MEYER Georges

Par Philippe Wilmouth

Né le 3 mars 1880 à Waldscheid (Moselle annexée), pendu après condamnation le 25 septembre 1944 à Berlin-Alt Moabit (Allemagne) ; religieux marianiste ; résistance civile.

Ordonné prêtre en 1909, mobilisé dans l’armée allemande pendant la Première Guerre mondiale, Georges Meyer était professeur d’allemand, d’histoire et de langues mortes au collège Saint Stanislas à Paris, puis à Pontlevoy (Loir-et-Cher), puis à l’institut Sainte-Marie à Belfort (Territoire de Belfort).
En retraite en 1939 dans son village natal de Waldscheid, il y fut nommé le 25 octobre 1940 vicaire à la demande du vicaire général du diocèse de Metz pour compenser l’hémorragie des prêtres expulsés.
Opposé au nazisme, il refusa de signer à la Deutsche Volksgemeinschaft (DVG), la communauté du peuple allemand, association calquée sur le parti nazi imposée à tous Mosellans de souche. En tant que prêtre concordataire et donc fonctionnaire d’Etat d’un territoire annexé, l’abbé Meyer devait s’astreindre normalement à y adhérer. En répression de son refus, le 18 janvier 1943, il fut transplanté au même titre que 8 500 autres Mosellans jugés peu sûrs à la frontière par les Allemands dans un camp dit de consolidation de la race allemande, en l’occurrence le Volkslager 98 de Lindenau (Saxe, Allemagne). Il fut déplacé de camp en camp, à Brussau (Silésie, Tchécoslovaquie), Halbstadt, actuellement Meziměsti (Tchécoslovaquie, République tchèque), Troppau, actuellement Opava (Silésie, Tchécoslovaquie, République tchèque) et enfin Kratzau, actuellement Chrastava (Sudètes, Tchécoslovaquie, République tchèque).
A la Fête-Dieu en juin 1944, il y organisa une procession chahutée par la Hitlerjugend, la jeunesse hitlérienne, qui prétendit que les Mosellans avaient chanté en français alors qu’il s’agissait de psaumes latins. Emprisonné au Gerichtsgefängnis Kratzau sous le matricule 5 403, il fut tour à tour emprisonné au Polizeigefängnis Reichenberg à Alt-Moabit à Berlin et au Zuchthaus Brandenburg-Havel à Görden (Allemagne). Le 18 juillet 1944, il fut condamné à mort pour Wehrmachtzersetzung, déstabilisation de la Wehrmacht. Quatre jours plus tard, il écrivit à ses parents : « […] La cour de Berlin n’a pas compris mon attitude de Lorrain Français. Je ne puis que le regretter. En conscience et devant Dieu, je n’ai pas de reproche à me faire et n’ai pas essayé de décomposer la Wehrmacht. Je suis innocent et prends Dieu et les Lorrains du camp à témoin. Aucun parmi ces derniers n’a pu témoigner. » Georges Meyer fut isolé dans une cellule de trois mètres cinquante sur un mètre quarante et dut réaliser six chemises ou six pantalons par jour. Il souffrit beaucoup de la faim et du froid. Par lettre adressée au Führer, sa famille demanda la conversion de sa peine de mort en travaux forcés à perpétuité. Sa dernière lettre data du 18 septembre 1944 : « A vous mes sincères salutations et mes baisers les plus cordiaux. Georges. Loué soit Jésus-Christ. » Il fut exécuté par pendaison – décapité selon l’évêché - le 25 septembre 1944 à Berlin-Alt Moabit. Ses cendres furent rapatriées le 24 septembre 1946 à Waldscheid. Son nom est gravé sur la stèle commémorative de Vasperviller (Moselle).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article185455, notice MEYER Georges par Philippe Wilmouth, version mise en ligne le 22 septembre 2016, dernière modification le 4 janvier 2021.

Par Philippe Wilmouth

SOURCES : AVCC dossier 21P516047 — Arch. Dép. Moselle 29J2023, correspondances de l’abbé Meyer avec Mgr Louis 1943-44 ; 29J2020, adresses des prêtres transplantés, février 1944 — Ascomémo, Annuaire du clergé du diocèse de Metz au cours de la deuxième guerre mondiale, Metz, dactylographié, non daté, p. 175 — Oscar Gérard, De Viombois à Berchtesgaben, les chrétiens et les génocides, Drulingen, imprimerie Scheuer, 2006, p. 326 — Joseph Dillenschneider, Les passeurs lorrains, Sarreguemines, Éd. Pierron, 1979, p. 137-139.

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