DOURLEN Kleber

Par Michel Thébault

Né le 14 avril 1901à Merville (Nord), mort en action le 8 juin 1944 à Aubusson (Creuse) ; docker puis employé d’usine ; résistant FFI groupe d’Aubusson.

Issu d’une grande famille de la batellerie du nord de la France, Kléber Dourlen naquit lui-même sur un bateau. Son père Xavier Hypolite Dourlen, marinier domicilié à Calais (Pas-de-Calais) le déclara à l’état civil de Merville (Nord) « né à quatre heures du soir sur son bateau en stationnement dans la rivière de la Lys ». Sa mère Marie Françoise Bacquet y est également déclarée batelière. Marinier résidant à Calais lors de son incorporation pour le service militaire, il accomplit celui-ci au 79ème RI puis au 39ème régiment d’artillerie participant en 1921 à l’occupation des pays rhénans. Il fut démobilisé en avril 1923 et revint s’installer à Calais. Il y épousa le 17 février 1934 Alice Émilienne Suzanne Legrand. Il est déclaré docker en 1937. Il fut à nouveau mobilisé quelques jours, du 28 septembre 1938 au 4 octobre 1938 au moment de la crise de Munich. Rappelé le 27 août 1939, il fut affecté au 163ème régiment d’artillerie de position dans la région fortifiée de Metz (Moselle). Le régiment reçut l’objectif de défendre une partie de la ligne Maginot dans le secteur de Faulquemont (Moselle). Kléber Dourlen y effectua toute la « drôle de guerre ». Le 12 juin 1940 devant le risque d’encerclement, l’Etat-major donna l’ordre de repli aux formations de la ligne Maginot. Le 13 juin 1940, le Secteur fortifié de Faulquemont reçut l’ordre de se préparer à évacuer ses positions, par échelons successifs. Le 163e RAP fut intégré dans le groupement de marche commandé par le général De Girval et effectua son repli à pied vers le sud. Les soldats du 163e régiment se replièrent vers les Vosges, en menant de difficiles combats retardateurs contre des troupes motorisées allemandes qui les encerclèrent peu à peu. La plus grande partie du régiment fut capturé à Gerbeviller, au sud de la Meurthe-et-Moselle, entre le 19 et le 22 juin 1940. Beaucoup de soldats en petits groupes, sans commandement véritable furent contraints de se rendre en divers lieux ; Kléber Dourlen fut fait prisonnier un peu plus au sud, le 21 juin 1940 à Rambervillers (Vosges). Ayant en 1921 occupé l’Allemagne dans le camp des vainqueurs, il y retourna prisonnier dans le camp des vaincus, rejoignant en juillet 1940 l’un des camps du stalag XIII dans le secteur de Nuremberg. Il s’évada le 3 avril 1942 et rejoignit la France. Ne pouvant vraisemblablement rejoindre sa région natale, il se réfugia en zone libre, dans le département de la Creuse, à Aubusson retrouvant son épouse sans doute déjà réfugiée dans cette ville. Ils y furent domiciliés 39, rue Châteaufavier. Kléber Dourlen exerçait à Aubusson la profession d’employé d’usine.
Au soir du 7 juin 1944, après le départ des Feldgendarmes stationnés à l’Hôtel de France d’Aubusson, un groupe de résistants auquel Kléber Dourlen se joignit, se saisit du contrôle de la ville et s’arma avec des fusils de chasse et des pistolets récupérés à la prison (qui avait servi de dépôt pour les armes confisquées aux particuliers). Un barrage fut établi sur la route de Clermont pour bloquer un éventuel retour des troupes allemandes. Le 8 juin vers 9 h. un premier convoi allemand arriva par cette route, il fut repoussé. Vers midi, une seconde colonne allemande plus importante se présenta à l’entrée d’Aubusson. Un violent combat auquel participa Kléber Dourlen, s’engagea, combat qui dura près de trois heures, mais la supériorité militaire allemande (en nombre et en armements) vint à bout de la résistance des Aubussonnais. Le combat fit sept victimes et parmi elles Kléber Dourlen. Son acte de décès précise qu’il fut « mitraillé dans les bois près de la route de Clermont ».
Après la guerre, son corps fut transféré à Calais où il repose désormais dans le carré des corps restitués aux familles du cimetière Sud de Calais (section H). Il obtint la mention Mort pour la France, son nom figure sur le monument aux morts d’Aubusson. Il figure aussi sur le mémorial de la Résistance creusoise à Guéret (Creuse) et sur une stèle établie à Aubusson sur les lieux du combat dédiée : « "Aux patriotes tombés en ces lieux le 08 juin 1944 pour la libération".

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article186791, notice DOURLEN Kleber par Michel Thébault, version mise en ligne le 11 novembre 2016, dernière modification le 12 mars 2020.

Par Michel Thébault

SOURCES : Arch. Dép. Nord et Pas-de-Calais (État civil, registre matricule) — Dossier AVCC Caen — Historique du 163ème RAP — Robert Petit La collaboration, la Résistance et l’épuration à Aubusson (1940 – 1945) Ed. Alice Lyner 2013 — René Castille Préparation et réalisation de la première libération de Guéret in La Creuse pendant la seconde guerre mondiale Ed. Le Puy Fraud 2012 — Marc Parrotin Mémorial de la Résistance creusoise Ed. Verso 2000 — Mémoire des Hommes — Mémorial genweb — État civil, mairie d’Aubusson, registre des décès 1944 acte n°73.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément