VIGOUROUX Jean, Moïse, René

Par Sébastien Faynot

Né le 24 janvier 1904 à Laurie (Cantal), mort le 5 octobre 1968 à Chamalières (Puy-de-Dôme) ; instituteur, puis directeur d’école dans le Puy-de-Dôme ; syndicaliste SNI et libre-penseur ; adhérent à la SFIO, puis à l’UGS, président de l’UFD du Puy-de-Dôme, puis membre du PSU du Puy-de-Dôme.

Né dans une famille cantalienne de petits éleveurs de moutons et de vaches, Jean Vigouroux privilégia les études plutôt que la reprise de l’exploitation familiale dont il devait hériter en tant qu’aîné d’une famille de quatre enfants, ce qui ne lui fut pas pardonné par ses parents. Ne gardant de ceux-ci que le désintérêt pour la religion et l’attrait pour la nature, Jean Vigouroux fut plus marqué par la verve de ses instituteurs et professeurs d’École Normale, par sa passion pour la lecture, l’histoire et la chose publique, puis par son appartenance à des mouvements de jeunesse comme les Éclaireurs de France et les Auberges de Jeunesse. Ses dons d’orateur lui valurent le surnom de « Cyrano}} par ses camarades de l’École Normale d’Instituteurs de Clermont-Ferrand qu’il intégra le 1er octobre 1922. Il obtint son premier poste d’instituteur dans une classe unique à Saint-Martin-des-Olmes où il enseigna du 1er octobre 1925 au 11 avril 1926. Il y rencontra et épousa Léa Trouiller, une institutrice, fille d’un ouvrier coutelier socialiste invalide de guerre et d’une mère-domestique devenue ouvrière coutelière, née à Thiers (Puy-de-Dôme) le 17 juin 1905 et morte en 1999, qui lui donna cinq enfants dont deux sont morts très jeunes.
Jean Vigouroux fut ensuite nommé à La-Monnerie-le-Montel, puis muté à Billom le 1er octobre 1931 pour créer le cours complémentaire et assurer les fonctions de directeur du cours complémentaire et de l’école primaire de garçons. Il fut mobilisé en 1939 au CSR de Clermont-Ferrand, au régiment d’Infanterie 132 en avril 1940, puis démobilisé en juillet 1940. Il fut cité à l’ordre du régiment par le général de division d’Humières " pour conduite particulièrement brillante durant les combats des 17 et 18 juin 1940. Encerclé par les Allemands, a pu se dégager et regagner nos lignes ". De retour à Billom, il fut dénoncé par le curé de Billom membre des Croix de feu et déplacé d’office par le gouvernement de Vichy à Saint-Gerrnain-des-Fossés (Allier) pour "opinions non conformes" du fait de son appartenance à la Libre-Pensée et à la Franc-maçonnerie. Il y assura un cours complémentaire du ler juin 1941 au 1er octobre 1944 et participa à la Résistance auprès d’un groupe de cheminots.
Jean Vigouroux revint à Billom à la Libération où il exerça les mêmes fonctions qu’avant la guerre, jusqu’à sa nomination le 30 septembre 1955 en tant que directeur de l’école de garçons Michelet à Clermont-Ferrand. Il occupa cette fonction jusqu’à sa retraite le 24 juin 1965. Très impliqué dans l’Institution scolaire, Jean Vigouroux s’efforça de mettre en œuvre la conception citoyenne, publique, laïque, en un mot républicaine qu’il avait de l’école par sa façon d’enseigner, son implication dans des œuvres postscolaires (patronage des jeudis, fêtes scolaires) et par la création et l’animation d’Amicales laïques et d’équipes de basket-ball. Outre l’engagement personnel dans l’enseignement qu’il mettait aussi au service de la population d’origine maghrébine pour laquelle il donnait des cours du soir, allant même jusqu’à la réalisation de travaux clandestins de restauration de logements destinés à des travailleurs algériens en situation irrégulière, Jean Vigouroux militait avec sa femme au Syndicat National des Instituteurs.
Il intégra la Franc-Maçonnerie ainsi que la Libre-Pensée du Puy-de-Dôme dont il fut président fédéral. À ce titre, Jean Vigouroux participa au Congrès international de la Libre-Pensée qui se tint à Clermont-Ferrand le 15 août 1960, entretint une abondante correspondance avec la Libre-Pensée canadienne et fut l’auteur de nombreuses publications. Son rejet de toute injustice sociale, notamment celle qui touche la population immigrée, motiva son appartenance à la SFIO, son militantisme intense à la Ligue des droits de l’Homme du Puy-de-Dôme dont il fut secrétaire, ainsi que son action au sein du Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et pour la Paix.
Dès le début de la guerre d’Algérie, les options du gouvernement socialiste l’amenèrent à quitter la SFIO et la Franc-maçonnerie en 1956. Jean Vigouroux adhéra aux essais de renouveau de la gauche hors SFIO en intégrant l’Union de la Gauche Socialiste à sa formation en décembre 1957, puis le Parti Socialiste Unifié au nom duquel il fut candidat suppléant de Georges Servent à la députation en 1962 pour la première circonscription de Clermont- Ferrand (Sud et Est) où ils obtinrent un score modeste. Il fut aussi candidat aux élections municipales de 1965 à Clermont-Ferrand sur une liste communiste.
Jean Vigouroux milita tout particulièrement contre la guerre d’Algérie en intégrant, en qualité de président du Puy-de-Dôme, l’Union des Forces Démocratiques (UFD), regroupant toutes les organisations politiques et syndicales de gauche et opposée au retour au pouvoir du Général de Gaulle. Jean Vigouroux organisa des manifestations et exprima son point de vue pacifique lors de nombreuses prises de parole, notamment place de Jaude à Clermont-Ferrand.
Jean Vigouroux mourut d’un infarctus le 5 octobre 1968. Plus « militant du quotidien » qu’homme de parti, plus homme d’action qu’homme de l’ombre, Jean Vigouroux est l’archétype du « hussard noir de la République », conditionnant l’égalité sociale à l’engagement de terrain et à la transmission des savoirs.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article184918, notice VIGOUROUX Jean, Moïse, René par Sébastien Faynot, version mise en ligne le 7 septembre 2016, dernière modification le 7 septembre 2016.

Par Sébastien Faynot

SOURCES : Raymond Guillaneuf, "La gauche non-conformiste dans le Puy-de- Dôme de 1945 à 1960", Revue d’Auvergne, n° 4, T.91, Clermont-Ferrand Société des Amis de l’Université de Clermont, 1977. — Entretien téléphonique avec Mme Boucheix de l’Inspection académique de Clermont-Ferrand du 4 mars 2002. — Entretien avec Jean Boulay du 22 mars 200. — Entretiens avec Nicole Vigouroux des 7 mai 2002 et 19 juin 2002.

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