CANCELLIERI Charles, André

Par Antoine Olivesi

Né le 29 mars 1895 à Lucciana (Corse), mort le 3 août 1957 à Nice (Alpes-Maritimes) ; avocat ; militant communiste, puis socialiste.

Issu d’une vieille famille paysanne de la Marana, au sud de Bastia, où son père, petit propriétaire, cultivait la terre, Charles Cancellieri fit des études à l’école communale de son village natal, puis au lycée de Bastia. Bachelier en 1914, il s’engagea lorsque la guerre éclata et la termina avec le grade de lieutenant, décoré de la médaille militaire et de la Croix de guerre. En 1919, il reprit ses études à la Faculté de droit de Paris et obtint sa licence deux ans plus tard. C’est au cours de cette période qu’il adhéra au Parti communiste, participant à de nombreux meetings dans la capitale.

En 1923, il partit pour l’Indochine où il séjourna une dizaine d’années. Inscrit au barreau de Saïgon, il prit position contre le colonialisme et se fit le défenseur des nationalistes vietnamiens lorsqu’ils étaient inculpés. Lors d’une révolte dans le delta il adressa au Parti communiste français un télégramme protestant contre la répression qui fut publié par l’Humanité. Il écrivit dans divers journaux indochinois et dirigea, pendant quelque temps, Le Courrier Saïgonnais en l’absence de son directeur, Guy de la Ferrière. En 1924, Cancellieri mit en ballottage la municipalité de droite et fut élu conseiller municipal de la ville. En 1928 il se présenta aux élections législatives contre Ernest Outrey, ex-résident supérieur en Indochine, député de la Cochinchine française depuis 1914. Il obtint 604 voix sur 4 435 électeurs inscrits et 2 837 votants contre 1 130 à son adversaire qui, pour la première fois, dut concéder un ballottage. Vaillant-Couturier était venu le soutenir pendant sa campagne électorale dans la province de Bien-Hôa et tous deux attaquèrent violemment les privilèges de la Banque d’Indochine, malgré la pression du ministère de l’Intérieur et du gouverneur qui voulaient les empêcher de tenir des meetings.

Jugé indésirable, et menacé d’arrestation, Charles Cancellieri quitta l’Indochine après 1931 et revint en Corse où il s’inscrivit au barreau de Bastia. Remarquable orateur, il plaida notamment, en mars 1935, au Palais de Justice de cette ville, en faveur du célèbre bandit Spada et affirma son hostilité de principe à la peine de mort. Il continua de militer au sein du Parti communiste et du SRI qui le chargea d’effectuer un voyage d’études en URSS où il prononça une allocution sur les antennes de Radio-Moscou. Il évoqua son voyage au cours d’une conférence à Corte le 12 septembre 1935 et fit l’apologie du « socialisme organisateur et triomphant en URSS ».

À l’époque du Front populaire, il se rapprocha du Parti socialiste SFIO et fut candidat « communiste Front populaire » dans la circonscription de Corte, en 1936, contre François Pietri, alors ministre de la Marine, qui lui proposa, en échange de son renoncement à la lutte électorale, la direction d’un journal qu’il venait de créer à Paris. Cancellieri refusa et fit une campagne très animée, de village en village. Il recueillit 603 voix sur 27 008 électeurs inscrits et 13 817 votants, contre 7 581 suffrages à Pietri, réélu, ce qui, compte tenu de la puissance des clans en Corse à cette époque, apparut alors comme un bon résultat. Il milita ensuite à la SFIO jusqu’à la guerre et, en octobre 1937, fut candidat SFIO au conseil d’arrondissement au siège laissé vacant par Émile Sari, radical, décédé (canton de Bastia-Terravecchia). Il obtint 169 voix contre 904 à De Montera, également avocat, radical-socialiste, maire de Bastia, élu au second tour et 145 à Arthur Giovoni, candidat du Parti communiste.

Cancellieri fut mobilisé en tant que capitaine d’infanterie à Corte, puis aux îles Lavezzi, entre la Corse et la Sardaigne, par mesure d’éloignement.
Résistant de la première heure, il fut arrêté en 1943 lorsque les Allemands occupèrent la Corse après la chute de Mussolini. Torturé, il fut déporté à l’île d’Elbe où ses camarades de captivité le nommèrent chef de camp ; il fut ensuite transféré à Wolfsberg (Autriche) d’où il réussit à s’évader. Il parvint à rejoindre la Résistance à Marseille et participa, en août 1944, à la libération de la ville.

Toutefois, selon d’autres sources, on constate des variantes dans la chronologie des activités de Cancellieri, pendant la guerre. En effet, sur une « liste noire » établie par la direction régionale officielle du Parti communiste, à Marseille, en septembre 1942, on peut lire : « Cancellieri avocat au barreau de Bastia, déporté par les chemises noires à l’île d’Elbe... emprisonné par les Allemands et finalement relâché se trouve actuellement à Marseille. Cet avocat ancien membre du PC et se disant membre du Comité central est actuellement en liaison avec Pastor*. »

Il faut tenir compte à la fois de l’incertitude des dates - dans tous les cas - et, pour le PC marseillais, du cas particulier de réseaux de résistance concurrents à cette époque (allusion au groupe Pastor). D’où le nombre de militants, anciens ou nouveaux, dénoncés souvent sans contrôle réel, et toujours avec un préjugé défavorable dans l’interprétation des faits. Pour Cancellieri, son action dans la Résistance n’est nullement remise en cause, bien entendu, mais elle pose, sur ce point précis, un problème de datation exacte.

Quoi qu’il en soit, après la fin de la guerre, en 1945, il fut élu conseiller municipal de Bastia sur une liste d’union socialo-communiste. L’année suivante, il échoua, pour une voix, à l’élection cantonale de Borgo. Déçu, malade des suites de sa déportation, mais toujours actif, il s’installa à Nice. Trois membres proches de sa famille moururent dans un accident de train à Bolène (déraillement di Vintimille-Paris) le 19 juillet 1957. Charles Cancellieri décéda 15 jours après cet accident , sans doute une conséquence du choc affectif qu’il venait de subir (témoignages de sa famille).

Son corps fut inhumé en Corse. Il avait été décoré de la Légion d’honneur en 1955.

Charles Cancellieri a laissé le souvenir d’un avocat de grande classe, d’un homme politique dynamique et fougueux ainsi que d’un fin lettré. « Cet homme était né orateur. De l’orateur il avait toutes les qualités. Une intelligence vive, apte à saisir toutes les finesses de la pensée, un sens inné des nuances, le don remarquable de l’improvisation, une voix harmonieuse qui charmait toujours ses auditeurs. » (Antoine-Jacques Mordiconi, avocat à la cour de Bastia)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article18548, notice CANCELLIERI Charles, André par Antoine Olivesi, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 23 septembre 2019.

Par Antoine Olivesi

ŒUVRE : Nombreux articles dans la presse indochinoise, notamment dans Le Courrier saïgonnais, et corse, en particulier dans L’Informateur. — Ses plaidoiries furent souvent reproduites in extenso dans la presse. — Il publia également des articles sur son voyage en URSS et sur le banditisme en Corse. — Il est également l’auteur de poèmes dont l’un, « Chasse », fut primé à Saïgon en 1931. D’autres, comme son « Ode à Kaliste », furent publiés dans le journal corse U Muntese.

SOURCES : Renseignements communiqués par sa fille en réponse au questionnaire et complétés sur certains points par MM. Bianchini* et Marchioni*. — Le Petit Bastiais, 3-7 mars 1935 ; 19-21 et 24 avril, 4 mai 1936. — JO Débats parlementaires, Chambre des députés, 23 juin 1928, p. 2019 et 3 juillet 1936, p. 1701. — Marseille Matin, 11 octobre 1937. — Gérard Stevens, La Parole est à la défense, Marseille, 1947, p. 162 et 164. — M. Choury, Tous bandits d’honneur, op. cit., p. 100 et 198. — J.-A. Livrelli, L’Occupation italienne en Corse, Éd. Paul Fieschi, 1949. — « Maître Charles Cancellieri », article nécrologique de Me A.-J. Mordiconi dans Le Petit Bastiais du 4 août 1957. — Le Mémorial des Corses, t. 4, p. 158, 160, 201 et 204-206. — Marcel Bernard, Les Communistes dans la Résistance, Marseille et sa région, thèse de IIIe cycle, t. II, p. 65, Aix-en-Provence, 1982. — François Giacomini, L’implantation du Parti communiste en Corse 1920-1939, Mémoire de maîtrise, Paris1, 1972. — Témoignage de son petit-neveu, Pascal Regol qui a consacré un documentaire à sa famille et au déraillement du Vintimille-Paris.

ICONOGRAPHIE : Photographies dans Le Mémorial des Corses, t. 4, p. 158 et 201.

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