CARAT Jacques [KARAIMSKY Jacques, Henri, changé en CARAT Jacques]

Par Gilles Morin, Philippe Nivet

Né le 21 septembre 1919 à Paris (IIIe arr.), mort le 19 mars 2009 au Val-de-Grâce (Paris) ; journaliste, rédacteur en chef, puis directeur de publication de la revue Preuves ; militant socialiste ; maire de Cachan (1953-1998), conseiller général de la Seine, puis du Val-de-Marne (1959-1989), sénateur du Val-de-Marne (1968-1995), conseiller régional d’Île-de-France (1976-1986).

[Sénat]

Petit-fils d’émigré letton, fils de Moïse Herschen Karaimsky, tailleur à Paris, et de Fanny Barbasch, Jacques Carat vit le jour dans une famille comptant trois enfants. Ses grands-parents étaient très pieux, son père pratiquant, mais lui abandonna la pratique religieuse juive après sa barmitzva. Il suivit des études aux lycées Buffon, puis Chaptal et à la Faculté des Lettres de Paris où il commença une licence en lettres. Mobilisé en septembre 1939 à Angoulême comme simple soldat, muté à Vannes, il fut prisonnier de guerre de juin 1940 au printemps 1945. Après sa libération, il acheva sa licence et commença une carrière de journaliste, spécialisé dans les domaines de la communication et de la culture.

Jacques Carat fut secrétaire de rédaction de la revue Paru (1946-1950). Lancé par Odette Pathé, introductrice de Georges Orwell en France et épouse du socialiste André Boulloche*, ce mensuel littéraire constitua un creuset pour la réflexion sur le totalitarisme, le marxisme et le communisme de 1945 à 1950. Avant la création des grandes revues du courant antitotalitaire français, la revue bibliographique fut le lieu d’expression d’une critique alors minoritaire sous l’impulsion d’Yves Lévy, d’Aimé Patri et de Jacques Carat. Ce dernier, recruté par Michel Collinet et formé par Manès Sperber pour la branche française du Congrès pour la liberté de la culture, occupa ensuite, auprès de François Bondy*, le secrétariat de rédaction de la revue Preuves (1950-1956), puis en fut rédacteur en chef (1956-1969). Preuves, appuyée par l’administration américaine et financée par la CIA, était située dans la mouvance du Congrès pour la liberté de la culture, avec des correspondants aussi prestigieux que Bertrand Russel, Arthur Koetstler, Czeslaw Milosz, Georges Orwell, Ignazio Silone, etc. En dépit de ses appuis internationaux, elle disposait d’une autonomie véritable. Européenne d’esprit, elle regroupait des intellectuels antitotalitaires aussi différents que Raymond Aron et André Malraux*, liés au RPF, mais aussi Boris Souvarine*, Manès Sperber et des militants de la SFIO, souvent passés par l’extrême gauche, comme François Bondy*, Paul Parisot*, mais aussi Gérard Sandoz (Gustave Stern) ou André Philip. Tous essayaient d’y pratiquer un anticommunisme intelligent, pour reprendre le titre de l’ouvrage de Pierre Grémion. Carat rédigeait encore dans Preuves la rubrique « l’Air du mois », dans laquelle il lui arrivait de mettre en cause Jean-Paul Sartre*, plutôt ménagé généralement par la revue, et il y tenait la rubrique théâtrale. En 1969, après la révélation des origines de son financement et la suppression de l’aide américaine, Preuves cessa de paraître.

Jacques Carat, dont le père était lecteur du Populaire sans être membre de la SFIO et avait conçu une grande admiration pour Léon Blum*, adhéra à la SFIO en 1946 dans la fédération de la Seine. Résidant à Cachan (Seine, Val-de-Marne), il milita dans la section de cette ville. Celle-ci comptait une centaine d’adhérents mais manquait de cadres capables de s’opposer aux communistes. Maurice Thorez*, secrétaire général du Parti communiste et député de son secteur, vint lors de la campagne des municipales de l’automne 1947, en pleine crise politique et sociale, dans la commune pour une réunion publique. Carat rédigea à cette occasion un tract violent que Thorez mit en cause lors de la réunion. Poussé sur la tribune, Carat aurait été menacé physiquement par le leader communiste, puis jeté de la tribune et frappé par ses gardes du corps. Ceci lui valut d’être remarqué et, présenté en sixième position sur la liste, il fut placé en tête par les électeurs et élu, avec deux colistiers, conseiller municipal de Cachan le 19 octobre 1947 (municipalité Alphonse Melun, puis François Guillas, RPF) sous le nom de Karaimsky. Minoritaire, il démissionna dès le 22 octobre 1951. Sous le nom de Carat, il fut réélu conseiller le 26 avril 1953 et occupa les fonctions de maire à partir du 6 juin 1953, après trois tours de scrutin. Il conserva ce mandat sans discontinuer jusqu’en septembre 1998, sauf pendant quelques jours, en décembre 1992, lorsqu’il démissionna pour écarter son premier adjoint, Patrice Hernu, qui avait quitté le Parti socialiste pour rejoindre Génération écologie.

