BOBE-MOREAU Jean Baptiste [BOBE Jean-Baptiste, dit]

Par Alain Dalançon

Né le 6 mars 1761 à Poitiers, mort le 28 avril 1849 à Rochefort (Charente-Inférieure) ; médecin, pharmacien, botaniste, professeur à l’École de médecine de Rochefort ; révolutionnaire jacobin en 1793-1794.

Fils de François Bobe, perruquier, et de Marie-Anne Vallet, Jean-Baptiste Bobe commença ses études chez les religieux dans sa ville natale, comme ses trois frères, François-Olivier, l’aîné, né en 1760, devenu prêtre, le cadet Jean, et le dernier, Pascal-Alexis, né en 1771, pharmacien de 2e classe à Rochefort, tué en duel en 1804. Il avait aussi une sœur, mariée à un nommé Servant, débitant de tabac sur la place Notre-Dame à Poitiers.

Il compléta sa formation dans une pharmacie puis à l’hôpital militaire de La Rochelle. Le 1er juin 1782, il entra à l’École de chirurgie du port de Rochefort comme aide-chirurgien auxiliaire. Il échoua par deux fois au concours du service de santé pour obtenir le brevet de second chirurgien, qui ne lui fut décerné que 1er octobre 1788, peu après la mise en service du nouvel hôpital maritime, dirigé par Gaspard Cochon Dupuy. Entre temps, il navigua sur quelques petits bâtiments et participa à une expédition aux Antilles, où il s’initia à des travaux sur la faune et la flore.

Le 10 septembre 1790, il soutint sa thèse de doctorat en médecine à la faculté de Reims, et revint à Rochefort, seul chirurgien du port à âtre paré du titre de docteur. Embarqué ensuite sur la flûte Le Dromadaire le 11 août 1791, il fut débarqué à Toulon, le 28 novembre suivant pour raison de santé, et ne revint à Rochefort, convalescent, qu’au printemps 1792.

Jean-Baptiste Bobe fut alors rapidement conquis par les idées révolutionnaires et lia des relations avec quelques-uns de leurs principaux propagateurs, dont le médecin J. Poché-Lafond. Il intervenait au Club des Amis de la Constitution, affilié aux Jacobins de Paris, ayant pour but de « répandre la Vérité et de défendre la Liberté ». Ce club fut à l’origine de la Société populaire dans laquelle il s’impliqua. Après un séjour dans sa famille à Poitiers, il fut envoyé au printemps 1793 visiter les invalides de la Marine dans les quartiers Nord et Ouest de la circonscription maritime de Rochefort mais, à cause de la guerre de Vendée, il fut retenu un certain temps à l’île de Ré, avant de pouvoir retourner à Rochefort au début de l’été. La Société populaire s’y imposait face à la municipalité mais l’autorité réelle appartenait au Comité de surveillance, créé à Rochefort le 27 mai 1793 et renouvelé le 19 octobre avec l’apport de « bons patriotes ».

Les représentants du peuple, envoyés en mission par la Convention, Laignelot et Léquinio, arrivèrent à Rochefort le 9 septembre 1793, munis des pleins pouvoirs. Ils appliquèrent immédiatement la « Terreur », et le tribunal révolutionnaire, mis en place dès le 29 octobre 1793, condamna des dizaines de personnes à l’échafaud. Bobe fut désigné pour siéger dans l’une des commissions populaires, composée de quatre membres, qui fut notamment chargée d’aller arrêter dans l’ile de Ré le conventionnel Gustave Déchezeau, avant son exécution à Rochefort le 17 janvier 1794. Il se défendit plus tard d’avoir joué un rôle déterminant dans les excès de la Terreur et prétendit avoir été entrainé par des amis. Il raconta aussi avoir évité l’arrestation à d’autres nobles suspects dans l’île de Ré. Par ailleurs des religieux attestèrent son comportement humain envers les quelques 800 prêtres réfractaires condamnés à la déportation en 1794, dont beaucoup périrent sur les pontons amarrés à l’embouchure de la Charente ou dans les forts des îles Madame et d’Aix. Il profita néanmoins de la conjoncture révolutionnaire, en étant nommé en juillet 1793 au nouveau grade de pharmacien en chef puis en octobre suivant, médecin extraordinaire de l’hôpital de Rochefort.

