RAVENEL Bernard

Par Léon Strauss

Né le 16 mars 1936 à Saint-Quentin (Aisne) ; professeur à Amiens (Somme), puis à Paris ; militant du PCF en 1956, de Tribune du Communisme, du PSU de 1960 à 1989 ; membre du bureau national du PSU (1972 - 1984), responsable du secteur international du PSU, l’un des fondateurs du Comité pour le désarmement nucléaire en Europe (CODENE).

Bernard Ravenel est le fils d’une mère, institutrice et d’un père adoptif, cheminot manœuvre, qui mourut prématurément de tuberculose . Son grand-père maternel : était ouvrier mécanicien et chimiste dans une sucrerie du nord de la France.
Il a été l’élève de Jacques Ozouf au lycée du Mans en 1954-1955 et après un séjour en sanatorium il s’inscrivit à la Sorbonne en histoire et obtint l’agrégation d’histoire en1965. Il enseigna au lycée d’Amiens (Somme) de 1965 à 1971, puis au lycée Paul Valéry de Paris jusqu’en 1997.
C’est par l’intermédiaire de Jacques Ozouf qu’il fit la connaissance de ses amis historiens et communistes comme lui, François Furet et Denis Richet, ainsi que de son épouse, Mona Ozouf. Il adhéra au PCF en janvier 1956. Après l’intervention soviétique en Hongrie, en novembre 1956, tous les cinq quittèrent le parti. Il fut proche ensuite de Jean Poperen, autre historien et animateur du groupe « Tribune du communisme ». Il était passé du marxisme stalinien de Georges Politzer et Roger Garaudy au marxisme critique d’Henri Lefebvre et François Châtelet, mais subissait aussi l’influence des Temps modernes de Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir et André Gorz.
Bernard Ravenel adhéra au PSU lors de sa fondation le 3 avril 1960 en pleine guerre d’Algérie et fut proche de la tendance SR (extrême gauche). Il assura le secrétariat de la section étudiante de la Résidence universitaire d’Antony et fut élu à la vice-présidence de l’association des résidents pour lutter contre l’OAS à l’intérieur de la Résidence. Lors du putsch des généraux d’Alger (avril 1961), sa section obtint, via le maire alors PSU d’Antony, Georges Suant, la promesse du ministère de l’Intérieur de se voir livrer des armes pour barrer aux parachutistes la route d’Orly à Paris , mais fut très déçue en découvrant qu’il s’agissait de planches de bois destinées à barrer la route nationale en cause.
Il fut candidat du PSU aux législatives de 196, 1968 et 1973 dans la 13e circonscription de Hauts-de-Seine et aux cantonales Bourg-la-Reine et Antony-nord de 1967.
Professeur à Amiens, proche de la tendance SR, il milita à la fédération PSU de la Somme, dirigée par un militant ouvrier chrétien de la CGT, Charles Blineau. Muté à Paris en 1971, il entra dans la très active section du XIIe arrondissement. Après l’exclusion du courant maoïste Gauche révolutionnaire (juin 1972), il fut membre de la majorité centriste qualifiée souvent de « trotskiste » ou de « marxiste-révolutionnaire » de la fédération de la région parisienne. Il entra la même année au bureau national dirigé par Michel Rocard, au titre du courant minoritaire « marxiste- révolutionnaire » avec Michel Mousel et Philippe Simon. Il était responsable du secteur école-formation. En cette qualité, il appuya en 1973 le mouvement des lycéens contre l’entrée en vigueur de la loi Debré abrogeant le droit au sursis du service militaire au-delà de 21 ans. De 1974, après le passage de Rocard et du courant des Assises au PS, à 1984, il fut chargé du secteur international et anima une réflexion des militants sur les aspects internationaux de la lutte des classes qui s’appuyait sur l’expérience de l’Unité populaire du Chili où il se rendit à deux reprises et aussi de la révolution portugaise en marche depuis le 25 avril 1974 qu’il suivit de très près sur place. Ce travail préparatoire aboutit en novembre 1975 à un conseil national qui devait définir pour la première fois la stratégie internationale du PSU. Le débat sur la Palestine fut particulièrement tendu, mais aboutit au vote majoritaire d’un texte présenté par Michel Mousel et par lui, réaffirmant le soutien à la lutte du peuple palestinien, mais reconnaissant également le fait national israélien. Il fut chargé d’organiser une conférence des forces progressistes de la Méditerranée pour dégager une stratégie commune indépendante des deux blocs. Quatre rencontres réunissant des socialistes, des communistes mais aussi l’OLP et des partis-États post-coloniaux comme l’Algérie et la Libye, se tinrent successivement à Barcelone, Malte, Athènes, Belgrade.
Le 2 juin 1981, il fit partie de la délégation PSU qui négocia avec le PS sur les questions internationales et refusa l’exigence du PS d’approuver les décisions de Camp David sur les relations israélo-palestiniennes. Il était pourtant partisan de la participation au gouvernement Mauroy*. Il représentait son parti au bureau national du Mouvement de la Paix. Il y avait obtenu en décembre 1979 la condamnation de l’intervention soviétique en Afghanistan. En revanche, il y vota en décembre 1981 contre la déclaration refusant de condamner le coup de force de Jaruselski en Pologne. Il en démissionna sur la question des missiles soviétiques.
À partir du congrès de 1983 à Vénissieux, après l’entrée d’Huguette Bouchardeau au gouvernement de la gauche il fut persuadé que le parti n’avait plus d’avenir, mais il resta membre du PSU jusqu’à sa dissolution le 24 novembre 1989, dissolution en faveur de laquelle il s’était publiquement prononcé dès 1986. Inscrit sur la liste PSU aux élections européennes de juin 1984, il avait retiré sa candidature. il refusa ensuite toute adhésion à un parti politique, considérant que la « forme parti » était désormais dépassée.
Il fut l’un des fondateurs du CODENE (Comité pour le désarmement nucléaire en Europe ) dans le cadre de la lutte européenne contre l’installation de missiles nucléaires soviétiques et américains en Europe. À ce titre il fut chargé par le mouvement européen de suivre la question des risques de guerre y compris nucléaire en Méditerranée.
Il participa à partir de 1987, avec son ami Victor Leduc, au comité de rédaction de la revue marxiste M (devenue Mouvements en 1998). Il participa également en 1991 au lancement de la revue Confluences-Méditerranée. En 2001, à la demande de militants français pro-palestiniens, il devient, président de l’Association France-Palestine solidarité (AFPS) , responsabilité qu’il garda jusqu’en 2009 . Dans cette fonction, il refusa tout dérapage antisémite dans la lutte en faveur du peuple palestinien : en 2002, lorsque l’Association médicale franco-palestinienne de Marseille, publia un article soutenant « que la juiverie organisée » serait responsable de la guerre d’Irak comme elle l’était de la Deuxième Guerre mondiale, il a exclu l’association en question de l’AFPS. Il fut l’un des organisateurs du Tribunal Russel sur la Palestine fondé le 4 mars 2009 avec Stéphane Hessel*.