Le maire de Cachan se montra très actif dans les associations d’élus locaux et au plan national : il fut président de l’union des maires de la Seine, puis de l’union des maires de l’agglomération parisienne (1965-1983), membre du comité directeur (1965-1971) et vice-président (1974-1986) de l’Association des maires de France. Il entreprit de nombreuses réalisations dans le cadre de ses activités municipales : rénovation complète du quartier de la mairie et de son square, construction d’un stade omnisports, aménagement du jardin panoramique et de la coulée verte.

Élu en 1959 conseiller général de la Seine dans le 52e secteur (Cachan, L’Haÿ-les-Roses, Fresnes, Rungis), il fut membre de la première commission du conseil général, secrétaire de la commission de la famille et de la population de 1959 à 1965 et membre de la commission du budget et du personnel de 1965 à 1967. Président de la commission départementale, élue le 5 octobre 1967, il était vice-président en 1977-1983. Il siégea ensuite, jusqu’en 1989, au conseil général du Val-de-Marne. Il fut également conseiller régional d’Île-de-France de 1976 à 1986.

Parallèlement à ses mandats électoraux, Jacques Carat eut également des responsabilités au sein des organisations socialistes : membre de la commission exécutive de la fédération SFIO de la Seine (1965), puis du Val-de-Marne, membre du comité exécutif de la FGDS du Val-de-Marne. En fait, Carat prit peu position dans la vie politique interne de la SFIO et participa par exemple à peu de congrès du parti. Européen convaincu, il prit pourtant position fermement dans les débats internes sur la question de la Communauté européenne de défense. Il expliquait cette réserve par l’importance de ses charges, étant à la fois maire, conseiller général et journaliste. Il fut néanmoins candidat aux élections législatives de 1958 (suppléant d’Antoine Lacroix, député élu), 1962 et 1963 (élections partielles) comme suppléant d’Antoine Lacroix*.

Jacques Carat fut élu sénateur du Val-de-Marne le 22 septembre 1968 et siégea au Sénat jusqu’au 1er octobre 1995 (réélu le 25 septembre 1977 et le 28 septembre 1986, il ne se représenta pas en 1995). Il fut vice-président de la commission des affaires culturelles du Sénat et de la commission de contrôle cinématographique. Vice-président du groupe socialiste du Sénat, il se spécialisa dans les questions relatives aux affaires culturelles et fut vice-président du groupe d’amitié France-Israël au Sénat. Représentant du Parlement au conseil d’administration de Radio-France, représentant du Sénat au conseil de l’audiovisuel et au conseil d’orientation du Centre Pompidou, administrateur du festival de Cannes, il fut nommé membre du Conseil supérieur du mécénat.

Jacques Carat fut membre du bureau de la Fédération nationale des élus socialistes et républicains de 1972 à 1987 (délégué auprès du groupe du Sénat en 1983-1987), membre du comité directeur du PS de 1975 à 1979, au titre du courant Mauroy (celui-ci résida durant un temps dans sa commune), et délégué national aux relations parlementaires en 1977. Il avait accepté avec réticence l’Union de la gauche, « comme un phénomène contingent » selon Thierry Pfister, mais lui estimait avoir « bien vécu » l’arrivée à la direction socialiste de François Mitterrand* et la transformation de la SFIO en Parti socialiste.

Parmi ses nombreuses activités, Jacques Carat fut, à partir de 1977, trésorier adjoint de l’Association française pour le conseil des communes d’Europe, président (1973-1983), puis président d’honneur du conseil d’administration de l’Orchestre d’Île-de-France et président du Théâtre de la région parisienne (1969-1986).

Marié le 9 juillet 1955 à Cachan avec Laurence Moussier, Jacques Carat était le père d’une fille, Sylvie, épouse Lewish, née en 1956.

Jean-Yves Le Bouillonnec qui succéda à Jacques Carat comme premier magistrat de Cachan, organisa un hommage solennel à l’occasion de son inhumation au cimetière communal, dans le caveau familial, le 25 mars 2009.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article18651, notice CARAT Jacques [KARAIMSKY Jacques, Henri, changé en CARAT Jacques] par Gilles Morin, Philippe Nivet, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 4 février 2022.

Par Gilles Morin, Philippe Nivet

[Sénat]
[Site Internet de la Ville de Cachan]

SOURCES : Arch. Dép. Val-de-Marne, 1Mi 2426. — Arch. OURS, dossier Val-de-Marne. — G. Blanc-Césan, Les Maires du Val-de-Marne, 1988. — Who’s Who 1988-1989, p. 367. — Dioudonnat-Bragadir, Dictionnaire des 10 000 dirigeants politiques français, Sedopols, 1977. — Le Monde, 13 décembre 1992 — Dossier biographique du Sénat. — Thierry Pfister, Les Socialistes, Albin Michel, 1977. — Pierre Gremion, Intelligence de l’anticommunisme. Le congrès pour la liberté de la culture à Paris, 1950-1975, Fayard, 1995. — Preuves, une revue européenne à Paris, introduction de Pierre Grémion, postface de François Bondy, Julliard, 1989. — Notes de Claude Pennetier. — Entretien avec Jacques Carat, 23 janvier 2007. — État civil de Paris IIIe arr. — Le Monde, 22 mars 2009.

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