GARMY Léon, Jean, Joseph [Pseudonyme dans la résistance : Noël]

Par Huguette Juniet, Eric Panthou

Né le 19 décembre 1902 à Maringues (Puy-de-Dôme), exécuté sommairement le 10 août 1944 (date d’enregistrement) à Clermont-Ferrand ; cheminot ; membre de la SFIO ; chef régional de Résistance-fer, membre de l’Armée secrète (AS) puis des Mouvements unis de résistance (MUR) et du réseau Gallia des Forces françaises Combattantes.

Fils de Etienne Garmy, boulanger et de Marie-Antoinette Bonneton, sans profession, Léon Garmy travaillait comme chef de brigade d’ouvriers au dépôt SNCF de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Il se maria à Clermont-Ferrand le 6 août 1922 avec Laurence-Louise Marvy en premier mariage, puis le 28 novembre 1925 à Clermont-Ferrand avec Mélanie, Jeanne Lonchambon en deuxième mariage. Ils habitaient 27 rue Pierre le vénérable, à Clermont-Ferrand. Il eut deux enfants, un fils et une fille ns en 1924 et 1930.

Aux Chemins de Fer, Léon Garmy est apprécié et promu à un bel avenir.
Lors de la mobilisation fin 1939, il fut mobilisé en service pour la SNCF. Idéaliste, patriote, révolté par la drôle de guerre, puis par l’occupation, il cherche "ce qu’il pourrait faire en s’unissant". Une rencontre avec son ami Eugène Ollier en novembre 1942 change le cours de son destin. "Ils étaient une poignée d’hommes dans l’arrière boutique d’un petit café, ceux qui devinrent par la suite les grands chefs de la Résistance régionale", rapporte l’épouse de Léon Garmy dans le journal de bord de son mari, qu’elle a reconstitué après la Libération.
Il resta à son poste durant toute la période de l’Occupation jusqu’à son arrestation, agissant comme Résistant sédentaire.

Léon Garmy alias Noël fonda le groupe Résistance-fer et en devint le chef régional avec le grade de capitaine. Il appartint au Mouvement Ouvrier Français (MOF), dont le responsable régional était Raymond Perrier, ex secrétaire général de l’Union départementale CGT de 1937 à 1942. Il fut également membre de l’Armée Secrète AS qui s’intégra aux Mouvements Unis de la Résistance (MUR) créés en janvier 1943. Il fut aussi en contact avec le réseau Gallia des Forces françaises Combattantes (FFC), relevant des renseignements militaires du 2ème Bureau de 1942 à janvier 1944.
Il fit partie du premier corps franc d’Auvergne à partir du 1er janvier 1943 jusqu’au 10 janvier 1944.
Gabriel Montpied, ex chef régional des maquis d’Auvergne, certifia que Léon Garmy était entré dans la Résistance dès 1942 et qu’il avait agi à la fois au sein des MUR, du Mouvement Ouvrier Français (MOF) et de l’Armée Secrète (AS) en plus de ses responsabilités de Chef de Résistance-Fer. Il était en outre en relation avec les services de renseignements (2ème Bureau) de la Résistance. Il était en rapport avec les chefs des maquis de Corrèze et Dordogne pour y diriger des réfractaires. Le Commandant Judex, établit sa date d’entrée aux FFI à mai 1942.

Il était en contact avec les chefs des maquis d’Auvergne, de la Corrèze, de la Dordogne pour organiser le départ au maquis des jeunes qui refusaient de partir pour le STO. Il donna des renseignements indispensables pour le sabotage des voies ferrées et participa lui-même à des expéditions avec ses fidèles compagnons parmi eux Camille Leclanché. Il fut à l’origine du sabotage le 9 décembre 1943 aux Martres de Veyre (Puy-de-Dôme) ; des explosifs ayant été placés sur la voie ferrée, un convoi allemand fut neutralisé et cela se traduisit par plusieurs morts chez les Allemands mais aussi parmi les résistants. Dans la nuit du 6 au 7 janvier 1944, avec le corps Franc des cheminots il plaça des bombes explosives sur les machines du dépôt SNCF . Un indicateur avertit la police allemande SD, les bombes furent désamorcées. C’est ainsi que lors d’une rafle le 11 janvier 1944, Léon Garmy fut arrêté à Clermont-Ferrand 68 avenue Barbier-Daubrée, au café Elyzée-Bar avec quatre autres résistants. Ce coup de file entraîna l’arrestation de neuf personnes ce jour là (dont André Allègre, Alfred Soignon, Daché, Dupré, Tourette, Ferraud). Selon Gabriel Montpied, il aurait été dénoncé par l’un de ses hommes qui, selon son épouse, passa ensuite au service du SD de Vichy. Il fut inculpé pour "sabotages et destruction d’immeubles par explosifs".

