QUESNEL Gustave, Auguste dit Fulgence « DUTHEIL » [Dictionnaire des anarchistes]

Par Rolf Dupuy , Dominique Petit

Né le 23 janvier 1854 à Saint Hilaire de Harouet (Manche) ; employé de commerce ; militant anarchiste de Dijon (Cote d’Or), Perpignan (Pyrénées-Orientales), Nîmes (Gard).

Gustave Quesnel (parfois orthographié Quenelle), était le fils d’un ancien juge de paix bonapartiste de la Manche qui continuait à lui faire une pension de 150 francs par mois. Il vivait avec une femme mariée qu’il avait « enlevée » vers 1893 à Toulouse.
Il avait été condamné à plusieurs reprises dans la Seine, au Havre, Béziers et Perpignan à diverses courtes peines pour « outrages, ivresses, coups et blessures ».

En 1893, il était allé à Barcelone avant de revenir en France et d’être localisé à Perpignan, où à l’automne 1893 il aurait été poursuivi et condamné pour "coups à un enfant". À Perpignan, il fréquentait les anarchistes et vendait dans la rue le Père Peinard. Dans les Pyrénées-Orientales, il s’était présenté aux élections législatives successivement dans la 1ère et la 2e circonscription de Perpignan et avait fait une conférence qu’il termina par le cri : « Vive l’anarchie ! »-.
Il arriva à Nîmes le 5 décembre 1893, où il se mit en rapport avec les principaux anarchistes, fréquentait les buvettes mais ne se livrait à aucun travail. Il se présentait à tous les commissariats de police de la ville, sous prétexte de donner des renseignements sur les anarchistes mais « plus vraisemblablement pour connaître le personnel de la police  » selon le procureur de Nîmes.
Il fut perquisitionné et poursuivi le 26 février 1894 à Lyon pour « association de malfaiteurs » et utilisation de faux papiers mais avait été acquitté.
Il aurait collaboré au Peuple, journal socialiste quotidien de Lyon . Aurait-il été l ’auteur de deux articles sur l’attentat de Vaillant à la chambre des députés ? L’un des deux articles fut signé « L. Dutreuil » alors que le pseudo de Quesnel était Dutheil. Le procureur n’engagea pas de poursuites : «  il est trop évident qu’aucune disposition de la loi sur la liberté de la presse ne peut atteindre l’apologie à laquelle se livre complaisamment le journal lyonnais ».

Installé à Dijon, Gustave Quesnel fut l’objet d’une perquisition en juin 1894 dans laquelle furent saisis diverses brochures et journaux anarchistes dont des exemplaires de La Mistoufe, Il Pensiero, La Révolte, de la correspondance et des chansons.

