COUVREUR Maurice, Jérôme

Par Daniel Grason

Né le 8 juin 1899 à Calais (Pas-de-Calais) ; ouvrier serrurier à la SNCF ; militant de la C.G.T.U., puis de la C.G.T. et du Parti communiste ; interné.

Fils de Florent, Jérémie Couvreur, emplyé au Chemin de fer, et de Victoria Raiff, ménagère, Maurice Couvreur fut mobilisé en avril 1918 au 161e Régiment d’Infanterie, il a été libéré en 1921. Il épousa Léontine, Marie, Josèphe Chartrel le 22 juillet 1922 à Neuilly-sur-Seine (Seine, Hauts-de-Seine). Veuf, il épousa en seconde noces le 20 février 1926 en mairie du XVIIIe arrondissement, Jeanne, Marguerite Flamicourt, dactylographe, divorcée, mère d’un enfant. Le couple habita 46 rue des Poissonniers à Paris (XVIIIe arr.) où Maurice Couvreur habitait depuis 1922. Il militait syndicalement et politiquement au 7e Rayon de la Région parisienne du Parti communiste, elle exerçait sa profession à l’Union Confédérale des Locataires, organisation proche du Parti communiste. « Sa femme partage [les] opinions » de son mari écrivit très sérieusement la Sûreté Générale dans une note, en septembre1932.
En 1930, Henriette Chenard participa au Ve congrès de l’Internationale syndicale rouge, elle en rendit compte au cours d’un meeting en octobre. La Sûreté Générale saisissait une liste de noms de militants de la C.G.T.U. qui figuraient sur son carnet : Adrien Albuisson, Maurice Couvreur, Arthur Airaud, Marcellin Putegnat, Georges Richard, Alfred Tixier, Germaine Lebel, François Moison, Jacques Maury, Raymond Bughin et Maurice Dugas.
La famille Couvreur déménagea et habita 38 rue des Fauvelles à La Garenne-Colombes (Seine, Hauts-de-Seine). Maurice Couvreur exerçait sa profession de serrurier à l’atelier de Clichy-la-Garenne et Levallois-Perret. Au sein de la C.G.T. des cheminots, le 2 août 1939, il devint le directeur de la publication de la publication Le Cheminot de Paris État Rive Droite. Un imprimeur de Clichy devait éditer le journal.
En avril 1940 la famille Couvreur emménagea 9 rue Dautancourt à Paris (XVIIe arr.). Après l’approbation par le Parti communiste du pacte germano-soviétique du 23 août 1939, le gouvernement promulguait le 26 septembre 1939 un décret-loi interdisant l’activité du Parti communiste et la diffusion de la presse communiste. Les militants communistes cheminots de La Garenne, de Clichy et de Nanterre continuaient à distribuer clandestinement des tracts dans les ateliers. Le 9 avril 1940 Maurice Couvreur était arrêté pour « propagande clandestine par tracts » et déféré devant la justice militaire. En raison de la débâcle de juin 1940, il fut libéré et réintégra son poste de travail. Sa femme travaillait au Palais de la Nouveauté, boulevard Barbès (XVIIIe arr.).
La distribution de tracts édités par le Parti communiste clandestin continuant, un gardien de la paix du commissariat de Clichy-la-Garenne, André Orset demanda à sa hiérarchie à être embauché dans les ateliers SNCF pour mener à bien des opérations de localisation et d’arrestations de militants communistes. Après trois semaines de présence, il repéra René Denis et Jean Bossard. Le 30 juillet 1941 au matin le premier était interpellé alors qu’il remettait un paquet de tracts à un militant, celui-ci réussissait à prendre la fuite. Le jour même et les jours suivants, neuf autres militants étaient arrêtés : Victor Harlais, Marceau Auvray, Jean Goudour, Marcel Aubrun, Jean Bossard, Hélène Bellier, Eugène Bellier et Eugène Anjubault. Quant à Maurice Couvreur il fut arrêté le 1er août 1941.
La 12e Chambre Correctionnelle le condamna à quatre mois de prison pour infraction au décret de dissolution du Parti communiste du 26 septembre 1939. Incarcéré à la prison de la Santé, il était à l’issue de sa peine interné administrativement le 17 janvier 1942 en application du décret du 18 novembre 1939. Le 10 février 1942, il rejoignit le Centre de Séjour surveillé d’Aincourt (Seine-et-Oise, Val-d’Oise), et le 5 mai il fut transféré au camp de Voves (Eure-et-Loir).
En novembre 1942, du fait de son mauvais état de santé il était hospitalisé à l’Hôtel Dieu de Chartres pour y subir une intervention chirurgicale. En décembre 1942 et janvier 1943 un échange de courriers eut lieu entre le Sipo-SD et la direction du camp d’internement concernant sa libération. Un responsable du Sipo-SD écrivait : « […] nous avons ici une demande de libération adressée par le R.N.P. [Rassemblement national populaire créé par Marcel Déat qui collaborait avec les allemands] Étant donné que vous voyez un inconvénient à la libération de Couvreur, nous vous laissons libre d’agit ainsi que vous l’entendrez. Ici nous ne nous intéressons pas à Couvreur ».
La libération de Maurice Couvreur était donc acquise, mais… il fallait qu’il apposa sa signature sur un engagement sur l’honneur… Il refusa en déclarant « qu’ayant été révoqué de la S.N.C.F. et de santé très médiocre, craignant de ne pas trouver de travail, il préfère rester au camp pour ne pas être à la charge de sa femme » (rapport d’un inspecteur de police). Le Préfet d’Eure-et-Loir informa le Préfet de Police de Paris de cette réponse, ce qu’il fit par courrier le 1er mars 1943 « L’intéressé, ayant refusé de signer l’engagement d’honneur de se rallier au nouvel ordre social a été maintenu au camp ».
