SCHAUER Otto

Par Jean-Sébastien Chorin

Né le 19 avril 1903 à Purkersdorf (Autriche), exécuté sommairement le 17 ou le 18 août 1944 à Bron (Rhône) ; de nationalité autrichienne ; commerçant ; résistant dans les mouvements Combat et Témoignage chrétien à Lyon (Rhône).

Otto Schauer
Otto Schauer
Arch. Dép. Rhône, 3494W188

Otto Schauer était le fils d’Osman Schauer et de Camilla Muller. Il s’exila en France et s’installa à Lyon (Rhône) le 26 juillet 1925. En 1930, Otto Schauer demeurait 19 cours d’Herbouville (IVe arr.). Il était employé. Le 30 janvier 1930, il se maria à Caluire-et-Cuire (Rhône) avec Marie Pauline Nadiejda Georgette Guigal qui choisit de conserver sa nationalité française. Ses deux enfants naquirent à Lyon (IVe arr.) en 1933 et 1934. Vers 1934, Otto Schauer s’installa dans un appartement de cinq pièces au 15 rue de la Quarantaine (Lyon, Ve arr.). Otto Schauer était pileur de drogue en parfumerie. Il s’inscrivit au registre du commerce de Lyon le 27 décembre 1933. Il devint propriétaire de la « Maison Les Produits Osma », située 15 rue de la Quarantaine, et il fabriqua des pierres d’alun dont il fit le commerce. D’après un rapport de police de 1938, son négoce lui rapportait environ 20 000 francs de bénéfice annuel. Avant-guerre, il fit des démarches pour se faire naturaliser français.
Le 6 juillet 1938, Otto Schauer sollicita la préfecture afin d’obtenir l’autorisation d’accueillir pour deux ou trois mois ses parents qui demeuraient à Vienne IV, Pressgasse 15. Vraisemblablement, souhaitait-il les aider à se réfugier en France après l’Anschluss (mars 1938). Dès le 16 septembre 1938, le préfet du Rhône donna son accord mais, faute de réponse positive du Ministère de l’Intérieur, l’affaire traîna. Le 24 février 1939, Otto Schauer fit une deuxième demande et s’engagea à subvenir aux besoins de ses parents. Le déclenchement de la guerre mit fin à toute possibilité de circulation entre l’Autriche et la France. Le 16 septembre 1939, le préfet du Rhône estima qu’« en raison de l’état de guerre », il n’y avait pas lieu d’autoriser Osman et Camilla Schauer à venir en France.
Après la déclaration de la guerre, les « ex-autrichiens » qui se trouvaient sur le territoire français, considérés comme ressortissants d’un pays ennemi, furent massivement internés dans des camps. En 1939, bien qu’ex-autrichien, Otto Schauer échappa au sort de ses compatriotes. Le 25 novembre 1939, le procureur de Lyon décida qu’il ne devait pas être traité « comme ennemi au sens de l’article Ier du Décret du Ier septembre 1939 ». En 1940, après revirement de l’administration française, Otto Schauer fut considéré comme étranger « à diriger immédiatement sur camp de Loriol ». Il fut arrêté le 23 mai 1940. Il semble malgré tout qu’il ne fut pas emprisonné au camp de Loriol (Drôme). Il fit sans doute valoir son droit à ne pas être traité comme « ennemi » suite à la décision du procureur de la République.
Le 23 avril 1941, en tant qu’étranger, Otto Schauer dut faire la demande d’un permis de circulation ou d’un sauf-conduit afin d’exercer son métier de commerçant. Après avis favorable du préfet du Rhône, un sauf-conduit valable du 10 mai au 10 août 1941 lui fut accordé, l’autorisant à se rendre dans les départements du Rhône, de l’Ain, de l’Isère, de la Loire, de la Drôme et du Jura, en « chemin de fer et bicyclette », afin de visiter des clients et fournisseurs.
Otto Schauer s’engagea dans le mouvement Combat en octobre 1942. Il était également membre du mouvement Témoignage chrétien sous les ordres de son beau-frère, Marcel Drevard. Otto Schauer était spécifiquement chargé de l’acheminement des publications de Témoignage chrétien, notamment des tracts. Accessoirement, il les diffusait dans son propre secteur. Il aidait également son beau-frère à transporter des munitions.
Le 16 août 1944, alors qu’il descendait du trolleybus numéro 30, entre la rue des Prêtres (rue Monseigneur-Lavarenne) et l’avenue Adolphe Max (Lyon, Ve arr.), Otto Schauer fut contrôlé par des hommes du Parti populaire français (PPF) accompagnés d’agents de la Gestapo. Ils trouvèrent sur lui des exemplaires du Courrier français du Témoignage chrétien traitant du crime d’Oradour-sur-Glane et une fausse carte d’identité au nom d’Oscar Savert. Otto Schauer fut arrêté et conduit au siège du PPF. Le jour même, il fut transféré à la prison de Montluc (Lyon) où il fut incarcéré dans la « baraque aux Juifs ».