Arrêté dans un café avec François Monod pour s’être réjoui de l’assassinat du président Sadi Carnot par Caserio, il fut poursuivi avec Monod et Victor Gaillard et condamné le 10 août 1894 à Dijon à 3 ans de prison pour « affiliation à une société anarchiste » et « apologie de faits qualifiés de crime » tandis que Monod était condamné à 5 ans de travaux forcés et à la relégation.
Pouget et de Pressensé, firent le récit de cette affaire et du rôle joué par Quesnel : « Ce jour-là, le fripier était installé dans un café à femmes où l’avait conduit un louche personnage, Quesnel. On buvait. Quesnel déblatérait, ponctuant son verbiage de grands gestes, et, haussant de plus en plus le ton, il approuvait les actes de l’un, blâmait ceux de tel autre, faisant des prédictions sinistres, ne s’arrêtant que pour s’humecter le gosier. Monod, bouche bée, écoutait le braillard avec béatitude. Après deux longues heures de station dans cet établissement, les deux amis se quittèrent. Arrivé chez lui, Monod trouva un agent qui lui enjoignit de se rendre chez le commissaire du quartier. Là, on lui annonça sa mise en état d’arrestation pour « apologie de faits qualifiés crimes ». Le pauvre naïf jura qu’il n’avait rien dit : on ne tint aucun compte de ses protestations : il fut incarcéré. Quesnel était arrêté le soir même. Voilà, dans leur exactitude, les faits qui ont jeté Monod au bagne ; on les retrouve dans l’acte d’accusation, avec le grossissement coutumier :
Le 25 juin dernier, vers huit heures du matin, au moment où la nouvelle de l’assassinat du président de la République se répandait a Dijon... Monod et Quesnel se trouvaient au café Faivre. Ils ne dissimulaient pas leur joie et disaient vouloir fêter, par de copieuses libations, l’attentat qui venait d’être commis. Quesnel, élevant la voix, se mit à crier : « Carnot est crevé ! Il est bien. Il n’a pas assez souffert avant de crever ! Or devrait en faire autant à tous ceux qui lui succéderont. — Tu as raison. répliqua Monod. et pour le prouver nous allons nous saouler aujourd’hui. » A ces mots, il leva son verre, puis se mit à déblatérer contre la propriété et contre l’armée et, se retournant vers deux soldats assis à une table voisine : « Vos officiers sont des lâches, des crêve-de-faim et des crapules. les soldats ne devraient pas leur obéir et, en cas de guerre, se révolter contre eux et refuser de marcher. ».
 »
Pour Pouget et de Pressensé, l’affaire est entendue, Quesnel est un agent provocateur de la Sûreté : « Quelle fut exactement sa besogne dans ce procès ?
Son défenseur va nous édifier ; au cours de sa plaidoirie, Me Jacquier prononça les graves paroles suivantes, que son client ne désavoua, ni sur le moment, ni plus tard :
Vous dites, monsieur l’avocat général, que mon client est un dangereux anarchiste. Mais regardez donc à telle cote du dossier, vous y trouverez une note de M. Agneli, commissaire de police à Lyon, affirmant avoir donné de l’argent à Quesnel pour l’avoir aidé à arrêter un compagnon et avoir entamé des relations avec lui pour le faire entrer dans la police de sûreté politique. Quesnel n’a point refusé ces offres ; il a demandé à consulter sa famille. Mais celle-ci riche à 250 000 francs, jugeant sans doute peu honorable la profession d’agent de la sûreté, l’a engagé à refuser.
 »

Interné à Clairvaux dont, après une remise de peine, il fut libéré le 26 juin 1896, Quesnel alla à Troyes où il fut immédiatement emprisonné pour « ivresse » et avait dit selon un mouchard – ancien compagnon de régiment – vouloir aller à Calais pour s’embarquer à destination de Londres afin d’en revenir avec « des idées plus saines », voulant rompre avec le parti anarchiste, mais après avoir remboursé les 500 ou 600 fr que les anarchistes lui avaient prêté. Toujours selon le mouchard, il devait aller de Troyes à Paris pour y aller au Libertaire et rencontrer Fortuné Henry, le frère d’Émile. Puis il avait l’intention de rencontrer à Londres Kropotkine, Pouget et Paul Reclus notamment pour leur signifier son abandon de l’anarchisme, puis de rentrer en France dans sa famille à Saint-Hilaire de Harouet (Manche).
Quesnel était il un indicateur ? L’offre qui lui fut faite par le commissaire de police de Lyon n’avait pas été refusée, quant à l’information il ne « désavoua pas ni sur le moment, ni plus tard  ». (cf. Le Père Peinard).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article184891, notice QUESNEL Gustave, Auguste dit Fulgence « DUTHEIL » [Dictionnaire des anarchistes] par Rolf Dupuy , Dominique Petit, version mise en ligne le 6 septembre 2016, dernière modification le 19 février 2019.

Par Rolf Dupuy , Dominique Petit

SOURCES : AD Aube 1M 649 — AD Cote d’Or 2U 1518 . — Le Père Peinard, 6 mars 1898 — Arch. Nat. F7/12504 , F7/12508, BB18 6449 — Les Lois Scélérates de 1893-1894, par Francis de Pressensé et Émile Pouget.

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