Il fut conduit à la prison militaire du 92e RI à Clermont–Ferrand puis à la villa René à Chamalières. Il est transféré le 20 janvier 1944 à Vichy (Allier), Hôtel du Portugal, boulevard des États-Unis, le siège du SD, pour interrogatoires où il fut affreusement torturé par les hommes de Batissier.

Il écrit de nombreuses lettres, des poèmes, des chansons, qu’il réussit à faire parvenir clandestinement à son épouse. L’inspecteur de police Jeanjean, qui a été son compagnon de cellule, lui a raconté qu’en juin 1944, "on sentait que c’était la débâcle, nos bourreaux faisaient la malle. Noël me dit : On sera peut-être délivrés par la Résistance, ou alors… ", avant d’ajouter : "Il m’a raconté un tas d’atrocités… Je le confesse, j’ai tout fait pour oublier ces horreurs".

Le 14 juillet 1944, Noël écrivait : "Quelles sont vos pensées, mes chers camarades , qui, dans les prisons de France ou dans les camps de concentration, loin de chez vous, souffrez en attendant un retour tant désiré ? Y a-t-il de la rancœur, du regret, de l’inquiétude ? Non, vous pensez comme moi que ce 14 juillet sera le dernier de nos souffrances, que le prochain sera celui de la victoire et de la paix".
Détenu dans une cellule voisine de celle de Camille Leclanché au SD de Vichy, il l’a vu partir le 2 mars 1944 avec des soldats allemands. Ramené à la prison militaire à Clermont-Ferrand avec 3 de ses camarades, le seul survivant déclara l’avoir vu extrait de sa cellule le 10 août 1944 et emmené seul dans un camion suivi d’une voiture du SD de Vichy qui revint sans lui.

Nul ne l’a jamais revu, son corps n’a jamais été retrouvé, comme celui de Camille Leclanché. En 1952, le général certifiant ses états comme FFI indique qu’il a été vraisemblablement fusillé le 10 août 1944.
Le 19 novembre 1946, le tribunal civil de Clermont-Ferrand le déclara décédé le 10 août 1944 dans cette commune.

Reconnu "Mort pour la France", il a reçu le 20 juillet 1953 à titre posthume la carte d’Interné Résistant pour la période du 10 janvier au 10 août 1944. Elle a été remise à sa veuve qui habitait alors Clermont-Ferrand. Le 14 octobre 1952, il a également reçu à titre posthume la carte de Combattant volontaire de la Résistance (CVR). Il reçut la Légion d’Honneur ainsi que la Médaille de la Résistance et la Croix de Guerre.

Son nom est inscrit sur la plaque commémorative apposée sur la façade de la gare SNCF de Clermont-Ferrand où un square et une rue proches de la gare portent son nom.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article186413, notice GARMY Léon, Jean, Joseph [Pseudonyme dans la résistance : Noël] par Huguette Juniet, Eric Panthou, version mise en ligne le 2 novembre 2016, dernière modification le 24 avril 2021.

Par Huguette Juniet, Eric Panthou

SOURCES : SHD Vincennes : GR 16 P 243711. Dossier de résistant de Léon Garmy (non consulté) .— AVCC : AC 21 P 191048 et AC 21 P 611879. Dossiers Léon Garmy .— Arch. dép. du Puy-de-Dôme : 2546 W 6031. Dossier demande de Carte de Combattant volontaire de la Résistance pour Léon Garmy .— Gilles Lévy - F. Cordet - A nous, Auvergne !, Presses de la Cité, 1981 .— Louis Saugues, Mon enfance sous les bombes, Clermont-Ferrand, 1939-1944, Édit. Louis Saugue, imprimé par Le Semeur Hebdo. — https://clermont-ferrand.fr/noel-figure-du-reseau-fer — État civil de Maringues -

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément