hardy, Le courant marxiste révolutionnaire pour l’autogestion dit « pabliste » de 1965 à nos jours, mémoire inédit, juillet 2008 — Nécrologie par Serge Marquis sur le site Mediapart, 9 février 2015. — Nécrologie par Robi Morder sur le site Association Autogestion, 12 février 2015.

Photographie : Daniel Grason

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