Son épouse Jeanne s’adressa au Préfet d’Eure-et-Loir le 4 mars 1943. Dans sa lettre, elle faisait part de ses difficultés matérielles : « Depuis 18 mois que je suis seule, je fais face à mes affaires. J’ai entre autres soldé l’amende de mon mari de 1800 francs ». Elle vivait de travaux de ménage et de couture qu’elle effectuait quotidiennement. Elle qualifiait de « perte cruelle » la mort en 1940 de leur jeune fils âgé de treize ans. Elle concluait ainsi sa lettre « faites que dans le but de vous permettre de mener votre enquête sur notre situation, où il n’y a rien de caché ».
Dans une note en date du 9 septembre 1943, les Renseignements généraux rendaient compte de l’enquête sur Jeanne Couvreur. Hasard ? Conséquence de la lettre qu’elle avait adressée au Préfet d’Eure-et-Loir ? Elle était depuis le 13 juillet 1943 employée de bureau au Commissariat Général aux Questions Juives au 2 rue des Petits-Pères (IIe arr.), cet organisme était dirigé par Louis Darquier dit Louis Darquier de Pellepoix, antisémite forcené, nommé par Pétain le 6 mai 1942. Quant à la vie de Jeanne Couvreur, le rédacteur du rapport écrivait : « Elle semble mener une vie simple, régulière, ne recevant que peu de visites et pas de correspondance. Elle ne s’absente de son domicile que pour les besoins de son travail ».
Maurice Couvreur s’évada le 14 juillet 1943. Il témoigna en 1944 devant la commission d’épuration de la police. Il fit part de son arrestation, de son internement et de son évasion. Il n’évoqua pas de mauvais traitements lors de son interrogatoire et de son internement, ni de son activité entre la 14 juillet 1943 et la Libération de Paris.
Quant au gardien de la paix il devint membre de la BS1 le 26 novembre 1941, inspecteur il y déploya une intense activité même en dehors des horaires de service. Vraisemblablement repéré par des résistants, il fut renversé par une automobile, les occupants prirent la fuite. Le 31 octobre 1941 vers 7 heures 30 du matin, il était de surveillance au pont d’Asnières, une balle de revolver le toucha à l’abdomen, il riposta sans toucher le tireur. En avril 1944 à proximité de son domicile des coups de feu étaient tirés contre lui, une balle traversa son portefeuille et s’écrasa contre sa plaque de police. Alors qu’il n’était pas en service, il repéra le 27 juin 1944, gare du Nord un homme qui laissait tomber des papillons du Parti communiste sur le sol. Il le fila, tenta de l’interpeller quai de la Tournelles à Paris (Ve arr.), il y eut un échange de coups de feu, il prit une balle dans le ventre, une autre effleura son cuir chevelu. Il bénéficia d’une première prime de cent cinquante francs pour « initiative et dévouement » dans l’affaire des cheminots, le 23 octobre 1941, trois cents francs pour l’arrestation de seize militants communistes, le 21 octobre 1942, mille sept cents soixante-cinq francs pour « initiative et courage » lors d’une arrestation où il fut blessé, deux autres primes de trois cents et mille francs.
Il aurait rejoint l’armée du général Leclerc au moment de la Libération de Paris. Les auteurs de Les policiers français sous l’occupation, font part qu’André Orset avait quitté son poste en 1940 avant l’arrivée des allemands, le 14 juin 1940, il avait été révoqué. Il a été réintégré le 5 avril 1941, « Toute la suite de sa “ carrière ” n’est sans doute qu’une suite d’effort pour faire oublier ce faux-pas », concluaient-ils.
Détaché au secrétariat général du Maintien de l’ordre le 19 juillet 1944, Jean Degans, responsable du 2e Bureau de la Milice demanda au directeur du personnel de la Préfecture de police la nomination d’André Orset comme commissaire de police, il précisa « il y aurait [intérêt] à ce que la nomination ne paraisse pas au Journal officiel en raison des menaces dont il est l’objet de la part des éléments antinationaux ». Promu le 1er août 1944 commissaire à titre exceptionnel, affecté à Toulouse (Haute-Garonne), André Orset ne se présenta pas pour prendre ses fonctions. Il ne comparut donc pas devant la commission d’épuration de la police. Son dossier fut classé en 1948.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article187350, notice COUVREUR Maurice, Jérôme par Daniel Grason, version mise en ligne le 14 décembre 2016, dernière modification le 14 décembre 2016.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. 1W 0907 (transmis par Gilles Morin), KB 81. – Jean-Marc Berlière avec Laurent Chabrun, Les policiers français sous l’occupation, Éd. Perrin, 2001 pp. 217-219. – Pierre-André Taguieff (dir.), L’antisémitisme de plume. 1940.1944, Éd. Berg international, 1999, notice de Grégoire Kauffmann, pp. 396-403. — État civil en ligne cote 3 E 193A/352, vue 215

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