Le 14 août 1944, eurent lieu des bombardements sur la base aérienne de Bron (Rhône). Devant l’ampleur des dégâts, les Allemands décidèrent de faire travailler sur le camp d’aviation des détenus juifs de la prison de Montluc.
Le 17 août, à 9 heures du matin, 50 prisonniers furent extraits « sans bagage » de la « baraque aux Juifs ». Le gardien Wittmayer fit l’appel et, à la dernière minute, les Allemands remplacèrent deux catholiques par des Juifs. Ils furent embarqués sur trois camions gardés par des soldats allemands armés de mitraillettes, puis amenés sur le champ d’aviation de Bron. A Bron, les prisonniers furent répartis par groupes de trois et contraints de rechercher, d’extraire et de désamorcer des bombes non éclatées. Vers midi, ils furent dirigés près d’un hangar pour déjeuner. L’un des détenus, Jacques Silbermann, profita de cette occasion pour s’évader. Après des menaces de représailles et de vaines recherches, les soldats allemands conduisirent les 49 détenus sur le chantier pour reprendre le travail. A 18h30, alors que les prisonniers remontaient sur un camion pour regagner Montluc, un major allemand donna l’ordre de les amener sur un autre chantier. Les 49 détenus furent conduits près de trois trous d’obus au dessus desquels ils furent exécutés par balles. Leurs corps furent ensuite recouverts de terre et de gravats.
Le matin du 18 août, 23 détenus juifs de Montluc, dont au moins 20 de la « baraque aux Juifs », furent extraits « sans bagage » de la prison et conduits dans des camions au camp d’aviation de Bron. Surveillés par des soldats allemands, ils durent reboucher les trous d’obus et déterrer et désamorcer des bombes non éclatées toute la journée. A midi, « on leur donna une portion de soupe claire ». A 18h, l’adjudant-chef Brau demanda à 20 soldats de se porter volontaires pour accompagner les détenus. A 18h30, ils chargèrent « les prisonniers sur un camion en les battant à coups de cravaches et de crosses de fusils ». Les prisonniers furent conduits près d’un grand trou de bombe. On les fit mettre en cercle autour de la fosse qu’ils commencèrent à reboucher. Les soldats portaient des bouts de tuyau en fer entourés de caoutchouc. Les détenus furent vraisemblablement battus (assommés peut-être ?) et ils reçurent chacun une balle dans la tête ou dans le corps. Le lendemain, l’adjudant-chef Brau fit recouvrir de terre et de blocs de maçonnerie la fosse dans laquelle gisaient pêle-mêle les corps des victimes.
Le 19 août, le chef de la « baraque aux Juifs », Wladimir Korvin-Piotrowsky, dû remettre « en tas » les bagages des 70 prisonniers juifs de la baraque aux autorités allemandes.
En septembre 1944, cinq charniers furent découverts sur le terrain d’aviation de Bron. Le corps d’Otto Schauer fut retrouvé le 21 septembre dans le charnier C, situé au nord du hangar numéro 13 et contenant 25 cadavres. Nous pouvons déduire grâce à différents témoignages que la fosse C contenait vraisemblablement les cadavres de 22 victimes du 18 août, les cadavres de 2 victimes du 17 août et le corps d’une femme exécutée probablement le 21 août. D’après sa veuve et son beau-frère, Otto Schauer aurait fait partie du groupe de prisonniers assassinés le 17 août. Le rapport du médecin légiste indique qu’il fut tué d’une balle dans la tête. Son corps fut décrit comme suit : 1m60, cheveux châtains moyens. On trouva sur lui un mouchoir portant les initiales « S.O. ». Il fut d’abord enregistré sous le numéro 47 puis identifié le 2 octobre 1944.
En 1948, il fut homologué au titre de la Résistance intérieure française avec le grade de sous-lieutenant. La mention Mort pour la France fut apposée sur son acte de décès. Il obtint le titre d’interné résistant en 1951.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article186261, notice SCHAUER Otto par Jean-Sébastien Chorin, version mise en ligne le 25 octobre 2016, dernière modification le 8 décembre 2020.

Par Jean-Sébastien Chorin

Otto Schauer
Otto Schauer
Arch. Dép. Rhône, 3494W188

SOURCES : DAVCC, Caen, dossier d’Otto Schauer.— Arch. Dép. Rhône, 3335W22, 3335W11, 3460W1, 3460W4, 3494W188, 6MP719, 3808W866, 31J66.— Mairie de Caluire-et-Cuire, acte de mariage d’Otto Schauer.— SHD, Vincennes, inventaire de la sous-série 16P (dossiers administratifs de résistants).— Bulletin de l’Association des Rescapés de Montluc, N°18, mai 1946.— Bulletin de l’Association des Rescapés de Montluc, N°23, octobre 1946.— Pierre Mazel, Mémorial de l’oppression, fasc. 1, Région Rhône-Alpes, 1945.— Site Internet de Yad Vashem.

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