BUCHER Alfred [alias « Fred », alias « Johann » au 301e GTE]

Par André Balent

Né le 26 janvier 1898 à Pauschwitz (Saxe, Allemagne), mort au combat le 28 mai 1944 à La Parade (commune actuelle de Hures-La Parade, Lozère) ; artiste de cabaret ; bûcheron en Lozère ; militant du SPD (Parti social-démocrate) avant 1933 devenu communiste ; volontaire des Brigades internationales en Espagne ; réfugié en France incorporé dans un GTE (Groupement de travailleurs étrangers) en Lozère ; résistant ; membre du maquis (AS) de Louis Veylet et Otto Kühne, puis de la « Brigade Montaigne » (AS) et du maquis Bir Hakeim (AS)

Stèle du col de Bonnecombe (Lozère), 1350 m
Stèle du col de Bonnecombe (Lozère), 1350 m
En avril 1943, cinq Allemands, avec l’appui de l’AS de Marvejols, fondèrent dans l’Aubrac un maquis qui se transporta ultérieurement dans les Cévennes. Photographie : André Balent, 13 octobre 2018.

Alfred Bucher naquit à Pauschwitz (actuelle commune de Trebsen-Mulde), près de Leipzig. Avant 1933, il fut artiste de cabaret (à Leipzig ? à Berlin ?). Il était Juif, ayant sans doute rompu avec la foi de sa famille.
Éveline et Yvan Brès indiquent (op. cit., p.334) qu’il se rattachait politiquement au socialisme. Mais il avait sans nul doute adhéré au KPD (Parti communiste d’Allemagne) car pendant l’hiver 1943, à Saint-Chély d’Apcher (Lozère) en, il fut choisi par Otto Kühne, un communiste chevronné, pour faire partie avec Werner Feiler, Karl Klausing et Wilhelm Müller (tous anciens des Brigades internationales) du groupe limité d’hommes de confiance avec lesquels mettre en place les modalités de leur action dans un département désormais occupé par les nazis.
Réfugié en France, li y fut sans doute interné comme tous les brigadistes étrangers qui ne pouvaient pour des raisons politiques rentrer dans leur pays et qui furent très souvent contraints par les autorités françaises d’intégrer les CTE (compagnies de travailleurs étrangers) transformées par Vichy en GTE en Lozère et dans le Gard, il s’agissait du 321e du 805e GTE basés respectivement à Chanac et à Rochebelle, quartier d’Alès, Gard). À partir de 1940, beaucoup d’Allemands et d’Autrichiens résidaient ainsi dans Gard (surtout dans le bassin minier d’Alès) et en Lozère. « Fred » Bucher fut ensuite affecté au 321e GTE, de Chanac (Lozère). Il y fut avec d’autres Allemands comme son ami très proche Heinz Hasselbrink, mis à la disposition de l’administration des Eaux-et-Forêts sur un chantier forestier à Cocurès (Lozère), près de Florac qu’il dut quitter pour aller à l’hôpital. Par la suite, il fut envoyé à l’usine métallurgique de Saint-Chély d’Apcher (Lozère) où travaillait déjà Otto Kuhne*.
Bucher se joignit ensuite au groupe de travailleurs allemands de Saint-Chély d’Apcher (Lozère) qui se réunissait chez les Berliner un couple d’Allemands ayant un appartement dans la localité. Ce groupe politisé comprenant au départ cinq militants cooptés pour leur expérience, était animé par Otto Kühne* (communiste, ancien député au Reichstag, ancien des Brigades internationales) et Werner Feiler (un ouvrier tourneur de Chemnitz, Saxe). Se sentant menacés après l’occupation de la zone sud par les forces armées allemandes, ces antinazis tentèrent de se cacher. À cet effet, ils furent pris en charge par des résistants lozériens de Combat et de l’AS, en premier lieu par Louis Veylet par ailleurs militant communiste. Les Lozériens de Combat avaient en effet appris par le NAP (Noyautage des administrations publiques) du département que les clnq Allemands de Saint-Chély allaient être arrêtés. Veylet et ses amis, parfaits connaisseurs de la géographie lozérienne, les amenèrent à Bonnecombe (Lozère) dans l’Aubrac où, en avril 1943, ils constituèrent un maquis, avec l’accord de Gilbert de Chambrun chef des MUR et de l’AS en Lozère, qui accepta. Bucher intégra donc ce maquis que Veylet finit par rejoindre bientôt de façon permanente car il était aussi menacé par la répression. Cette formation de l’AS fut connue sous le nom de groupe Veylet/ Kühne. Le groupe quitta le nord de la Lozère trop inhospitalier, pour s’installer au sud, dans les Cévennes, d’abord dans la forêt des Laupies puis dans le hameau de La Fare dans la Vallée Française, près de Saint-Germain-de-Calberte (Lozère). Il y fusionna ensuite, au début de 1944, avec une autre formation de l’AS, la « brigade Montaigne » commandée par François Rouan* qui intégrait en son sein de nombreux étrangers, ce qui avait motivé son appellation de MOI (« Mouvement ouvrier international ») qui la confondait de façon équivoque avec le sigle homonyme de l’organisation mise en place par le Parti communiste. Le nouveau maquis AS commandé désormais par Rouan alias « Montaigne » ne comprenait que trois Français : son chef, Louis Veylet et le pasteur Pierre Chaptal. Le maquis fut attaqué les 11 et 12 février 1944 par des GMR conduits par Pierre Marty, intendant de police de Montpellier et commandant régional des GMR. Les hommes de Rouan parvinrent à se retirer. Ils s’établirent alors dans le hameau de Malzac (commune de Saint-Germain-de-Calberte).
