MARTRES Jean, Hippolyte

Par Benoit Willot

Né le 1er janvier 1875 à Paris (XIe arr.), mort le 2 mars 1941 à Joinville-le-Pont (Seine, Val-de-Marne) ; expert-comptable et professeur ; militant socialiste indépendant à Joinville-le-Pont.

Jean Hippolyte Martres était le fils d’un marchand de friture, Jean Martres, et de son épouse Marguerite Védrine, journalière. Lui-même devint expert-comptable et enseigna cette discipline pendant toute sa carrière.

Il n’effectua qu’un an de service militaire (novembre 1896-octobre 1897), du fait du décès de son père, en application de l’article 21 de la loi du 15 juillet 1889.

En février 1899, il épousa à Paris (XIIe arr.) Angélina, Louise Jambon, employée de commerce. Ils s’installèrent à Joinville-le-Pont (Seine, Val-de-Marne) avant 1904. Cette année-là, Hippolyte Martres s’engagea dans la formation d’une société intitulée La Goutte de lait, qui avait le soutien des groupements républicains et socialistes de Saint-Maurice et Joinville, ainsi que de la section joinvillaise de la Ligue des droits de l’Homme.

Franc-maçon, il participa à l’Union amicale de solidarité, dont l’objectif était que les industriels et commerçants, membres de différentes loges du Grand-Orient de France, se connaissent afin d’entretenir des relations amicales et commerciales. L’Union publia un annuaire, soutint une pouponnière La Bonne Louise à Us-Marines (Seine-et-Oise) ouvrit un jardin naturel dans le quartier de Charentonneau (Maisons-Alfort, Seine). Elle avait également un projet de bourse du commerce maçonnique. En novembre 1908, Martres devint secrétaire de l’Union, qui est à ce moment présidée par Frédéric Brunet (1868-1932), alors conseiller municipal de Paris et vénérable de la loge Les Travailleurs socialistes, futur député et futur ministre.
Pendant l’importante grève des Postes du printemps 1909, Martres participa le 21 mars à un mouvement de protestation des commerçants, qui manifestent leur mécontentement devant l’Hôtel Central des Postes, rue du Louvre à Paris. Empêchés de se réunir en extérieur devant le bâtiment, les commerçants tirent d’abord une assemblée dans café du Cadran des Postes, rue Étienne-Marcel, en présence de postiers en grève ainsi que de manifestants de la jeunesse royaliste. Ils convoquèrent dans la même journée une réunion réservée aux commerçants, qui débuta avec un millier de personnes dans le parc du Palais-Royal puis se poursuit dans la Brasserie Suisse, rue de Valois. Hippolyte Martres fut le secrétaire du bureau de cette réunion, présidée par M. Barrère, commerçant de la rue Richelieu. La revendication principale adoptée dans un ordre du jour voté à l’unanimité fut la démission de Julien Simyan (1850-1926), alors ministre des Postes. Les commerçants rejoignirent ainsi les ouvriers des Postes, qui en firent le point premier de leurs demandes auprès du gouvernement. Un socialiste joinvillais, René Caperon, fut un des principaux dirigeants du Syndicat national des ouvriers de main-d’œuvre des PTT, et un des leaders de la grève.

Lors des importantes inondations de la Marne à Joinville pendant l’hiver 1910, Martres participa à l‘organisation d’une loterie pour venir en aide aux sinistrés.
À l’occasion d’une réunion de compte rendu de mandat du conseil municipal le 16 février 1911, Martres se présenta comme le porte-parole des socialistes indépendants. Il apporta un soutien critique à la municipalité, dénonçant l’absence de concours d’architectes pour l’agrandissement de la mairie et se plaignant du nettoiement des rues. - mais il la félicita pour ses subventions à l’association Philotechnique (enseignement populaire). Il protesta contre un ordre du jour de défiance envers la majorité municipale, proposé par les socialistes unifiés (SFIO). Martres indiqua que les socialistes indépendants refusèrent de mêler leurs voix à celles des représentants de la droite libérale, comme Louis Gallas et Jean Contoux, qui appuient la motion de la SFIO.

Cependant, Martres maintient un dialogue avec la SFIO puisque, avec Eugène Loddé (1887-1914), pâtissier, il est « spécialement invité » en juin et juillet 1912 lors de deux réunions de la section de Joinville, préparatoires au congrès de l’Union des sections de la 2e circonscription de l’arrondissement de Sceaux (Seine).

Rappelé à l’armée par le décret de mobilisation du 1er août 1914, il rejoignit le 34e régiment d’infanterie (RI) et se retrouva immédiatement affecté sur le front. Il fut transféré en juin 1916 au 6e RI. Il fut cycliste agent de livraison dans la région de Verdun quand il fut cité à l’ordre du régiment pour son courage et son dévouement puis reçut la croix de guerre. Nommé caporal en novembre 1916 puis sergent en décembre de la même année, il fut promu adjudant en avril 1918.

Grièvement atteint au cours d’une embuscade en avril 1918 par des éclats d’obus à la cuisse droite, il fut à nouveau cité pour son « haut sentiment du devoir » et reçut la médaille militaire avec palmes. Il fut une nouvelle fois blessé en juillet 1918 par un bombardement aérien, souffrant de plaies superficielles sur la face et un tibia.

Après sa démobilisation, Martres devint officier de réserve affecté au 46e RI. Il fut nommé sous-lieutenant en avril 1920 puis lieutenant en avril 1924.

Il reprit son activité d’expert-comptable, ayant un bureau boulevard des Italiens à Paris (IXe arr.). Il enseigna la comptabilité, notamment au sein de l’association Philotechnique de Joinville, dont il était secrétaire en 1913 et de laquelle il était vice-président en 1923.

Son épouse étant morte en décembre 1913, il se remaria en juillet 1920 à Paris (IIe arr.) avec Gabrielle Jeanne Wolff.

Il s’occupa de plusieurs œuvres d’intérêt général à Joinville-le-Pont : la mutualité scolaire, le syndicat d’initiative dont il devint secrétaire en 1922. Membre du conseil central de la société des médaillés militaires, Martres présida la société locale. Il lança en novembre 1921 un appel à constituer une amicale des anciens combattants des 101e et 301e régiments d’infanterie ainsi que du 29e régiment territorial.
Martres fut titulaire de nombreuses décorations. Outre la médaille militaire, et la croix de guerre avec palmes, il reçut les palmes académiques (officier d’académie en 1913, officier de l’instruction publique en 1923). - il fut officier du mérite agricole. Enfin, en novembre 1927, il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur.
Peut-être est-ce Martres qui figure parmi les sept membres de la section socialiste souscrivant pour « Le million du Populaire », le quotidien du parti, en février 1928. - la liste publiée mentionne « Marhes », un patronyme non attesté par ailleurs.

Jean Hippolyte Martres mourut le 2 mars 1941, son décès fut transcrit sur l’état civil de Joinville. Le 6 mars, il fut inhumé au cimetière du Père-Lachaise.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article186881, notice MARTRES Jean, Hippolyte par Benoit Willot, version mise en ligne le 13 novembre 2016, dernière modification le 14 décembre 2021.

Par Benoit Willot

SOURCES : Arch. Dép. Paris (état- civil). — Arch. Dép. Val-de-Marne (état civil, recensements, élections, listes électorales). — Base Léonore, ministère de la culture (France). — Journal officiel, 1913-1927. — Bulletin municipal officiel Paris 1923-1924. — Annuaire National des Officiers de Réserve 1935-1936. — Le Populaire, quotidien, 1928/02/19. — l’Humanité, quotidien, 1912. — Le Petit Journal, quotidien, 1909/03/22. — Le Petit Parisien, quotidien, 1921-1923. — Le Journal, quotidien, 25 novembre 1921. — Journal des débats, quotidien, 1933/10/17. — Voix des communes, hebdomadaire, 1904-1923. — Bulletin des convocations et ordres du jour des loges de la région parisienne de la Fédération du Grand-Orient de France, hebdomadaire, 1908. — Registres journaliers d’inhumation des cimetières parisiens (Filae). — Notes de Renaud Poulain-Argiolas.

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