CANONNE Pierre-André [CANONNE Pierre, Henri, Émile, dit]

Par Yves Le Maner

Né le 6 mars 1887 à Lille (Nord), mort le 22 février 1970 à Lille ; ouvrier tourneur, représentant de commerce, puis journaliste ; militant socialiste, puis communiste, coopérateur, pacifiste ; résistant ; président de l’Association France-URSS.

Pierre-André Canonne (c’est la plus fréquente des combinaisons faites avec son nom, son prénom et son nom de plume, mais l’on trouve aussi Pierre Canonne et André-Pierre Canonne) naquit dans une famille de la petite bourgeoisie lilloise : son grand-père fut directeur de brasserie et son père représentant de commerce. Peu intéressé par le travail scolaire, il débuta à l’âge de treize ans comme vendeur dans un magasin lillois dès sa sortie de l’école primaire. Il exerça ensuite pendant plusieurs années, et jusqu’à la guerre de 1914-1918 le métier de soudeur autogène, puis celui de tourneur dans divers établissements métallurgiques de la région lilloise. Au lendemain du conflit, il reprit la profession paternelle de voyageur de commerce afin de bénéficier de plus de latitude dans sa vie militante.

Pierre-André Canonne était devenu membre du Parti SFIO dès sa création en 1905 et, en 1912, il avait été l’un des fondateurs de la section socialiste de Templemars, commune de la banlieue lilloise où il résidait depuis 1911.

Pendant les années qui précédèrent la guerre, il avait acquis une remarquable culture générale et avait commencé à exercer sa plume dans les journaux locaux puis régionaux. Ce furent paradoxalement les difficiles années de guerre qui allaient permettre à Canonne d’affirmer ses remarquables talents de journaliste et qui le propulsèrent pendant un temps au sein de l’avant-garde du Parti socialiste. Etant parvenu à quitter le Nord avant l’invasion allemande de 1914, il fut affecté en qualité d’ouvrier tourneur à l’usine d’armement de Levallois-Perret (Seine) pour la durée du conflit. Il devait être l’un des meneurs des grèves des usines de guerre de la région parisienne en mai 1918. Pendant quatre années, il participa avec ardeur aux difficiles débats qui secouèrent la SFIO face aux problèmes suscités par la guerre. Favorable à la tendance zimmerwaldienne, il agit en liaison avec Brizon et Marcelle Capy* afin de favoriser la diffusion de La Vague ; il collabora ensuite au Populaire sous la signature de Pierre André puis à l’Humanité sous le même pseudonyme. Isolé au sein de la fraction minoritaire lors du congrès de Bordeaux, il modéra ses positions lors du congrès de Strasbourg en 1919 et se rapprocha du courant réformiste. Pressentant très tôt la scission, Canonne fut incapable d’opter de façon définitive pour l’un des deux courants opposés au sein du Parti SFIO ainsi qu’en témoigne son action au cours de l’année 1920. Tout en conservant ses fonctions de propagandiste à l’Humanité, il consacra les premiers mois de l’année à la traduction en français du livre publié à Londres par Norman Angell sur le traité de Versailles et ses conséquences économiques, qui parut en France sous le titre de : Le Chaos européen ; par ses propres moyens, il était en effet parvenu à acquérir une solide maîtrise de la langue anglaise. Il se refusa alors à tout débat public, préférant utiliser son temps à la réflexion sans pour autant être capable de choisir son camp ainsi que le prouve la brochure intitulée Le IIe congrès de l’Internationale Communiste qu’il publia peu après l’achèvement de sa traduction. Il accepta dans un premier temps les fonctions de trésorier du comité d’adhésion à la IIIe Internationale de Drancy (Seine) où il résidait bien qu’il ait été élu conseiller municipal de Templemars en 1919. Proche d’un engagement dans le mouvement communiste, il donna une série de conférences enthousiastes sur la Révolution russe à l’« Université du Peuple » de Paris et à l’« École socialiste marxiste » dont il avait été l’un des fondateurs en 1918. De plus, dans un article publié dans l’Humanité du 19 septembre 1920, il concluait en faveur de l’adhésion à l’Internationale de Moscou. Mais, quelques jours plus tard, il décidait de regagner le Nord et s’installait de nouveau à Templemars où lui avait été offert un emploi de représentant à l’Union des coopératives ouvrières du Nord et du Pas-de-Calais. Il fut aussitôt placé à la tête de la section locale du Parti SFIO et il semblerait que l’attitude de la base ouvrière de la région lilloise, en grande majorité favorable au maintien au sein de la IIe Internationale, l’ait amené à un revirement de position total. Signataire de la motion Longuet, il fut délégué suppléant du Nord au congrès de Tours, mais n’assista pas aux travaux. La scission consommée, il fut, dans les premiers jours de janvier 1921, l’un des plus actifs soutiens de la proclamation adressée par la commission administrative de la Fédération socialiste du Nord à toutes les sections locales pour exiger le maintien de la SFIO. Nommé à la CA fédérale, il fut aux côtés de Lebas et Salengro, l’un des « reconstructeurs » de la SFIO dans le Nord au début des années 1920. Il en fut le délégué aux congrès de Grenoble (8 au 12 février 1925) et de la salle Japy (15-18 août 1925) et prit part à de nombreuses réunions de la CA nationale du Parti SFIO. P.-A. Canonne assista également au sein de la délégation française au congrès de reconstitution de l’Internationale Ouvrière en 1923.