Jean-Baptiste Bobe sut opérer le virage thermidorien en expulsant en novembre 1794 de la Société populaire dont il était devenu le président, les plus impliqués dans la terreur, André, président du tribunal révolutionnaire, Hugues, le procureur, et son assistant, Lebas, ainsi que Rossignol, Valade, Grivet, membres du Comité de surveillance et jurés du tribunal révolutionnaire, et même son ancien ami et confrère Poché-Lafond. La Société populaire ainsi réorganisée adopta une nouvelle devise « Guerre aux terroristes - Paix à la Vertu et Justice pour tous ». C’est alors qu’il aurait pris le nom de Bobe-Moreau, peut-être pour essayer de brouiller les cartes et de faire oublier son passé.

Par la suite Bobe-Moreau soutint les différents régimes qui se succédèrent : l’Empire, la Restauration et la monarchie de Juillet. Il se signala surtout comme pharmacien et professeur de chimie, de botanique, en insistant sur son indispensable connaissance pour l’exercice de la médecine, persuadé des vertus thérapeutiques de certaines plantes. Après avoir eu recours au microscope pour étudier les vaisseaux des plantes, il créa à Rochefort un cours de physique des végétaux. Il se préoccupa aussi de la vaccination contre la variole, et publia en 1801 les résultats de ses propres inoculations de la vaccine par la méthode Jenner. D’autre part, entre 1801 et 1814, Bobe-Moreau fit un certain nombre de communications rapportant des observations médicales ou chirurgicales, publiées le plus souvent dans le Recueil périodique de la Société de Médecine de Paris, dont il était membre correspondant. En outre il fut membre cofondateur en 1806, avec Tuffet, chirurgien de la Marine, Chaumont, officier du génie maritime, Croizetières, procureur, Defortaire, architecte, et Laborde, commissaire de la marine, de la Société de Littérature, Sciences et Arts de Rochefort qui devint Société d’Agriculture, Belles-Lettres, Sciences et Arts en 1808, qu’il présida durant deux années, et qui fut absorbée bien plus tard, en 1895, par la Société de Géographie de Rochefort.

L’éclectisme de ses travaux était tout à fait représentatif des préoccupations de ces hommes de sciences de l’époque, chargé de la responsabilité de la santé des marins et de la population environnante. Outre ses publications, Bobe-Moreau introduisit l’emploi à l’hôpital de Rochefort, dès 1793, du gaz muriatique connu pour ses vertus désinfectantes. En 1832 il inventa des cols anti-cholériques dégageant du chlore et qu’il cachait sous sa cravate. Il participa aussi activement à la modernisation de l’amphithéâtre d’anatomie et du cabinet d’histoire naturelle, à l’agrandissement et à l’aménagement de la bibliothèque médicale. Il se préoccupa beaucoup du Jardin botanique de Rochefort, qui servait à son enseignement, en favorisant l’augmentation de ses collections dont il établit un catalogue et en versant de ses propres deniers pour le remettre en état.

Élu membre correspondant de l’Académie des Sciences le 13 mai 1833 dans la section anatomie et zoologie, promu premier pharmacien en chef le 27 septembre 1835, il poursuivit ses activités de service et d’enseignement jusqu’en 1848. En 1837, une polémique l’opposa à son collègue rochefortais René Primevère Lesson sur la valeur de leur œuvre scientifique et leur enseignement.

À sa mort, le 28 avril 1849 à Rochefort, Bobe-Moreau laissait une oeuvre scientifique considérable. Ce fut l’un de ses élèves, le docteur Fleury, qui prononça son éloge funèbre sur sa tombe : « Le savant naturaliste, le médecin érudit et philosophe, l’anatomiste ingénieux dont le scalpel avait scruté jusqu’aux fibres les plus ténues de l’organisation humaine, ne devait-il pas tout naturellement tourner ses regards vers l’auteur suprême de tant de merveilles et lui prodiguer les trésors de son admiration et de son culte ? ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article186285, notice BOBE-MOREAU Jean Baptiste [BOBE Jean-Baptiste, dit] par Alain Dalançon, version mise en ligne le 26 octobre 2016, dernière modification le 7 juillet 2021.

Par Alain Dalançon

SOURCES : Annabel, Tollard-Berthault, Un différend rochefortais entre les " chirurgiens navigans " Jean Bobe-Moreau et René-Primevère Lesson en 1837, thèse de médecine, Nantes, 1982.— Michel Sardet, "Jean-Baptiste Bobe-Moreau, premier pharmacien en chef de la marine", Roccafortis, n °35, janvier 2005 et n°36 septembre 2006. — DBMOF, par Pierre Baudrier.

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