BLOCH Alfred [BLOCH Charles, Alfred, Auguste, Victor]

Par Jean-Sébastien Chorin

Né le 17 décembre 1906 à Strasbourg (Bas-Rhin), massacré le 17 août 1944 à Bron (Rhône) ; commerçant ; victime civile.

Charles Alfred Bloch, dit Alfred Bloch, était le fils de François Charles Bloch et de Justine Mélanie Bauer. Il se maria avec Milie Elisabeth Bloch le 26 juillet 1934 à Strasbourg (Bas-Rhin). Il n’eut pas d’enfant. A Strasbourg, Charles Bloch travaillait comme représentant de commerce pour l’entreprise Webestra, « confection en gros pour dames ».
Charles Bloch s’établit à Lyon (Rhône) le 24 février 1941. A cette même date, il fit l’acquisition de l’entreprise Webestra transférée de Strasbourg à Lyon. En 1942, Charles Bloch fut victime de la politique d’aryanisation économique de l’État français. Par arrêté du commissaire général aux questions juives, un administrateur provisoire de l’entreprise Webestra, 69 rue Servient à Lyon (IIIe arr.), fut nommé le 12 août 1942. Cet administrateur provisoire fut remplacé par arrêté du 7 octobre 1942. En 1944, Charles Alfred Bloch demeurait 69 rue Servient. Il était veuf. D’après un rapport du préfet du Rhône, daté du 7 septembre 1948, il manifesta des sentiments anti-allemands pendant la période où il résida à Lyon.
Le 12 août 1944, Charles Alfred Bloch fut arrêté à Lyon parce qu’il était juif. D’après sa tante, il fut appréhendé par des hommes du Parti populaire français (PPF) à la suite d’une dénonciation d’un milicien habitant le même immeuble. Il semble qu’il fut arrêté en même temps que son beau-père, Marx Bloch, qui demeurait également au 69 rue Servient. Charles Bloch fut transféré à la prison de Montluc (Lyon). Il fut vraisemblablement incarcéré dans la « baraque aux Juifs ». On trouve dans la liste des prisonniers de la baraque du mois d’août 1944 un nommé Albert Bloch. Cet Albert Bloch n’existant pas dans le fichier de Montluc, on peut faire l’hypothèse que la liste comporte une erreur et qu’en réalité Albert n’est autre qu’Alfred.
Le 14 août 1944, eurent lieu des bombardements sur la base aérienne de Bron (Rhône). Devant l’ampleur des dégâts, les Allemands décidèrent de faire travailler sur le camp d’aviation des détenus juifs de la prison de Montluc.
Le 17 août, à 9 heures du matin, 50 prisonniers furent extraits « sans bagage » de la « baraque aux Juifs ». Le gardien Wittmayer fit l’appel et, à la dernière minute, les Allemands remplacèrent deux catholiques par des Juifs. Ils furent embarqués sur trois camions gardés par des soldats allemands armés de mitraillettes, puis amenés sur le champ d’aviation de Bron. A Bron, les prisonniers furent répartis par groupes de trois et contraints de rechercher, d’extraire et de désamorcer des bombes non éclatées. Vers midi, ils furent dirigés près d’un hangar pour déjeuner. L’un des détenus, Jacques Silbermann, profita de cette occasion pour s’évader. Après des menaces de représailles et de vaines recherches, les soldats allemands conduisirent les 49 détenus sur le chantier pour reprendre le travail. A 18h30, alors que les prisonniers remontaient sur un camion pour regagner Montluc, un major allemand donna l’ordre de les amener sur un autre chantier. Les 49 détenus furent conduits près de trois trous d’obus au dessus desquels ils furent exécutés par balles. Leurs corps furent ensuite recouverts de terre et de gravats.
Le lendemain, 18 août, 23 détenus juifs de Montluc, dont au moins 20 de la « baraque aux Juifs », furent également conduits sur le terrain d’aviation de Bron. Ils subirent le même sort que les prisonniers de la veille. Ils furent exécutés au-dessus d’un trou d’obus après avoir recherché, extrait et désamorcé des bombes non éclatées toute la journée.
Le 19 août, le chef de la « baraque aux Juifs », Wladimir Korvin-Piotrowsky, dû remettre « en tas » les bagages des 70 prisonniers juifs de la baraque aux autorités allemandes.
En septembre 1944, cinq charniers furent découverts sur le terrain d’aviation de Bron. Le corps de Charles Bloch fut retrouvé dans le charnier E, situé entre les charniers C et D et contenant 26 cadavres. D’après le rapport du médecin légiste, il avait été tué d’une balle dans la tête. Grâce au témoignage du seul rescapé de l’exécution du 17 août, Jacques Silbermann, nous pouvons déduire que Charles Bloch faisait vraisemblablement partie du groupe des 49 exécutés du 17 août 1944.
Son corps fut décrit comme suit : 1m68, cheveux châtains foncés. On retrouva sur lui une alliance de métal blanc avec l’inscription « M.B. A.B., 29-7-34 ». Il fut d’abord enregistré sous le numéro 88 puis identifié le 27 octobre 1944 par sa tante Henriette Bloch à partir des prélèvements effectués à Bron par la Croix Rouge et le SRPJ.
Charles Bloch obtint le titre d’interné politique en 1953.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article187489, notice BLOCH Alfred [BLOCH Charles, Alfred, Auguste, Victor] par Jean-Sébastien Chorin, version mise en ligne le 4 décembre 2016, dernière modification le 15 décembre 2020.

Par Jean-Sébastien Chorin

SOURCES : DAVCC, Caen, dossier de Charles Alfred Bloch.— Arch. Dép. Rhône, 3335W22, 3335W12, 3460W2, 3460W1, 3808W866, 31J66.— Arch. Dép. Bas-Rhin, acte de naissance de Milie Élisabeth Bloch.— Journal officiel de l’État français, Lois et décrets, 7 octobre 1942.— Bulletin de l’Association des Rescapés de Montluc, N°18, mai 1946.— Bulletin de l’Association des Rescapés de Montluc, N°23, octobre 1946.— Pierre Mazel, Mémorial de l’oppression, fasc. 1, Région Rhône-Alpes, 1945.— Site Internet de Yad Vashem.— État civil (partiellement traduit)

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