BOISSEAU Philippe, Jacques, Louis dit Eugène, Paul

Par Robert Kosmann

Né le 1er septembre 1947 aux Lilas (Seine-Saint-Denis) ; OS chez Bosch à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) (1974-1980), rectifieur chez Renault à Billancourt (1981-1990), puis infirmier psychiatrique (1999-2007) ; syndicaliste CGT puis CFDT ; militant des CLAJ (Clubs de loisirs et d’action de la jeunesse) de 1974 à 1978, puis du groupe maoïste OCML « Voie prolétarienne » (1977-2014).

Le père de Philippe Boisseau, Pierre Boisseau, fut agent immobilier puis représentant de commerce. Sa mère, Jeannine Boisseau, fut d’abord modiste puis mère au foyer. La famille vécut à Bobigny (Seine, Seine-Saint-Denis) où Philippe Boisseau suivit l’école primaire et secondaire. Il intégra ensuite le lycée Turgot à Paris (IIIe arr.), de 1962 à 1966, jusqu’en terminale. Il interrompit ses études et exerça une série de petits métiers, dont celui d’employé de banque. Bien qu’effectuant son service militaire depuis le premier janvier 1968, il participa aux premières mobilisations du Quartier latin, mais fut expédié aux Antilles à titre disciplinaire, le 13 mai 1968 ; il y resta jusqu’en juin 1969. Il obtint alors son baccalauréat en candidat libre. À son retour en métropole, il devint moniteur d’auto-école, un travail qui lui permit de reprendre des études et d’intégrer Sciences-Po Paris. Il en sortit au bout de trois mois, en raison de « l’étouffement politique » qu’il ressentait.

En « recherche philosophique » autant que politique, il s’intéressait à la Révolution culturelle chinoise, débuta des cours de chinois et se procura « le petit livre rouge » des citations de Mao Zedong à l’ambassade de Chine. Il pratiqua divers métiers, fut quelques temps instituteur contractuel puis professeur suppléant. Il était en parallèle bénévole dans une association pour enfants aveugles dans le cadre des Éclaireurs de France (1966-1973). C’est là qu’il rencontra des militants et se politisa, rompant avec l’idéologie traditionnaliste familiale. En 1974, il intégra les CLAJ (Club de loisirs et d’action de la jeunesse), à l’époque d’obédience maoïste marquée. Ses camarades lui proposèrent « l’établissement » en usine. Il participa alors à la création d’un « Comité Populaire » au sein de l’usine Bosch de Saint-Ouen où il était entré comme OS et où il rencontra sa compagne. Il effectua avec les CLAJ, organisation de jeunesse reconnue par le gouvernement chinois, un voyage « officiel » en Chine, en 1976. Il était pendant cette période militant CGT, assurant les fonctions de collecteur. Le groupe marxiste-léniniste « Catherine Armand », qui devint rapidement « Pour le Parti », établit quatre de ses membres chez Bosch, qui le convainquirent de s’engager. Il adhéra à ce groupe en 1978. Ses motivations étaient la mise en avant du lien « théorie-pratique », le soutien à la Révolution culturelle chinoise et le refus de la théorie de la suprématie des « forces productives » dans la marche vers le communisme. Il considérait le régime soviétique comme un « capitalisme d’État » depuis les années 1930 et adhérait à l’idée présentée par Mao Zedong de la « continuité de la lutte des classes sous le socialisme ». Philippe Boisseau cessa de militer au CLAJ quand ce dernier se rapprocha du Parti socialiste en 1978. Il fut licencié de l’usine Bosch en février 1980, dans le cadre d’un plan social. Il suivit alors une formation de rectifieur à l’AFPA de Stains (Seine-Saint-Denis) en 1980-1981. Son organisation, qui devint par la suite « l’OCML Voie Prolétarienne », lui proposa d’entrer chez Renault pour renforcer son implantation dans l’usine de Billancourt. Il intégra le département « 57 métal » en mai 1981, comme ouvrier professionnel. Il y milita à la CFDT « qui rassemblait alors un certain nombre de militants révolutionnaires », et tenta avec un groupe de sympathisants de renverser la direction « réformiste » du syndicat, en 1984. En 1987, il participa activement à une grève perlée contre des licenciements dans son atelier, qui dura neuf mois et fut victorieuse. À la suite d’une provocation de la direction, il fit l’objet d’un licenciement disciplinaire en mai 1990, accusé à tort d’avoir frappé un gardien. Les prud’hommes et le Tribunal d’instance transformèrent le licenciement pour faute lourde en licenciement économique. L’atelier ferma définitivement quelques mois plus tard en 1991, annonçant la disparition définitive de la « forteresse ouvrière ». Après une nouvelle formation AFPA d’électrotechnicien (1991-1992) puis une alternance de petits métiers et de périodes de chômage, il fut employé en logistique informatique (1992-1996), avant de faire une formation d’infirmier (1996-1999). Après l’obtention du diplôme d’État, il se spécialisa en psychiatrie. Il fut alors détaché par l’établissement psychiatrique de Ville Evrard à l’hôpital Delafontaine de Saint Denis (Seine-Saint-Denis), pour participer à la création d’un des premiers services d’urgences psychiatriques de France. Il y reprit une activité syndicale à la CGT, jusqu’à sa retraite en 2007, dans un métier où il se réalisa pleinement.