Après la commémoration en 2010 du cinquantenaire de la création du PSU, Bernard Ravenel participa avec d’anciens membres du PSU à la création de l’Institut Tribune Socialiste, dont il devint Président en 2016 ; cette même année vit la publication de la somme historique qu’il préparait depuis longtemps sur l’histoire du PSU, sous le titre Quand la Gauche se réinventait . Le PSU, Histoire d’un parti visionnaire 1960-1989.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article186821, notice RAVENEL Bernard par Léon Strauss, version mise en ligne le 12 novembre 2016, dernière modification le 22 février 2019.

Par Léon Strauss

ŒUVRE : avec Huguette Bouchardeau et Claude Bourdet, Pour une France non-alignée, pour une charte de coopération avec le tiers-monde. Les propositions du PSU, Paris, Syros, 1981 - Méditerranée, le Nord contre le Sud ?, Éditions L’Harmattan, 1998 -Méditerranée, l’impossible mur, Éditions L’Harmattan, 1995-Kosovo : une guerre de gauche ? Éditions Golias 1999 - avec Christophe Chiclet, Kosovo : le piège, Éditions L’Harmattan, 2000 - avec Jean-Paul Chagnollaud et Régine Dhoquois-Cohen, Palestiniens-Israéliens : le moment de vérité, Éditions L’Harmattan, 2000-avec Olfa Lamloum, La Tunisie de Ben Ali : la société contre le régime, Éditions L’Harmattan, 2002. – « Deux théoriciens de l’autogestion au PSU : Victor Fay et Victor Leduc », in : Frank Georgi (dir), Autogestion , la dernière utopie, Paris, Publications de la Sorbonne, 2003 - A dirigé plusieurs dossiers pour la revue Confluences-Méditerranée aux Éditions L’Harmattan - Quand la Gauche se réinventait . Le PSU, Histoire d’un parti visionnaire 1960-1989, La Découverte, Paris, 2016.

SOURCES : Quand la Gauche se réinventait– Notice Bernard Ravenel, Wikipedia - Contacts avec Bernard Ravenel (octobre-novembre 2016). — Notes de Roger Barralis.

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