GAGNEPAIN Edmond, Léon

Par Daniel Grason

Né le 24 septembre 1898 à Besançon (Doubs), tué le 20 août 1944 à Paris (IVe arr.) ; ouvrier imprimeur, gardien de la paix ; F.F.I.

Fils de Frédéric Gagnepain, manoeuvre, et de Philippine, née Dautrice, Edmond Gagnepain alla à l’école à l’âge de cinq ans, il ne put poursuivre sa scolarité au-delà de sa onzième année. La famille vivait 9 Grande Rue à Besançon. Son père étant en longue maladie, il entra en apprentissage chez l’imprimeur Ducret à Besançon le 8 janvier 1910. À dix-huit ans, ouvrier imprimeur il travailla chez le même patron.
Incorporé le 17 avril 1917 au 23e Régiment d’infanterie à Bourg-en-Bresse (Ain), puis au 9e Régiment d’infanterie le 25 mars 1918, il combattit sur le front des Éparges au sud de Verdun (Meuse). Edmond Gagnepain fut grièvement blessé le 21 juillet 1918, évacué sur un hôpital à Paris. Il rejoignit son régiment le 1er septembre 1918 à Origny-Sainte-Benoîte dans l’Aisne. Démobilisé le 15 juin 1920 après trois ans et deux mois dont de très longues périodes au front, le 2ème classe Edmond Gagnepain a été décoré de la Croix de Guerre, de la Médaille commémorative polonaise et de la Médaille interalliée.
De retour à Besançon, il devint manœuvre au Parc d’Artillerie du 3 août au 5 octobre 1920. Il épousa le 7 août 1920 Fernande Berteaux en mairie de Cousolre arrondissement d’Avesnes-sur-Helpe (Nord). Le couple quitta le Doubs, arriva à Paris le 10 octobre, habita 4 rue de L’Asile-Popincourt (XIe arr.). Edmond Gagnepain travailla comme ouvrier minerviste à l’imprimerie Oyon 75 avenue Parmentier (XIe arr.). Un travail de saisie de textes en composition typographique au plomb.
Il écrivit au Préfet de Police le 21 février 1921, il renouvela dans les mêmes termes sa demande le 6 avril 1921 : « Désireux d’obtenir l’emploi de gardien de la paix afin d’avoir une situation stable, je viens par ces quelques mots solliciter cet emploi dont la bonne réputation est proverbiale ».
Edmond Gagnepain commença le 21 mars 1921, fut affecté jusqu’en 1925 au commissariat du XIXe arrondissement. En mai 1923, il demanda pour sa femme l’autorisation de tenir une loge de concierge, la préfecture donna son feu vert. Le couple habita 139 boulevard de la Gare dans le XIIIe arrondissement.
Dans l’exercice de son métier sur la voie publique, il fut blessé au pied droit par un morceau de grille d’arbre lors de la manifestation interdite du 1er mai 1923. Une légère blessure qui ne nécessita pas d’interruption dans son service.
Le 26 juin 1923, une tonne de vidange attelée de quatre chevaux était en stationnement à la hauteur du 1 quai de la Loire (XIXe arr.). À la suite de la rupture d’un crochet d’attache, le palonnier (pièce de bois qui permettait de répartir la charge entre les deux animaux) tomba sur les jambes des deux chevaux de tête. Effrayés ils s’emballèrent. Edmond Gagnepain se porta à leur rencontre, parvenait à en saisir un par la bride. Après avoir été trainé sur une trentaine de mètres, il réussissait à maîtriser les deux chevaux.
En mai 1924 avec un collègue, ils interpellaient un livreur de charbon qui venait de détourner deux sacs du précieux combustible. Les propriétaires portèrent plainte, l’employé indélicat fut inculpé « d’abus de confiance ». Pour les deux dernières actions, Edmond Gagnepain perçut une gratification.
Au cours de l’année 1925, il fut affecté au commissariat du IVe arrondissement, il maîtrisa le 5 décembre 1927 un ivrogne qui le blessa légèrement à la main. Sa carrière se déroula sans accroc au rythme de la surveillance de la voie publique. Ses supérieurs le qualifiaient de « vieux gardien de la paix » probablement usé par le temps.
Le 20 août 1944 vers 17 heures alors qu’il était quai de l’Hôtel-de-Ville, il fut abattu par des rafales de mitraillettes tirées par des soldats allemands circulant en automobile. Emmené au poste de secours de la rue du Grenier sur l’Eau, les secouristes constatèrent qu’il avait été tué d’une balle dans la tête et de balles qui le frappèrent à la poitrine. Son corps était déposé à l’Hôtel-Dieu à 19 heures 30. Un gardien de la paix fut chargé de prévenir sa femme, ce qu’il fit le 21 août vers 10 heures du matin.
Son épouse Fernande alla au poste de secours de la rue du Grenier sur l’Eau, elle eut confirmation du transport du corps de son époux à l’Hôtel-Dieu la veille vers 19 heures. À l’hôpital ni Edmond Gagnepain ni Charles Pezin un autre gardien de la paix tué ne figuraient sur aucun des registres de l’établissement. Le 18 septembre une enquête fut ouverte pour retrouver les corps.
Auditionné par un inspecteur le 28 septembre 1944, le chef du poste de secours de la Défense passive déclara que « Lors des journées insurrectionnelles les services de la Défense passive de l’Hôtel-Dieu [relevèrent] 1400 corps morts et blessés ; il n’était pas très facile de tenir une comptabilité détaillée pouvant donner le nom du secouriste qui effectuait le transport de chaque corps ». Les recherches aboutirent, son corps fut retrouvé en octobre 1944. Edmond Gagnepain avait été inhumé dans un cercueil censé contenir le corps d’une femme inconnue.
Considéré comme « Victime du devoir », Edmond Gagnepain a été cité à l’Ordre de la Nation (JO du 20 décembre 1944), décoré de la Légion d’Honneur (JO du 3 janvier 1945). Le ministère des Anciens combattants lui attribua la mention « Mort pour la France », le 19 mars 1958 il fut homologué F.F.I. du 1er juin au 20 août 1944.
Son nom a été gravé sur la plaque commémorative apposée dans la cour de la préfecture de police à la mémoire des agents tombés pendant les deux guerres mondiales, ainsi que sur la liste des policiers morts pour la Libération de Paris au Musée de la police 4, rue de la Montagne Sainte-Geneviève à Paris (Ve arr.). Sur une plaque posée à l’entrée du commissariat du IVe arrondissement figurent les noms des sept policiers tués dans les combats de la Libération de Paris : « Bardon Charles, Chuet Gaston Gagnepain Edmond, Paris Paul, Pezin Charles, Salvat Auguste, Vançon Émile ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article185716, notice GAGNEPAIN Edmond, Léon par Daniel Grason, version mise en ligne le 24 octobre 2016, dernière modification le 5 octobre 2018.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. KC 15. – SHD, Caen AC 21 P 188194. – Bureau Résistance GR 16 P 238415. – Christian Chevandier, Été 44. L’insurrection des policiers de Paris, Éd. Vendémiaire, 2014. – « Au cœur de la Préfecture de Police de la Résistance à la Libération », Sous la dir. de Luc Rudolph, Directeur honoraire des services actifs, Éd. LBM, 2009. – Site internet GenWeb. — État civil.

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