Bucher se retrouva ensuite, dès le début du mois de mars, avec le maquis issu de la fusion entre la Brigade Montaigne et le Groupe Veylet/Kühne, au Galabartès, vaste et discrète ferme de la commune de Saint-Germain-de-Calberte. S’y retrouvèrent une soixantaine de maquisards, surtout des Allemands et des Autrichiens accompagnés d’Espagnols, de Polonais, de Belges, de Yougoslaves et de Français (toujours en très petit nombre). Non loin du Galabartès, dans la commune voisine de Saint-Étienne-Vallée-Française, s’était établi, dans une ferme abandonnée très isolé, la Picharlarié, un autre maquis de l’AS, le maquis-école fondé par le « comité de Saint-Jean-du-Gard » (voir Lapierre Marceau, Sauvebois Aimé) destiné à accueillir et former de jeunes réfractaires du STO de la région. Un troisième maquis de l’AS, mieux armé et plus puissant, le maquis Bir Hakeim (Voir Capel Jean) vint, à la mi-mars, établir son cantonnement à la Picharlarié aux côtés du précédent. Les trois maquis collaborèrent étroitement au point de fusionner, en dépit des réticences de membres du comité de Saint-Jean-du-Gard (dont certains se retirèrent) et de communistes allemands, à commencer par Otto Kühne. En fait, Bir Hakeim avait absorbé les deux autres.
Alfred Bucher participa aux combats de la Vallée Française du 8 avril puis des 11 et 12 avril 1944. Le 8 avril, en réponse au guet-apens tendu la veille par des hommes de Capel à quatre Feldgendarme, le maquis tint tête victorieusement à une attaque conjointe de GMR de d’Arméniens de l’Ost Legion en garnison à Mende. Les 11 et 12, les combats furent plus sérieux car les cent-vingt maquisards affrontèrent, dans le même secteur un fort contingent de la 9e Panzer SS Hohenstaufen cantonné à Nîmes. Cette unité était censée être au « repos » après de violents combats sur le front de l’Est. Une fois de plus, les maquisards réussirent à faire face, ne perdant qu’un seul homme, (Louis Veylet), les Allemands se retirant le 13 mai pour un motif inconnu.
Bir Hakeim se retrouva près du Mont Aigoual au château des Fons. Kühne, désireux de rejoindre les FTPF avec le contingent allemand — issu à la fois de la brigade Montaigne et groupe Veylet/Kühne — consentit en échange des armes que Capel lui laissait de « céder » à Bir Hakeim huit Allemands (dont l’Autrichien Trinka*), parmi les plus expérimentés et les plus aguerris (ils avaient fait la Guerre d’Espagne). Alfred Bucher faisait partie du nombre. Ils participèrent ainsi (du 8 au 11/12 mai 1944) au coup de main infructueux d’un groupe de Bir Hakeim dans la région de Lodève et de Clermont-l’Hérault (Hérault) où le maquis disposait d’une « base » et de nombreux appuis. Ils revinrent aux Fons incendié et évacué par Bir Hakeim et rejoignirent le nouveau cantonnement de Bir Hakeim à l’hôtel du Fangas, au mont Aigoual.
Capel ordonna ensuite le regroupement du maquis sur le causse Méjean, près de La Parade (Lozère). Le 28 mai, les troupes d’occupation (en grande majorité des Arméniens de l’Ost Legion de Mende) encerclèrent puis attaquèrent le cantonnement de Bir Hakeim. Il y eut, au total, trente-quatre morts (dont trois Allemands — Alfred Bucher fut l’un d’entre eux —, un Autrichien et Jean Capel) et vingt-sept prisonniers. (Voir La Parade (commune de Hures-La Parade, Lozère, 28 mai 1944 ; Ravin de la Tourette (commune de Badaroux, Lozère), 29 mai 1944).
D’abord enterré à La Parade, avec les autres victimes des combats du 28 mai, Bucher fut ré-inhumé à la nécropole nationale des maquis de Chasseneuil-sur-Bieuvre (Charente). Son nom figure sur le monument de La Parade, construit en mémoire des morts de Bir Hakeim, les 28 et 29 mai 1944 ; sur la stèle du col de Bonnecombe (Lozère) érigée en 2008 à la mémoire des cinq Allemands qui, en avril 1943, formèrent le noyau initial du "maquis allemand" qu’intégra aussi Louis Veylet. Il est également gravé à Mourèze (Hérault) sur le grand mémorial érigé en l’honneur des maquisards de Bir Hakeim morts au combat ou exécutés entre septembre 1943 et août 1944.Son nom est inscrit aussi sur le monument de Moissac-Vallée-Française (Lozère) (Voir Lindner Anton).