Sur le plan personnel Philippe Boisseau vécut à partir de 1975 avec sa compagne Elvira Guimaraes Correia, militante marxiste-léniniste portugaise réfugiée politique en France, qui fut d’abord OS chez Bosch puis secrétaire médicale. Ils se marièrent en 2004. Ils eurent ensemble une fille, en 1977, et élevèrent deux garçons nés en 1968 et 1969.

En 2014, Philippe Boisseau militait toujours à Voie prolétarienne. Il répondait aux détracteurs de son engagement : « Celui qui n’utilise pas ses mains ne risque pas de les salir ». Il regrettait le peu d’avancées théoriques sur les conditions de la construction du socialisme et affirmait entre autres « que les révolutionnaires avaient jusqu’alors largement sous-estimé la question de l’écologie dans la condamnation du mode de production capitaliste… ». Retraité, il milita à la CGT de Bobigny (Seine-Daint-Denis) où il résidait (2007-2011). Il s’était beaucoup mobilisé dans les années 1970-1980 en faveur de la lutte des foyers immigrés Sonacotra et des mal-logés, puis dans la lutte des sans papiers (1996-2012). Il rompit avec la CGT en raison de sa politique sur cette dernière question. Il fut parmi les fondateurs d’une association écologiste de défense contre une usine dangereuse et polluante de traitement des déchets à Romainville (Seine-Saint-Denis) et Bobigny. Il participait à une chorale, « Le Chœur populaire de Seine-St-Denis ». Il avait pris part, en 1971 à la rédaction, sous la direction de Jean Carpentier, d’un ouvrage collectif sur la sexualité chez les jeunes, au titre de son expérience auprès des adolescents handicapés visuels. En 2014 il mettait la dernière main à un ouvrage biographique, également collectif, sur un communard méconnu : Augustin Avrial. Il animait un site internet sur l’histoire de Paris (« Paris révolutionnaire »), et proposait bénévolement des ballades parisiennes dans les traces des révolutionnaires de la capitale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article187210, notice BOISSEAU Philippe, Jacques, Louis dit Eugène, Paul par Robert Kosmann, version mise en ligne le 23 novembre 2016, dernière modification le 23 novembre 2016.

Par Robert Kosmann

ŒUVRE : contribution à Jean Carpentier (dir.), Apprenons à faire l’amour", Paris, Maspero, 1971. ─ contribution à Jean-Paul Calvet (dir.), Augustin Avrial, un Communard inventif, Société d’Histoire de Revel-Saint-Ferréol, 2015. ─ Site internet Paris révolutionnaire, comportant 15 000 fiches et 38 promenades concernant l’Histoire révolutionnaire de Paris.

SOURCES : l’Humanité, 25 mai 1990. — Gilbert Hatry (dir.), Notices biographiques Renault, Éditions JCM. — Entretien avec Philippe Boisseau, août 2014.

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