TURGNÉ Paul, Lucien

Par Christian Chevandier

Né le 16 juillet 1906 à Paris (XIIe arr.), mort en action des suites de ses blessures à Paris (XIIe arr.) le 20 août 1944 ; inspecteur spécial des Renseignements généraux ; membre du groupe Valmy puis d’ Honneur de la Police.

Fils d’un militaire de carrière, dans l’artillerie à Vannes, il a suivi sa scolarité jusqu’à l’âge de 13 ans avant de devenir commis chez un marchand de vins en gros à Bercy (Paris, XIIe arr.) puis employé de bureau. Il a exercé ensuite plusieurs métiers : jardinier en 1922 et 1923, facteur intérimaire pendant deux ans puis receveur à la Société des transports commun de la région parisienne (aux dépôts de Montreuil puis d’Alfort) avant de faire son service militaire dans l’infanterie en 1926 et d’être libéré avec le grade de sergent. Il fut recruté par la préfecture de police comme gardien de la paix en février 1928 et affecté au commissariat du XIIe arr. En septembre 1937, il fut détaché aux Renseignements généraux où il a été le même mois nommé inspecteur spécial. Alors qu’il avait été longtemps considéré comme un bon fonctionnaire (« discipliné et travailleur » selon son commissaire), son service laissa à désirer à partir de 1942 : « médiocre », « [n’a] aucun sens de la responsabilité », « confiance à lui accorder […] : Néant ». Marié, il a eu un fils, né le 2 août 1930. Depuis l’été 1940, la famille vivait dans un appartement du XIIIe arr.

En 1939-1940, il a été affecté spécial à la préfecture de police de Paris. Le 10 ou le 13 mars 1942, soupçonné par la police allemande dans une affaire mettant en cause des policiers parisiens « arrêtés en compagnie de juifs qui devaient franchir la ligne de démarcation avec de fausses cartes d’identité françaises », Paul Turgné a été arrêté avec Arsène Émile Poncey, un des fondateurs de la Résistance au sein de la police, et le brigadier-chef d’inspecteurs Jules Félix Orsini par un commissaire de police français. La police l’a ensuite remis aux Allemands qui l’ont détenu deux semaines à la prison du Cherche-Midi. En juin 1942, chargé avec un collègue de la garde d’internés dans les locaux de l’hôpital Rothschild, il a prêté « le carré pour ouvrir le haut des fenêtres » à l’un d’entre eux et n’a pas fait les appels nominatifs de 22h et 6h, ce qui lui valut une punition disciplinaire pour une « négligence au cours d’une surveillance de détenus israélites ayant permis une évasion ». Arrêté par les Allemands le 13 avril 1943, il a été incarcéré jusqu’au 23 juillet à la prison du Cherche-Midi, puis relâché et a repris son poste. Au mois d’octobre, après une altercation avec son supérieur direct, il a été mis à pied deux semaines sur décision du préfet de police.

La troisième arrestation a confirmé les soupçons de la police allemande et des policiers des brigades spéciales de la préfecture de police. Depuis 1941,Paul Turgné était en contact avec des groupes de Résistance : l’Armée volontaire qui depuis octobre 1940 mettait en place des actions de solidarité, puis le groupe Valmy. A l’automne 1943, il participa à la création d’un groupe d’Honneur de la police au sein des Renseignements généraux, faisant par ailleurs partie du service de sécurité de la Délégation générale du Comité français de libération nationale, dirigé par le commissaire Charles Porte. Il a ainsi assuré « des surveillances spéciales » de membres de la « Gestapo française » de la rue Lauriston dans le cadre de la préparation d’attentats visant à les éliminer. C’est la « veille de la mise à exécution de cet audacieux projet », le 28 décembre 1943, qu’il a été arrêté à la brasserie Zimmer, place du Châtelet, en compagnie des commissaires Charles Porte et Edmond Dubent, le responsable d’Honneur de la police, ainsi que des résistants qui assuraient leur protection. Le soir même, alors qu’il prévenait Madame Turgné de l’arrestation que l’inspecteur Amédée Henri Level, également membre d’Honneur de la Police, a été lui-même arrêté ; il a ensuite été déporté à Buchenwald et Bergen-Belsen et en est revenu. Incarcéré à Fresnes, transféré au centre de Compiègne, Paul Turgné devait être déporté en Allemagne dans un convoi qui est parti de la gare de l’Est le 27 janvier 1944. Mais un cheminot lui avait remis l’outil qui lui a permis de percer une ouverture dans le toit du wagon plombé et par laquelle, entre Vitry-le-François et Bar-le-Duc, il s’est jeté dans le vide avec d’autres déportés. De retour dans la région parisienne, il a pu contacter Honneur de la police et a été hébergé dans un café de la rue de la Folie-Regnault, vers le Père-Lachaise, tenu par Octave Pierre Croharé, ancien inspecteur spécial chassé de la police en septembre 1942, lui aussi membre d’Honneur de la Police. Depuis plus de six mois dans la clandestinité, il a obéi au matin du 19 août 1944, premier jour de l’insurrection, à la consigne de rejoindre le siège de la préfecture de police. Il s’y rendait à bicyclette avec un collègue lorsque, à l’angle de la rue de Charenton et de la rue Traversière, ils furent capturés par un groupe de soldats. Paul Turgné tenta de s’évader ; touché de trois balles dans la tête, il est mort le lendemain à l’hôpital Saint-Antoine.

Vers la rue Traversière, une plaque commémorative sur laquelle est peint un ruban tricolore défraichi par le temps attire l’attention des passants : « Ici a été mortellement blessé par les Allemands le 19 août 1944 Paul Turgné, inspecteur de police, membre du groupe de Résistance Honneur de la Police. Offert par ses amis. » Une autre a été inaugurée en juin 1945 dans les locaux des Renseignements généraux à la préfecture de police. Son nom est inscrit sur la liste des policiers morts pour la Libération de Paris au Musée de la préfecture de police, 4 rue de la Montagne Sainte-Geneviève à Paris (Ve arr.), et sur le monument aux morts dans la cour de la préfecture de police de Paris. Le ministère des Anciens combattants lui attribua la mention « Mort pour la France », il a été homologué FFI avec le grade de sergent. La préfecture de police l’a nommé commissaire à titre posthume.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article185453, notice TURGNÉ Paul, Lucien par Christian Chevandier, version mise en ligne le 22 septembre 2016, dernière modification le 14 décembre 2020.

Par Christian Chevandier

SOURCES : Arch. PPo., « Victimes du devoir », carton TRA et V. — Christian Chevandier, Été 44. L’insurrection des policiers de Paris, Éd. Vendémiaire, 2014.— Luc Rudolph, Policiers rebelles. Une Résistance oubliée : la Police parisienne, Éd. SPE Militaria, 2014.

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