WEIL Ernest [WEIL Gustave, Ernest]

Par Jean-Sébastien Chorin

Né le 27 mai 1881 à Strasbourg (Bas-Rhin), massacré le 17 ou 18 août 1944 à Bron ; commerçant, industriel ou tailleur ; victime civile.

Gustave Ernest Weil, dit Ernest Weil, était le fils de Charles, commerçant, et de Marie Gungel. Gustave Weil était d’origine juive. Sa mère était catholique et son père juif. Le 24 juin 1911, il se maria à Strasbourg (Bas-Rhin) avec Catherine Wallenfang. Son fils Ernest Charles naquit en 1912 à Strasbourg. D’après les différentes sources consultées, Gustave Weil fut marchand d’étoffes ou tailleur d’habit, commerçant ou industriel.
Pendant la guerre, les Weil se réfugièrent à Crépieux-la-Pape (Ain, Rhône). Le 12 août 1944, Gustave Weil fut arrêté, vraisemblablement en raison de ses origines juives. Il fut ensuite incarcéré à la prison de Montluc (Lyon, Rhône), dans la « baraque aux Juifs ». D’après le fichier de Montluc, Gustave Weil fut appréhendé à Lyon avec Charles Alfred Bloch et Marx Bloch. Mais il est possible que les circonstances de son arrestation soient toutes autres car d’après le maire de Crépieux-la-Pape et un rapport de la Gendarmerie de Sathonay, un certain « Weil Ernest, 55 ans, commerçant, né en 1889 à Strasbourg, domicilié à Crépieux-la-Pape (Ain), catholique, marié, 1 enfant » fut appréhendé par la Milice à Crépieux-la-Pape en août 1944. Sa femme, Catherine Weil, fut également victime d’une arrestation le 12 août 1944 à Lyon. Elle fut internée à Montluc, dans la cellule 10, et libérée le 24 août.
Le 14 août 1944, eurent lieu des bombardements sur la base aérienne de Bron (Rhône). Devant l’ampleur des dégâts, les Allemands décidèrent de faire travailler sur le camp d’aviation des détenus juifs de la prison de Montluc.
Le 17 août, à 9 heures du matin, 50 prisonniers furent extraits « sans bagage » de la « baraque aux Juifs ». Le gardien Wittmayer fit l’appel et, à la dernière minute, les Allemands remplacèrent deux catholiques par des Juifs. Ils furent embarqués sur trois camions gardés par des soldats allemands armés de mitraillettes, puis amenés sur le champ d’aviation de Bron. A Bron, les prisonniers furent répartis par groupes de trois et contraints de rechercher, d’extraire et de désamorcer des bombes non éclatées. Vers midi, ils furent dirigés près d’un hangar pour déjeuner. L’un des détenus, Jacques Silbermann, profita de cette occasion pour s’évader. Après des menaces de représailles et de vaines recherches, les soldats allemands conduisirent les 49 détenus sur le chantier pour reprendre le travail. A 18h30, alors que les prisonniers remontaient sur un camion pour regagner Montluc, un major allemand donna l’ordre de les amener sur un autre chantier. Les 49 détenus furent conduits près de trois trous d’obus au dessus desquels ils furent exécutés par balles. Leurs corps furent ensuite recouverts de terre et de gravats.
Le matin du 18 août, 23 détenus juifs de Montluc, dont au moins 20 de la « baraque aux Juifs », furent extraits « sans bagage » de la prison et conduits dans des camions au camp d’aviation de Bron. Surveillés par des soldats allemands, ils durent reboucher les trous d’obus et déterrer et désamorcer des bombes non éclatées toute la journée. A midi, « on leur donna une portion de soupe claire ». A 18h, l’adjudant-chef Brau demanda à 20 soldats de se porter volontaires pour accompagner les détenus. A 18h30, ils chargèrent « les prisonniers sur un camion en les battant à coups de cravaches et de crosses de fusils ». Les prisonniers furent conduits près d’un grand trou de bombe. On les fit mettre en cercle autour de la fosse qu’ils commencèrent à reboucher. Les soldats portaient des bouts de tuyau en fer entourés de caoutchouc. Les détenus furent vraisemblablement battus (assommés peut-être ?) et ils reçurent chacun une balle dans la tête ou dans le corps. Le lendemain, l’adjudant-chef Brau fit recouvrir de terre et de blocs de maçonnerie la fosse dans laquelle gisaient pêle-mêle les corps des victimes.
Le 19 août, le chef de la « baraque aux Juifs », Wladimir Korvin-Piotrowsky, dû remettre « en tas » les bagages des 70 prisonniers juifs de la baraque aux autorités allemandes.
En septembre 1944, cinq charniers furent découverts sur le terrain d’aviation de Bron. Le corps de Gustave Ernest Weil fut retrouvé dans le charnier C, situé au nord du hangar numéro 13 et contenant 25 cadavres. Nous pouvons déduire grâce à différents témoignages que la fosse C contenait vraisemblablement les cadavres de 22 victimes du 18 août, les cadavres de 2 victimes du 17 août et le corps d’une femme exécutée probablement le 21 août. Il est donc difficile d’établir clairement quelle fut la date d’exécution de Gustave Ernest Weil. D’après le rapport du médecin légiste, Gustave Ernest Weil avait été tué d’une balle dans la tête. Son corps fut décrit comme suit : 1m70 environ, cheveux blonds grisonnants. Il « portait des lunettes à verres à double foyer et d’autre part une ceinture abdominale élastique ». Il fut d’abord enregistré sous le numéro 60 puis identifié le 30 octobre 1944.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article187491, notice WEIL Ernest [WEIL Gustave, Ernest] par Jean-Sébastien Chorin, version mise en ligne le 4 décembre 2016, dernière modification le 1er juillet 2021.

Par Jean-Sébastien Chorin

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, 3335W22, 3335W11, 3335W28, 3335W13, 3460W1, 3460W4, 3808W866, 3808W80, 31J66.— Bulletin de l’Association des Rescapés de Montluc, N°18, mai 1946. — Bulletin de l’Association des Rescapés de Montluc, N°23, octobre 1946.— Pierre Mazel, Mémorial de l’oppression, fasc. 1, Région Rhône-Alpes, 1945.— Site Internet de Yad Vashem.— Site Internet Geneanet.— État civil

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