MARTINEZ Alain

Par Robert Kosmann

Né le 16 mars 1949 à Paris (XIe arr.) ; tôlier chaudronnier puis agent de méthodes chez Chausson à Gennevilliers (Hauts-de-Seine) (1970-1992), technicien chez Renault (1993-2005) ; syndicaliste CGT, CFDT puis SUD, délégué du personnel, au Comité d’entreprise et au Comité central d’entreprise chez Chausson et Renault ; militant du PSU, de l’Alliance marxiste révolutionnaire (AMR) puis des Comités communistes pour l’autogestion (CCA).

Alain Martinez
Alain Martinez

Le père de Alain Martinez, Rogelio Martinez était un militant anarcho-syndicaliste espagnol, être réfugié en France en 1939 (camp de Barcarès) ; il travailla après-guerre comme OS puis comme vérificateur chez Renault à Billancourt (Seine, Hauts-de-Seine). Son épouse Marianne, née Van Dorp, d’origine belge, était couturière et travailla également chez Renault, à la sellerie, à Billancourt. La famille obtint la nationalité française en 1950. Un frère d’Alain Martinez travailla également chez Renault. Alain Martinez effectua sa scolarité primaire à Chatillon-sous-Bagneux (Seine, Hauts-de-Seine), obtint le certificat d’études primaires en 1963 puis intégra l’école professionnelle Renault pour un cycle d’études de trois années comme tôlier chaudronnier. Les jeunes bénéficiaient de bonifications à l’entrée s’ils avaient des parents travaillant à Billancourt. Alain Martinez réussit le CAP en 1966. L’apprentissage à l’école Renault permettait l’embauche directement à l’usine, mais à la suite d’indiscipline et de bagarres, il fut exclu de l’école en fin de scolarité. Il fit alors plusieurs années d’intérim comme tôlier dans une petite entreprise de fours industriels à Clamart (Hauts-de-Seine), la société Fours unis.

En novembre 1970, Alain Martinez intégra l’usine Chausson, à l’usine G de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), comme tôlier P2. Il fut ensuite P3 puis devint agent de méthodes en 1985. Il fut transféré chez Renault, au Centre technique de Rueil (Hauts-de-Seine) comme technicien d’études le 1er janvier 1993. Il fut ensuite muté au Centre Renault de Guyancourt (Yvelines) en 1995 et partit en retraite en 2005.

Alain Martinez se politisa avec les grèves et manifestations de mai-juin 68. Il participa aux discussions à la Sorbonne et prit part aux bagarres sur les barricades du Quartier latin. Il prit alors une orientation autogestionnaire qu’il ne quitta plus. Il adhéra au PSU en octobre 1968. Rapidement déçu, il le quitta en 1969 pour rejoindre la Tendance marxiste révolutionnaire internationale (TMRI, scission « pabliste » de la IVe Internationale). En 1969, cette tendance se transforma en Alliance marxiste révolutionnaire (AMR). En 1975, l’AMR choisit d’entrer au PSU et Alain Martinez revint dans son ancien parti jusqu’en 1978, date à laquelle l’AMR en sortit, pour fonder les Comités communistes pour l’autogestion (CCA). Alain Martinez fit partie du comité central de l’AMR puis des CCA. Il soutint le vote en faveur de François Mitterrand en 1981 puis se replia sur le syndicalisme à partir de 1982, en raison d’une « usure politique générale » du « manque de résultats de l’extrême gauche autogestionnaire ». Il soutint toutefois la candidature de Pierre Juquin à l’élection présidentielle de 1988. Alain Martinez fut tête de liste aux élections législatives de 1978, à Gennevilliers, sur une liste LCR-CCA-Révolution qui réalisa un score très faible (entre 0,5 à 0,7% des suffrages).

Sur le plan syndical, Alain Martinez se syndiqua dès 1967 à la CGT et milita à l’usine Chausson comme délégué du personnel, au Comité d’entreprise et au CHSCT ; il devint secrétaire adjoint du syndicat CGT de l’usine. À l’issue de la grève de 1975, il fut licencié en raison de sa présence lors de heurts avec des non grévistes. Il fut rapidement réintégré en juillet de la même année. Il fut mandaté durant l’ensemble de sa carrière professionnelle. L’usine de Gennevilliers comptait une forte proportion de travailleurs immigrés, notamment marocains. En 1983, le gouvernement, notamment par les voix du Premier Ministre Pierre Mauroy, du ministre du Travail Louis Auroux et du ministre de l’Intérieur Gaston Defferre, et dénonça les grèves l’influence « d’intégristes, de chiites ». Chez Chausson, la majorité CGT, liée au PCF, soutint les positions du gouvernement. Alain Martinez était pour sa part lié avec de nombreux délégués immigrés. Les contradictions devinrent vives, jusqu’à des bousculades et, selon Alain Martinez, la direction CGT de l’usine déclara : « on préfère un petit syndicat sans vous qu’un grand avec vous. ». Près de la moitié des militants CGT furent exclus de fait. En 1984, ils décidèrent de rejoindre le syndicat CFDT de l’usine et gagnèrent les élections professionnelles avec plus de 50% des voix. Alain Martinez fut élu secrétaire du comité d’entreprise et du comité interentreprises rassemblant les différentes usines du groupe en région parisienne. Il devint secrétaire du comité central d’entreprise (1988-1992). Le comité réorienta la politique sociale en vendant les bâtiments du patrimoine « qui ne profitaient qu’aux professionnels et techniciens » et tourna les activités vers les voyages, la culture (vidéothèque), les fêtes (Aïd) et les colonies de vacances « qui profitaient à tout le monde ». À partir de 1993, les plans de licenciements se succédèrent avec les fermetures successives des usines du groupe. Des mobilisations nombreuses et combatives s’engagèrent mais ne purent empêcher les fermetures. Toutefois, Gennevilliers fut une des rares usines d’importance où aucun ouvrier ne finit au chômage, tous étant reclassés, en partie chez Renault, l’un des principaux actionnaires de Chausson.

Alain Martinez fut reclassé le 1er janvier 1993 au Centre technique Renault de Rueil, comme technicien, et retrouva un mandat de représentant syndical CFDT au comité central d’entreprise Renault. Une partie des effectifs, dont lui-même, fut mutée en 1995 au Technocentre Renault de Guyancourt. Il y fut à nouveau représentant syndical au comité central d’entreprise. En 2000, le gouvernement Jospin instaura la loi des 35h. Les syndiqués CFDT Renault refusaient l’accord qui n’offrait pas suffisamment de contreparties à l’accroissement de la flexibilité. Le conflit s’engagea entre la « coordination Renault CFDT » et la confédération, qui signa le protocole d’accord avec la direction Renault, contre la position majoritaire des syndiqués. Le conflit s’envenima et Alain Martinez et sa section prirent contact avec le syndicat SUD, par l’intermédiaire d’Annick Coupé. La scission de la CFDT fut effective en mars 2000, date à laquelle le tribunal d’instance de Versailles reconnut la représentativité du syndicat SUD Renault Guyancourt. En parallèle Alain Martinez participa à la création au sein de SUD d’une « coordination Chimie Métallurgie » qui se transforma ensuite en Union syndicale Solidaires Industrie, en 2006.

Sur le plan familial, Alain Martinez se maria en décembre 1970 avec Renée Blanche Le Graët ; ils eurent un fils, né en 1971. En 2004, dans un documentaire vidéo « Chers camarades » il insistait sur la nécessité d’autonomie des militants syndicaux, et regrettait d’une relève de la génération des années 1968. En 2014, il était toujours syndiqué au syndicat des actifs SUD Renault Guyancourt affilié à l’Union syndicale Solidaires et à Solidaires Industrie. Il était également éducateur sportif en football depuis 1983 et président du Football club d’Asnières (Hauts-de-Seine) où il habitait.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article187207, notice MARTINEZ Alain par Robert Kosmann, version mise en ligne le 23 novembre 2016, dernière modification le 5 avril 2022.

Par Robert Kosmann

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SOURCES : Bernard Massera, Daniel Grason, Chausson : une dignité ouvrière, préface de Michel Verret, Paris, Syllepse, 2004. — Gérard Vidal, Chers camarades, DVD documentaire, Corto Pacific productions, 2004 — Le Parisien (édition Hauts-de-Seine), « Chausson c’était Germinal », 16 juillet 2008. — Gilbert Hatry (dir.), Notices biographiques Renault, Éditions JCM. — Entretien et correspondance avec Alain Martinez, mai 2014.

Ptotographie : Daniel Grason (D.R.)

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