POIRIER Philippe [POIRIER d’ORSAY, alias Commandant Emmanuel]

Par Dominique Tantin

Né le 19 septembre 1912 à Saint-Hilaire-de-Villefranche (Charente-Inférieure, Charente-Maritime), mort en action le 21 août 1944 à Bouloc (Haute-Garonne) ; officier de carrière ; résistant de l’Armée Secrète (AS) puis des Francs-Tireurs et Partisans (FTP).

Philippe Poirier d’Orsay
Philippe Poirier d’Orsay
Crédit : MémorialGenWeb

Philippe Poirier était le fils de Georges, notaire (1880-1972), et de Marie Suzanne Eustelle née Riché (1886-1976), second d’une fratrie de sept enfants : Marie (1911-1913) ; Henri (1914-1969) ; Pierre (1916-2002) ; Jean (1918-2019) ; Marie-Josèphe (1920-2021) ; Bernadette (1931-1933). Le 22 août 1933 à Paris (XVIIe arr.), il épousa Christiane Jeanne Andrée Alice Zélia d’Angé d’Orsay (8 février 1914 - 25 janvier 2016) dont le patronyme fut par la suite associé au sien. De cette union naquirent quatre enfants. Philippe Poirier est décrit comme un « catholique convaincu et pratiquant » selon un document post-mortem émanant des FTP du Lot.
Saint-Cyrien de la promotion Tafilalet (1931-1933), il sortit 1er du cours de pratique de l’infanterie et des chars de Mourmelon en 1937. Lieutenant en mai-juin 1940, il commanda une compagnie antichars et son courage et son intelligence du combat furent remarqués. Il fut cité à l’ordre du Corps d’Armée : « Jeune officier, d’un courage et d’un entrain magnifique. A su faire de la compagnie antichars qu’il venait de constituer un solide instrument de combat. Dans des circonstances exceptionnellement difficiles, au cours des opérations du 4 au 16 juin, est toujours parvenu à rallier, après leur repli, ses sections éparpillées sur de grands fronts, conservant entièrement leur valeur combative et leur matériel. » Citation accompagnée de la Croix de Guerre avec étoile de vermeil.
De l’armistice à novembre 1942, son unité, le 26e RI, resta cantonnée en Dordogne à proximité de la ligne de démarcation. Philippe Poirier fut promu Capitaine le 25 juin 1942. Il fut démobilisé à la suite de l’invasion de la zone dite libre par les Allemands (11 novembre 1942) et de la dissolution consécutive de l’Armée d’armistice par le régime de Vichy le 28 novembre 1942.
Aussitôt il rallia la Résistance. Son parcours est bien documenté dans son dossier au SHD de Vincennes. De novembre 1942 à janvier 1943, il fut actif dans un réseau de résistance qui organisa, entre autres, des passages vers l’Espagne et l’Afrique du Nord ainsi que la libération de prisonniers anglais de la prison de Périgueux. Le 7 janvier 1943, Philippe Poirier fut arrêté par la police judiciaire de Vichy, emprisonné à Lyon puis interné au camp de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn) jusqu’au 13 avril 1943. Mis en résidence surveillée, il reprit le combat dans la Résistance du Lot, d’abord au sein de l’AS-FFI (état-major départemental) jusqu’au 7 juillet 1944 selon son dossier, puis il fut rattaché aux FTP-FFI (état-major départemental) du 8 juillet à sa mort le 21 août.
Philippe Poirier d’Orsay, alias Commandant Emmanuel, était l’un des adjoints de Robert Noireau, alias Colonel Georges, FTP et chef départemental des FFI. Il participa notamment à la destruction d’une colonne blindée allemande aux environs de Figeac
Il fut tué au cours d’une mission de reconnaissance vers Toulouse avec trois autres FFI lotois, Rémy Cure, Charles Destruel et Édouard Marsaud que leur avait confié le colonel Georges. Ils allaient ainsi participer à la Libération de Toulouse. Lors de leur passage en trombe à Bouloc, un habitant de la commune leur fit des signes afin de les prévenir de la présence d’Allemands sur la RD 4 qu’ils empruntaient en direction de Fronton. En effet, à quelques kilomètres au nord de Bouloc les Allemands leur tendirent une embuscade et ils furent tous les quatre fauchés par une rafale de mitrailleuse. Leurs noms sont inscrits sur une stèle érigée sur la route, en direction de Fronton, à 3 kms environ de Bouloc, sur le territoire de cette commune.
Philippe Poirier d’Orsay obtint la mention Mort pour la France et fut homologué FFI au grade de Commandant à compter du 1er juin 44 (décision du 22 juin 1946). Il fut décoré à titre posthume de la Légion d’Honneur, de la Croix de Guerre avec palmes et de la Médaille de la Résistance. Il fut de nouveau cité à l’ordre du Corps d’Armée le 8 novembre 1945 : « Officier d’active d’une bravoure légendaire. Entré au maquis dans les premières heures, a pris le commandement d’un secteur dans des conditions difficiles par suite de la présence rapprochée de l’ennemi. A livré à la tête de ses unités de nombreux combats. A en particulier contribué à la destruction d’une colonne de blindés allemands aux environs de Figeac (Lot) où les pertes de l’ennemi furent de 120 tués et blessés. Est tombé face à l’ennemi le 21 août 1944 à Fronton (sic) au cours au cours d’une mission de reconnaissance. »
Son nom est inscrit sur les monuments aux Morts de Puy-l’Évêque (Lot) et du Vésinet (Yvelines).
Un doute subsiste sur la date exacte du décès puisque l’acte de décès a vu le un du vingt un août rayé et mentionné comme rature, ce qui signifierait un décès le 20 août.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article186779, notice POIRIER Philippe [POIRIER d'ORSAY, alias Commandant Emmanuel] par Dominique Tantin, version mise en ligne le 11 novembre 2016, dernière modification le 29 juin 2022.

Par Dominique Tantin

Philippe Poirier d'Orsay
Philippe Poirier d’Orsay
Crédit : MémorialGenWeb
Stèle commémorative à Bouloc (Haute-Garonne)
Stèle commémorative à Bouloc (Haute-Garonne)
Crédit : MémorialGenWeb

SOURCES : Service historique de la Défense, Caen, AVCC, AC 21 P 134177 (nc) et Vincennes GR 16 P 483594 (consulté). — AERI, CD-Rom La Résistance en Charente-Maritime, 2010. — La Dépêche, édition de la Haute-Garonne, 25 août 2009. — MémorialGenWeb. — Mémoire des Hommes. — Notes d’André Balent. — Geneanet. — Notice mise à jour la 17 juin 2022. — État civil Bouloc.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément