CARCEDO François, Henri [dit Renard]

Par Daniel Grason

Né le 6 août 1908 à Saint-Clair-de-Halouze (Orne), fusillé comme otage le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; ajusteur, tourneur ; militant communiste ; permanent de l’Université ouvrière.

Fils de Manuel, calcinateur, et de Cornélia, née Fernandez y Fernandez, paysans manouvriers à la tâche de la province de Lugo (Galicie espagnole), émigrés dans le bassin ferrifère de Basse-Normandie, François Carcedo naquit à Saint-Clair-de-Halouze où son père était calcinateur et sa mère femme de ménage. À la fin des années 1920, Manuel et Cornélia quittèrent la Basse-Normandie pour l’Argentine mais François choisit de rester en France. Il se maria en décembre 1932 avec Paulette Mazure ; le couple divorça en juillet 1934.
Avant guerre, celui qu’on appelait familièrement Paco, diminutif de Francico en castillan, gagnait sa vie comme tourneur sur métaux, mécanicien-auto, gardien de nuit, chauffeur de taxi... Membre du Parti communiste, il s’investit au sein de l’Université ouvrière où il était permanent appointé chargé de l’organisation matérielle des cours (répartition, préparation et bonne tenue des salles d’enseignement, distribution des cours). Il y rencontra Lucienne Egretaud, sténodactylographe permanente, qu’il épousa le 1er octobre 1936 en mairie de Levallois-Perret. En 1938-1939, le couple était domicilié au 66 avenue Simon-Bolivar à Paris (XIXe arr.). Il représenta l’Université ouvrière dans diverses réunions, fit partie par exemple du comité d’organisation de la manifestation du 21 mai 1939 au Mur des Fédérés.
Il fut mobilisé le 2 septembre 1939 au 302e Régiment d’infanterie, puis affecté spécial comme tourneur-outilleur à l’usine Bloch à Saint-Cloud. Il déclara comme domicile l’adresse de ses beaux-parents 4 rue Trézel, à Levallois-Perret. Il fut renvoyé dans ses foyers le 25 octobre. Fin juillet 1940 il était à Thiers (Puy-de-Dôme) puis, le 3 août, il obtint l’autorisation de rentrer à Levallois-Perret.
Il entra dans la clandestinité à la mi-novembre 1940, prit le pseudonyme de Renard, demeurait dans une « planque » 52 boulevard Murat à Paris (XVIe arr.). René Larchevêque dit Roy Six, ex-journaliste à Ce Soir était le responsable politique, chargé d’organiser la diffusion des tracts du Parti communiste à Levallois-Perret et Gennevilliers. Lucienne Carcedo fut appréhendée en décembre 1940 au 66 avenue Bolivar, gardée à vue, interrogée, puis libérée.
Le 18 février 1941, la Brigade spéciale d’intervention (BSI) du commissariat de Puteaux interpella François Carcedo à proximité des usines Bloch à Saint-Cloud (Seine-et-Oise, Hauts-de-Seine). De la documentation fut saisie ainsi qu’une liste de militants communistes. Après son interrogatoire il fut incarcéré à la Santé. Les policiers arrêtèrent plus d’une trentaine de militants de Gennevilliers, Suresnes, Levallois-Perret, Villeneuve-la-Garenne entre le 17 février et le 1er mars 1941. Il fut inculpé successivement pour « injures à chef de l’État », puis pour « Infraction au décret du 26 septembre 1939 ».
En mars, des militants du Parti communiste distribuaient dans Levallois-Perret, un tract intitulé : « Mise en garde », dans lequel François Carcedo était voué « au mépris public. Cet individu [...] avait réussi à obtenir une responsabilité dans notre Parti à Levallois s’est fait l’auxiliaire des policiers lors de son arrestation en donnant à la police tous les renseignements que sa responsabilité lui avait permis de connaître. Son responsable direct dans le Parti, le nommé Larchevêque est exclu du Parti pour avoir fait connaître à Carcedo plus de choses qu’il n’était nécessaire à la réalisation de la tâche où il l’avait à tort placé ».
Le Parti communiste sous-estimait les capacités d’investigation des forces policières dans le département de la Seine. Il fallait bien trouver une explication aux chutes, celles de février furent précédées et suivies de bien d’autres. Et ce malgré les multiples notes circulaires émanant des différentes instances du Parti communiste sur les mesures de sécurité à respecter. Des consignes qui s’avérèrent souvent difficiles voire impossibles à respecter.
Dans un rapport du 5 avril 1941, adressé au directeur des Renseignements généraux, le commissaire de Levallois énumérait les noms des militants communistes dont les arrestations furent réalisées les 5 et 6 décembre 1940 par les Brigades spéciales d’intervention de Levallois et de Puteaux. Les domiciles furent perquisitionnés, la plupart des appréhendés furent écroués. Deux d’entre eux, Pierre Déjardin et Fernand Bréant, furent désignés comme otages et fusillés le 30 avril 1942, à Biard (Vienne). De fait, la police française arrêta entre décembre 1940 et février 1941 un nombre très important de ceux qui diffusaient les tracts dans plusieurs villes de la banlieue ouest.
Une partie des appréhendés comparurent le 21 octobre 1941 devant la Section spéciale de la cour d’appel de Paris. L’un des magistrats nommé par Vichy cita le tract du Parti communiste, qui annonçait les exclusions de François Carcedo et René Larchevêque. Une façon pour les juges de reporter sur eux la cause des arrestations. Il fut condamné aux travaux forcés à perpétuité. La quasi-totalité des militants condamnés à une peine de prison ou à une peine de travaux forcés, furent par la suite déportés. La presse collaborationniste dont Le Matin et Le Petit Parisien annonça les sentences le 22 octobre.
Le 14 décembre 1941, le général Von Stülpnagel faisait paraître un « Avis » : « Ces dernières semaines, des attentats à la dynamite et au revolver ont à nouveau été commis contre des membres de l’Armée allemande. Ces attentats ont pour auteur des éléments, parfois même jeunes, à la solde des Anglo-Saxons, des Juifs et des Bolcheviks et agissant selon les mots d’ordre infâmes de ceux-ci. Des soldats allemands ont été assassinés dans le dos et blessés. En aucun cas, les assassins ont été arrêtés. »
Une note des Renseignements généraux rapporta que les autorités allemandes avaient fait extraire de la prison de la Santé « l’ex-député communiste Gabriel Péri et le militant Carcedo François ». Le 15 décembre 1941, soixante-dix otages furent passés par les armes au Mont-Valérien, parmi lesquels cinquante-trois Juifs extraits du camp de Drancy. François Carcedo fit face au peloton d’exécution ce jour-là, comme Gabriel Péri. Le militant communiste de Gennevilliers Joseph Le Clainche, condamné à dix ans de travaux forcés le 21 octobre, fut passé par les armes le même jour à Caen.
En 1945, Lucienne Carcedo, sa veuve, qui habitait à Jarnac en Charente, demanda l’adoption de ses deux fils par la nation, et la mention « Mort pour la France » pour son défunt mari. François Carcedo figure sur les listes municipales officielles de la mairie et sur celles des anciens combattants de Levallois-Perret.
Le dimanche 3 juin 1945 dans l’après-midi fut programmée une cérémonie commémorative de la mort de Gabriel Péri, Georges Politzer, Jacques Solomon, Jacques Decour, Valentin Feldman professeurs à l’Université ouvrière et François Carcedo dit Paco, secrétaire de l’Université ouvrière. L’initiative fut placée sous la présidence de Marcel Cachin et de Gaston Monmousseau avec le concours de Gaston Micheletti de l’Opéra-Comique et de la chorale de la radiodiffusion française. Elle fut annulée sans explication.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article18662, notice CARCEDO François, Henri [dit Renard] par Daniel Grason, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 13 novembre 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo, PCF carton 7, PCF carton 19, BA 1932, BA 1934, BA 2057, BA 2374, KB 42, KB 44, KB 80, KB 85, 1W 0628. – DAVCC, Caen, otage B VIII dossier 2 (Notes Delphine Leneveu, Thomas Pouty). – L’Humanité, 10 mai 1939. – Le Matin, Le Petit Parisien, 22 octobre 1941. – Serge Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit. – Site Internet Mémoire des Hommes. – État civil. – Renseignements communiqués par François Carcedo.

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