SZTRUM Marjan

Par Michel Thébault

Né le 29 mai 1924 à Lublin (Pologne), abattu à Metz (Moselle) le 31 août 1942 ; Juif réfugié en Creuse (OSE) ; victime civile.

Marjan Sztrum était le fils de Naftul Sztrum et d’Esthera Nay. Ses parents, juifs polonais, s’étaient réfugiés entre 1925 et 1928 (son frère Yoris naquit le 18 juillet 1928 à Anvers) en Belgique, à Anvers (où résidait avant la seconde guerre mondiale une importante communauté juive), demeurant Schupstraat 1. A la mi mai 1940 alors que les troupes allemandes approchaient d’Anvers (qu’elles occupèrent le 18 mai), la famille Sztrum vint se réfugier en France et parvint dans le département de l’Aude avant d’être internée aux camps d’Argelès puis de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales). Marjan et son frère Yoris firent partie au printemps 1941 des enfants libérés du camp par l’OSE, l’Oeuvre de Secours aux Enfants, association juive créée en 1912.

Le département de la Creuse accueillit pendant la période de l’occupation un millier d’enfants juifs répartis dans des familles mais aussi dans trois maisons d’enfants appartenant à l’OSE. Marjan et son frère furent d’abord accueillis le 20 mai 1941 au château du Masgelier, sur la commune de Grand-Bourg, un château loué par l’OSE et dirigé par Hélène et Jacques Bloch. Ils furent ensuite dirigés vers le château de Chabannes, sur la commune de Saint-Pierre-de-Fursac (Creuse). Cette maison avait été créée en novembre 1939 par Félix Chevrier, un des rares directeurs non juifs, socialiste, franc-maçon et hostile dès 1940 au gouvernement de Vichy. Il fit de ce château à l’abandon un lieu d’accueil pour les enfants. Recevant en 1942 près d’une centaine d’enfants et d’adolescents, Felix Chevrier et son équipe parvinrent à organiser leur scolarité pour les plus jeunes avec l’aide des écoles des communes voisines, et grâce au soutien de l’ORT (Organisation Reconstruction Travail, institution juive créée en 1921 « pour le développement industriel et agricole parmi les juifs ») à installer un atelier de maroquinerie pour les plus âgés dont fit partie Marjan Sztrum. Doué de talents artistiques, il fut un membre actif de l’orchestre de la maison d’enfants et entreprit d’en décorer le réfectoire de plusieurs grandes fresques. Il fut aussi chargé de l’édition d’un journal, le Journal de Chabannes.

Le 26 août 1942, une rafle organisée par la gendarmerie française dans tout le département de la Creuse amena l’arrestation au château de Chabannes de douze garçons juifs d’origine étrangère et de deux éducateurs. Transférés au centre départemental de regroupement de Boussac (Creuse) leurs cas furent rapidement examinés par le préfet de la Creuse : six jeunes et les deux éducateurs furent rapidement relâchés. Marjan Sztrum malgré sa demande d’exemption fondée sur le fait qu’il avait obtenu la nationalité belge et qu’il avait un dossier en cours d’examen pour émigrer aux États-Unis, fut transféré le 27 août et interné quelques jours au camp de Nexon (Haute-Vienne) en même temps que 450 juifs du Limousin (dont 68 enfants). Il fut ensuite avec tout le groupe déporté vers Drancy puis le 31 août 1942 vers Auschwitz (Pologne) par le convoi n° 26. L’historien de la Résistance creusoise Marc Parrotin dans son Mémorial de la Résistance creusoise (op. cit.) indique sans préciser sa source que Marjan Sztrum aurait été abattu en essayant à Metz de s’évader du train qui le conduisait à Auschwitz. Il était âgé de 18 ans.

Il est à noter que sur le site de Creuse-résistance (op. cit.) à l’article « Les plaques de Chabannes », il est mentionné (mais là encore sans citer de source) que l’un des jeunes juifs arrêté avec lui, Bernd Warshauer né le 10 avril 1925 à Mannheim (Allemagne) aurait été également abattu en tentant de sauter du train à Gogolin (Pologne).
Tous deux figurent sur le mur des noms du mémorial de la Shoah à Paris.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article186663, notice SZTRUM Marjan par Michel Thébault, version mise en ligne le 9 novembre 2016, dernière modification le 5 juin 2022.

Par Michel Thébault

SOURCES : Christophe Moreigne La Mesure J Éditions Points D’Ancrage mars 2022 — Marc Parrotin Mémorial de la Résistance creusoise Ed. Verso 2000 — Mémorial de la Shoah — site ajpn, château de Chabannes — site Creuse-résistance, Mme. Ninette Depomme-LavergneLes plaques de Chabannes

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