La mention « Mort pour la France » lui fut attribuée.
Voir La Parade (commune de Hures-La Parade, Lozère), 28 mai 1944


Brigadistes fusillés pendant l’Occupation
http://chs.huma-num.fr/exhibits/sho...

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article187211, notice BUCHER Alfred [alias « Fred », alias « Johann » au 301e GTE] par André Balent, version mise en ligne le 23 novembre 2016, dernière modification le 24 avril 2021.

Par André Balent

Stèle du col de Bonnecombe (Lozère), 1350 m
Stèle du col de Bonnecombe (Lozère), 1350 m
En avril 1943, cinq Allemands, avec l’appui de l’AS de Marvejols, fondèrent dans l’Aubrac un maquis qui se transporta ultérieurement dans les Cévennes. Photographie : André Balent, 13 octobre 2018.
Stèle du col de Bonnecombe (Lozère), 1350 m
Stèle du col de Bonnecombe (Lozère), 1350 m
Avril 1943 : fondation du "maquis allemand" avec l’appui de l’AS de Marvejols, rejoint par l’un des membres de cette dernière, Louis Veylet. Photographie : André Balent, 13 octobre 2018.
Stèle du col de Bonnecombe (Lozère), 1350 m
Stèle du col de Bonnecombe (Lozère), 1350 m
Les noms des cinq Allemands créateurs du "maquis Allemand" soutenu par l’AS. Celui de "Fred" Bucher y figure. Le patronyme d’Otto Kühne a été gravé avec une orthographe erronée. Photographie : André Balent, 13 octobre 2018.

SOURCES : Institut für Marxismus-Leninismus, Berlin, témoignages dactylographiés d’Allemands, résistants en Lozère et dans le Gard, utilisés et cités par Éveline et Yvan Brès, op. cit., 1987. — Éveline & Yvan Brès, Un maquis d’antifascistes allemands en France (1942-1944), Montpellier, les Presses du Languedoc/Max Chaleil éditeur, 1987, 348 p. [pp. 43, 48, 62, 157, 219, 252, 334]. — Éveline & Yvan Brès, « Des maquisards allemands dans les Cévennes », Hommes et migrations, 1148, 1991, pp. 30-35. — Henri Cordesse. Histoire de la Résistance en Lozère 1940-1944, Montpellier, Les Presses du Languedoc, 1999, 225 p. — Max Dankner, « Das Massaker von La Parade » in (rassemblés et arrangés par) Dora Schaul, Résistance-Erinnerungen deutscher Antifascisten, Berlin, Dietz, 1973, pp. 195-106 [récit souvent cité, comme l’ouvrage suivant, avec ceux d’autres Allemands dans l’ouvrage d’Éveline et Yvan Brès cité ci-dessus]. — René Maruéjol, Aimé Vielzeuf, Le maquis Bir Hakeim, nouvelle édition augmentée, préface d’Yves Doumergue, Genève, Éditions de Crémille, 1972. — Site MemorialGenWeb consulté le 17 novembre 2016.

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