Avenas (Rhône), 25 mai 1944

Par Jean-Sébastien Chorin

Le 25 mai 1944, à Avenas (Rhône), lors d’un affrontement avec des soldats allemands, deux maquisards furent abattus lors d’une mission et quatre lors d’un combat.

Vers le 22 mai 1944, quinze maquisards de Collonge-en-Charollais (Saône-et-Loire), partirent en mission sous le commandement de Raymond Joureau (alias Revielle). Ils récupérèrent du matériel à Belleville (Rhône) et l’entreposèrent dans un bois situé dans la partie sud-ouest de la commune d’Avenas (Rhône). Ils s’installèrent au milieu de ce bois, dans une ferme inhabitée, au lieu-dit la Ceppe. Pendant deux jours et demi, ils camouflèrent le matériel. Ils circulèrent dans plusieurs voitures qui avaient été volées pour mener à bien leur mission : une Chevrolet grenat, une Citroën traction avant 2 CV gazogène et une Hotchkiss verte. Les Avenaudis les virent passer pour la première fois l’après-midi du 23 mai.
Le 25 mai 1944, vers 10 heures, des soldats allemands (100 à 250 selon les versions) arrivèrent à Avenas. Ils étaient accompagnés de quatre ou cinq civils, dont un jeune homme qui se faisait appelé « Jambon » et une femme. Les témoins s’accordèrent à penser qu’il s’agissait de miliciens notamment parce qu’un allemand désigna l’un d’eux comme étant « Milice Françouse ». La police allemande était peut-être également impliquée puisque d’après le maire d’Avenas (qui n’était pas un témoin direct) les plaques des véhicules portaient les trois lettres POL. Cherchant les maquisards cachés à Avenas, les soldats allemands, cernèrent le village et fouillèrent certaines maisons.
Le matin du 25 mai 1944, cinq hommes de Raymond Joureau partirent en mission. Deux d’entre eux, André Menelet et Pierre Laroche, revinrent au camp dans la Hotchkiss verte. Ils réussirent à passer un premier barrage allemand, puis, vers 10h30, au niveau de la sortie sud du bourg d’Avenas, ils tombèrent sur un second barrage. Les Allemands ouvrirent le feu. Les deux pneus gauches et le radiateur de la Hotchkiss furent touchés. La voiture dérapa et tomba dans le fossé gauche. Les deux résistants tentèrent de s’enfuir et furent tués, l’un à 150 mètres environ, à l’ouest, « dans un vassible de genêts », et l’autre à 500 mètres environ, dans un champ de blé derrière un buisson. Le rapport de gendarmerie ne permet pas de déterminer qui des deux victimes était André Menelet ou Pierre Laroche. Par contre, il semble clair que les deux hommes furent achevés. Le premier résistant (le plus proche de l’accident), touché à la jambe par une rafale, s’était traîné sur une distance de 10 m environ avant d’être rattrapé. Il portait une blessure par balle au milieu du front. Le second portait une blessure par balle au cœur et une autre à la tempe droite.
Dans les bois, six résistants furent alertés par les détonations. Ils montèrent dans une voiture et se dirigèrent rapidement vers le centre du village pour aider leurs camarades. Près de la sortie nord-ouest d’Avenas, ils furent pris pour cible par des soldats allemands postés dans un pré. Le véhicule fut mitraillé et trois hommes, Roger Chourrist, Karol Klus et Max Roset, furent tués en descendant de voiture. Un quatrième, Louis Gauthier, semble avoir été achevé de quatre balles dans la tête après avoir tenté de se mettre à couvert malgré de graves blessures à la jambe gauche et à la main gauche. Le lendemain, les gendarmes retrouvèrent une centaine de douilles de fusil-mitrailleur et de mitraillette dans le pré où se trouvaient les militaires allemands.
Un second engagement eut lieu à 15 heures. Les maquisards réussirent à passer trois barrages allemands sans subir de perte. Les combats prirent fin vers 17h30. Parmi les Allemands, un soldat fut tué et plusieurs blessés.
Avant leur départ vers 18 ou 19 heures, les militaires allemands et les miliciens dépouillèrent les maquisards qui avaient été abattus. Ils retournèrent et vidèrent leurs poches, et, manifestement, ils prirent leurs armes et une paire de chaussures. Ils récupérèrent deux roues de la Hotchkiss verte puis incendièrent la voiture. Ils s’approprièrent les automobiles abandonnées par les résistants, notamment celle des quatre camarades qui furent abattus au nord d’Avenas. Ils incendièrent la ferme dans laquelle les maquisards s’étaient installés.
Le 26 mai 1944, à 8h30, des gendarmes enquêtèrent sur les lieux et prirent des photographies. Ils ne purent identifier les corps puisqu’ils avaient été dépouillés de tous papiers et objets. Vers 12 heures, les six cadavres furent déposés à l’église d’Avenas.
Chaque corps fut placé dans un cercueil, et le 27 mai, à 20 heures, les six hommes furent inhumés au cimetière d’Avenas, dans une fosse commune. Aucun acte de décès ne fut dressé à l’époque, les victimes n’ayant pas été identifiées avant l’inhumation. Le 28 mai, le père de Louis Gauthier, informé par des résistants, s’adressa rapidement au maire d’Avenas pour lui signaler que son fils faisait sans doute partie des victimes. Grâce aux démarches de Raymond Joureau, au début du mois d’octobre 1944, les autres résistants furent identifiés et les familles prévenues. Les corps furent exhumés et enterrés dans divers cimetières.



Liste des victimes :
CHOURRIST Roger Émile Alphonse
GAUTHIER Louis
KLUS Karol
LAROCHE Pierre Joseph
MENELET André
ROSET Max François

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article186010, notice Avenas (Rhône), 25 mai 1944 par Jean-Sébastien Chorin, version mise en ligne le 24 octobre 2016, dernière modification le 16 février 2019.

Par Jean-Sébastien Chorin

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, 3808W851.— Mémoire des hommes.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément