BEN MABROUK Sadok

Par Robert Kosmann

Né le 20 janvier 1954 à Sousse (Tunisie) ; étudiant en histoire « établi » comme ouvrier spécialisé chez Renault à Billancourt, puis professeur et cadre technique ; militant de la Gauche prolétarienne et pro-palestinien.

Son père, Fredj Ben Mabrouk était commercial, responsable d’une société textile à Sousse (Tunisie). Militant bourguibiste du Néo Destour, il cacha des tunisiens de confession juive pendant l’occupation nazie. Sa mère, née M’Barka Ben Fredj, était sans profession. Sadok Ben Mabrouk suivit ses études primaires et secondaires à Sousse et obtint le baccalauréat en 1966. Il vint à Paris en 1970 et jusqu’en 1972 suivit les cours de la faculté de Jussieu où il obtint une licence d’histoire-géographie. Sensibilisé par la question palestinienne, il s’investit dans les « Comités Palestine » où était présente la Gauche prolétarienne (1970-1972) et milita également au Mouvement des travailleurs arabes (MTA) (1970-1972) qui avait la même sensibilité politique.

Le premier emploi de Sadok Ben Mabrouk fut « l’établissement » comme ouvrier spécialisé à la Régie Renault au début de l’année 1971. Il militait alors avec la Gauche prolétarienne et le Comité de lutte Renault. Il fut affecté pendant trois mois aux fonderies, à Billancourt, puis, après avoir passé des essais manuels, devint « jockey » dans l’Île Seguin, comme essayeur de voitures en bout de chaîne. Avec ses camarades, il n’hésitait pas à faire le coup de poing contre les gardiens et le service d’ordre de la CGT. À la suite du saccage du bureau d’un chef gardien haï, la direction décida de licencier trois ouvriers, dont Sadok Ben Mabrouk, en janvier 1972. Dans un premier temps, il rentra clandestinement dans les ateliers, s’enferma dans un véhicule de chaîne avec des pancartes dénonçant son licenciement avant d’être expulsé par les gardiens de l’usine « aidés par un « gros bras » responsable connu de la CGT Renault » selon son témoignage. En protestation, les trois licenciés entamèrent une grève de la faim le 29 janvier, dans une caravane installée sur la place Émile Zola, à Boulogne. La caravane fut enlevée par la police le jour même. Les licenciés se replièrent alors dans une annexe de la paroisse catholique, rue du Dôme, à quelques centaines de mètres. Ils furent soutenus par des artistes ou intellectuels reconnus comme Simone Signoret, Jean Paul Sartre, Joris Ivens, Chris Marker ou Costa Gavras. Après plus de trois semaines de jeûne, les trois militants furent très affaiblis et après l’annonce de l’assassinat de leur camarade Pierre Overney devant l’usine, il décidèrent l’arrêt de leur grève de la faim.

Sadok Ben Mabrouk fut ensuite recruté comme professeur d’histoire-géographie pendant quelques mois au lycée Balzac à Paris, puis fut embauché, d’abord comme employé, à la société Alcatel. Il y fit sa carrière et, avant de prendre sa retraite prévue en 2015, il était devenu, après formation, cadre supérieur, responsable du service technique « son ».

Sur un plan personnel, Sadok Ben Mabrouk se maria en 1979, à Sousse, avec Ksous Behija, assistante maternelle. Ils eurent deux enfants, un garçon né en 1980, et une fille, née en 1982.

Après l’auto-dissolution de la Gauche prolétarienne, en novembre 1972, Sadok Ben Mabrouk n’intervint plus dans les organisations d’extrême gauche mais devint délégué syndical Force Ouvrière puis représentant syndical de ce même syndicat pendant seize ans.

Il vivait à Suresnes (Hauts-de-Seine) où il créa un comité de soutien à la Palestine (« Suresnes Palestine ») indépendant des organisations de soutien nationales, puis se rapprocha de la Coordination des appels pour une paix juste au Proche-Orient (CAPJPO-EuroPalestine), avant de rejoindre, l’Association France-Palestine solidarité (AFPS) au début de l’année 2013.

En 2007, ses sympathies politiques allaient à la sénatrice Jacqueline Fraysse et il soutint sa candidature aux élections législatives dans les Hauts de Seine « car elle avait toujours soutenu la cause palestinienne ». Sadok Ben Mabrouk, sans affiliation partidaire, fut candidat aux élections municipales à Suresnes sur la liste « Tous ensemble à gauche » et travaillait à nouveau dans ce sens pour les élections de 2014.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article187201, notice BEN MABROUK Sadok par Robert Kosmann, version mise en ligne le 23 novembre 2016, dernière modification le 18 août 2017.

Par Robert Kosmann

SOURCES : Gilbert Hatry (dir.), Notices biographiques Renault, Paris, Éditions JCM, 1990. ― Hervé Hamon et Patrick Rotman, Génération, Paris, Seuil, 1988. ― Christophe Bourseiller, Les maoïstes, Paris, Plon, 1996. ― Entretien avec Sadok Ben Mabrouk, octobre 2013.

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