Pierre-André Canonne se refusa cependant toujours à admettre l’idée d’une scission définitive au sein du mouvement ouvrier français et s’opposa à plusieurs reprises au mécanisme des « luttes fratricides » entre le PC et la SFIO, particulièrement violentes dans le Nord. Cette volonté de conciliation fut à l’origine d’une brutale rupture dans la carrière politique de Canonne. Il accepta en effet le rôle de président d’une délégation des Amis de l’URSS qui se rendit à Moscou en 1927 à l’occasion des fêtes du Xe anniversaire de la révolution d’Octobre et, à son retour, il participa à une série de meetings organisés par l’Association des Amis de l’URSS au cours desquels il exalta l’expérience russe. Immédiatement accusé par ses amis socialistes d’être un « sous-marin » du PC au sein de la CA fédérale du Nord, il fut exclu du Parti SFIO. Après être resté pendant plusieurs années dans la situation de sympathisant, il rejoignit finalement le PC. Secrétaire du groupement lillois des Amis de l’URSS à partir de 1928, il reconstitua la Fédération du Nord de ce mouvement en 1933. Après la Deuxième Guerre mondiale, il devait être l’un des dirigeants nationaux de l’Association France-URSS. Résistant, membre du mouvement « Libération-Nord », Pierre-André Canonne fut nommé sous-lieutenant FFI en 1944 et, en janvier 1945, il fut affecté pour quelques semaines en mission permanente auprès de la Ire région militaire. Rendu à la vie civile, il consacra dès lors son temps à trois activités militantes en plus de ses fonctions de correspondant de presse du quotidien Libération. Outre à l’Association France-URSS, il s’intéressa en effet à l’action syndicale et à la coopération. Secrétaire du syndicat « L’Avenir des VRP » (représentants de commerce) adhérent de la CGT, il fut ensuite secrétaire de la Fédération des employés et cadres CGT en compagnie de sa femme, née Louise Boulet, qu’il avait épousée en troisième noces en 1959.

Pierre-André Canonne fut de longue date adhérent à la vieille coopérative socialiste « L’Union de Lille » et, à partir de 1920, il devint administrateur de l’Union des coopérateurs de Fretin (arrondissement de Lille) dirigée par Émile Delabaere. Représentant de cette coopérative au congrès coopératif régional de 1926, il fut nommé à la commission fédérale de contrôle, fonction qu’il remplit durant quinze ans. Sociétaire de la brasserie coopérative socialiste « L’Avenir » de Lille, il adhéra également en 1945 à la « Solidarité mutuelle des coopérateurs de Belleville », dans le XXe arr. de Paris, où il résida pendant plusieurs années au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Enfin, à l’âge de soixante-quatorze ans, il fut porté à la présidence de la section coopérative locale de La Madeleine-les-Lille, adhérente à l’Union des coopérateurs de Flandre (1961).

Toujours remarquablement actif malgré l’âge, Canonne fut invité par le gouvernement soviétique pour participer au cinquantième anniversaire de la révolution d’Octobre, en 1967. Un banal accident mit fin à cette vieillesse pleine d’énergie : renversé par une voiture, il succomba à ses blessures au centre hospitalier régional de Lille le 22 juillet 1970, à l’âge de quatre-vingt-trois ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article18579, notice CANONNE Pierre-André [CANONNE Pierre, Henri, Émile, dit] par Yves Le Maner, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 19 octobre 2010.

Par Yves Le Maner

ŒUVRE : Parmi de très nombreuses collaborations journalistiques, on peut citer : le Réveil du Nord, La Vague, le Populaire, l’Humanité, l’Enchaîné, Liberté, France-URSS, Libération.

SOURCES : Arch. Dép. Nord, M 154/78A (avec photographie de 1927) et B 2890. — Comptes rendus des congrès de la Fédération socialiste du Nord (1920-1927). — Comptes rendus des congrès coopératifs régionaux du Nord de 1926 à 1939. — Fonds d’archives J. Gaumont-G. Prache. — L’Humanité, 26 décembre 1927. — Le Cri du Nord, 13 janvier 1921.

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