ABOULKER Jacques, François, Marie

Par Robert Kosmann

Né le 16 février 1949 à Paris (XVe arr.), étudiant, « établi » comme ouvrier spécialisé chez Renault puis professeur de musique ; militant maoïste de l’Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes (UJCml), fondateur du « Comité de lutte Renault », puis adhérent de la Gauche Prolétarienne ; syndicaliste CGT au Conservatoire (CNSMD) de Lyon (Rhône).

Le père de Jacques Aboulker, Paul, Abraham Aboulker-Kamoun, chirurgien, engagé volontaire pendant la Seconde guerre mondiale, participa à la campagne d’Italie et devint professeur de médecine à Paris. D’origine juive, converti, il était tenant d’un profond humanisme chrétien. Contrairement à ce qui a été repris dans plusieurs ouvrages, il ne fut pas le chirurgien du général de Gaulle. Son épouse Suzanne, née Bonnet-Piron, partageait ces valeurs et se consacrait au foyer. Jacques Aboulker effectua ses études au lycée Carnot (Paris XVIIe arr.) jusqu’à la classe de mathématiques supérieures. En 1965, lors d’un voyage en Inde au cours des vacances scolaires, il prit conscience de la nécessité d’agir contre l’injustice et la violence sociale. Il découvrit ensuite les pays de l’Est (Pologne, Hongrie) mais jugea leur régime « peu exaltant ». Dès 1966, à dix-sept ans, il adhéra à l’Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes (UJCml), organisation maoïste qui prônait l’établissement ouvrier. Certains auteurs indiquent à tort qu’il était étudiant à l’École normale supérieure de Saint-Cloud ou encore que le surnom de « Bouboule » lui fut attribué par ses détracteurs.

Au lendemain du mouvement de mai-juin 68, Jacques Aboulker interrompit ses études pour s’établir chez Renault. Embauché en juin 68 à Billancourt, au département 74 dans l’Ile Seguin, comme ouvrier spécialisé à la chaîne d’assemblage tôlerie, il fut muté rapidement comme contrôleur au département sellerie. Il forma pendant quelque temps avec Pierre Clerc, seul autre étudiant établi de l’UJCml à ce moment, le premier groupe maoïste dans l’usine de Billancourt. Ils tiraient les tracts de manière artisanale et, en l’absence de toute directive organisationnelle, diffusèrent dans l’usine les premiers numéros du petit journal Le Métallo rouge. L’UJCml étant dissoute, Jacques Aboulker ne souhaita par rejoindre la Gauche prolétarienne qui lui avait succédé, considérant ses objectifs et sa phraséologie en décalage avec le ressenti des ouvriers. Il jugeait plus important de « faire d’abord surgir un esprit de résistance, de respect de la dignité pour les personnels immigrés », par la transgression et par des actions symboliques, selon les mots d’ordre maoïstes « on a raison de se révolter » ou « servir le peuple » qui faisaient écho à son engagement et à son éducation humaniste. Après un an d’un patient travail de terrain (tracts rédigés dans les ateliers, affichettes, réunions informelles...) il se lia d’amitié en 1969 avec Jaky Lafortune qui avait remarqué le badge de Mao Zedong que Jacques Aboulker portait sur son bleu de travail. Avec les contacts noués au cours de cette première année, ils fondèrent, le « Comité de lutte Renault » et s’engagèrent à la fin de l’année 1969 dans la lutte contre l’augmentation du prix du métro, en exigeant les transports gratuits. Ils pratiquaient cette propagande par le fait, en forçant le passage, avec un grand nombre d’ouvriers, au métro Billancourt. Ces actions, dénoncées par le PCF et la CGT mais soutenues par des étudiants de la faculté de Censier, entraînèrent de nombreuses bagarres, avec les vigiles de la RATP d’abord, puis avec la police parisienne. Les militants de la Cause du Peuple s’y agrégèrent ensuite et J. Theureau comme Pierre Overney y furent très actifs.

Jacques Aboulker fut également à l’origine des tracts qui dénonçaient le coût élevé pour les immigrés des repas dans les cantines, alors gérées par le Comité d’entreprise Renault que contrôlait la CGT. Ces tracts et protestations déclenchèrent également des bagarres dans l’usine et Jacques Aboulker devint alors une cible pour la CGT et le PCF qui dénonçaient les actions « fascistes » du « Comité de lutte » comme. En mars 1970, un groupe d’ouvriers et de permanents CGT vinrent le chercher à son poste de travail dans l’Ile Seguin. Il fut emmené de force à l’extérieur des bâtiments et expulsé de l’usine, certains menaçant de le jeter à la Seine. Il revint quelques jours à l’usine, clandestinement, avant d’être convoqué par la direction du personnel et licencié.

Après son renvoi de Renault, Jacques Aboulker intégra les rangs de la Gauche prolétarienne qu’il avait jusque-là considéré comme peu fiable. Après avoir effectué son autocritique, il suivit les instruction de l’organisation, qui lui demandait de se faire embaucher chez Vallourec, usine métallurgique du Nord de la France. Il y effectua une formation de tourneur sur métaux, puis dut constater à nouveau, au bout d’un an, le caractère irréaliste des slogans de la Gauche prolétarienne. Refusant la violence substitutive à celle des ouvriers et peu convaincu de « l’imminence de la révolution », il rompit avec le militantisme d’extrême-gauche.

Jacques Aboulker reprit alors simultanément des études de mathématiques et de musique. Il fut nommé professeur au Conservatoire de Metz en 1976. En 1990 il fut appelé au Conservatoire supérieur de Lyon, pour y fonder le département de musique de chambre. Co-fondateur en 2006 de la section CGT culture au Conservatoire de Lyon, il mena conjointement des actions sur le contenu et les formes pédagogiques ainsi que pour la défense du personnel administratif. En 2007, il fut élu membre de la Commission exécutive du Syndicat CGT des personnels des affaires culturelles.

Sur le plan personnel Jacques Aboulker se maria en 1969 avec Marie-Paule Bardet, qui avait été militante des Comités d’action en 1968. Ils eurent deux enfants, une fille en 1970 et un fils en 1988.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article187204, notice ABOULKER Jacques, François, Marie par Robert Kosmann, version mise en ligne le 23 novembre 2016, dernière modification le 23 novembre 2016.

Par Robert Kosmann

SOURCES : BDIC, Fonds Gauche Prolétarienne. — Michelle Manceaux, Les maos en France, Paris, Gallimard, 1972. — Hervé Hamon et Patrick Rotman, Génération (2 tomes), Paris, Seuil, 1988. — Christophe Bourseiller, Les maoïstes, Paris, Plon, 1996. — Marc Jarrel, Eléments pour une histoire de l’ex Gauche Prolétarienne, Paris, Ed. NBE, 1974. — Jacques Frémontier, La forteresse ouvrière, Paris, Fayard, 1971. — JP Cruse Rebelles, le monde réel — Morgan Sportes Ils ont tué Pierre Overney, Paris, Grasset, 2008. — Virginie Linhart Volontaires pour l’usine, Paris, Seuil, 1994. — Gilbert Hatry (dir.), Notices biographiques Renault, Éditions JCM. — Entretien avec J. Aboulker, juin 2014.

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