GOLDENBERG Sophie (Sofia Aronovna Goldenberg, née Slonim)

Par Rachel Mazuy

Née à Kiev en décembre 1881, morte à Paris le 19 juin 1949 ; docteure en philosophie, historienne, économiste et militante révolutionnaire ; membre du Komintern.

Biographie nouvelle

Sophie Goldenberg est née Sofia Aronovna Slonim à Kiev en décembre 1881, d’un père (Aaron Issakovitch Slonim, mort en 1915) comptable et d’une mère (Sophia Ossipova, morte en 1900) femme au foyer. Elle était l’avant-dernière d’une famille de onze enfants, originaire de Novgorod-Seversk, une petite ville d’Ukraine. Elle a été élevée dans un milieu juif aisé, grâce au grand-père, « fournisseur de l’État », à qui on avait donné le titre de « citoyen émérite ».

Elle termina ses études secondaires à Moscou en 1898 et quitta le foyer parental à 18 ans. Entre 1898 et 1901, elle donna des leçons particulières à Kiev, Ekaterinoslav (de 1776 à 1926, nom donné à la ville de Dnipro en Ukraine) à, Varsovie et Berne et se livra en parallèle à la propagande révolutionnaire parmi auprès d’ouvriers et de jeunes étudiants. Elle passa un diplôme supérieur de philologie à Berne (elle suivra également des cours d’histoire à la Sorbonne en 1911).

Elle rencontra à Berne Jacques Goldenberg, étudiant en médecine, venant d’une famille plus modeste de commerçants juifs polonais, qui militait dans un mouvement d’étudiants socialistes juifs. Il s’installa ensuite à Varsovie comme médecin.

Selon son autobiographie, entre 1902 et 1904, Sophie travailla dans l’édition partisane illégale entre Ekaterinoslav, Varsovie et Berlin.

En juin 1902, elle entra (comme son mari avant elle) au parti social-démocrate polonais (PSDP). Elle participa au congrès de 1903 et devint membre du comité central du PSDP. Elle se livra alors à un travail de propagande illégal, appartenant au comité de l’organisation « militaro-révolutionnaire ». Elle prit, en 1904 à Varsovie la tête de l’école de propagande, tout en étant rédactrice en chef de « l’organe « militaro-révolutionnaire » du parti ». Elle était aussi à la tête du Cercle des employés du chemin de fer…

Ami de Rosa Luxembourg, le couple participa à la Révolution de 1905.

Sophie Goldenberg fut arrêtée et emprisonnée à la fin de l’année 1906, et condamnée aux travaux forcés. Mais le PSDP organisa sa fuite et elle émigra d’abord à Cracovie (3 mois), puis à Paris où ils arrivèrent en 1908.

Elle milita au Comité de liaison de l’émigration parisienne, où elle représenta le PSDP. Elle fut très proche des positions bolcheviques. Selon son autobiographie, en 1909, elle aurait appartenue au Bureau à l’étranger du Comité central du POSDR (Parti ouvrier social-démocrate de Russie), enseignant dans l’Ecole du Parti, travaillant auprès des Cercles de femmes organisés par Kroupskaïa. Elle devint également membre de la commission des spécialistes après le Congrès de Londres.

A Paris, Jacques Goldenberg ouvrit un cabinet et travailla également à l’hôpital, mais les débuts de leur vie parisienne furent difficiles. Peu à peu, sa clientèle grossit et la situation s’améliora. Leur fils, Léo (le futur Léo Hamon), naquit à Paris en 1908. Il fut élevé en dehors de toute religion.

Au début de la Grande Guerre, son mari fut l’un des rares bolcheviks « défensiste » à s’engager comme médecin dans l’armée française. Ils ne quittèrent donc pas la France au moment de la Révolution. Le couple se lia d’amitié avec les Rappoport, alors en exil à Paris. Charles Rappoport et sa femme habitaient d’ailleurs dans le même immeuble du 39 boulevard de Port Royal que les Goldenberg. Entre 1916 et 1918, Sophie Goldenberg souffrit d’une « névrose d’angoisse » et ne travailla pas, même si elle participa notamment à des réunions avec des intellectuels pacifistes (« Société d’études des responsabilités dans les origines de la guerre »). Après la Révolution d’octobre, Jacques Goldenberg fut brièvement incarcéré pour « propos antimilitaristes » en 1917. Il démissionna alors de l’armée (sans doute en 1918), mais ne pouvant alors partir en Russie, ils se réfugièrent dans le Val de Loire jusqu’au début de 1920, où la famille se réinstalla à Paris.

Le couple recevait alors beaucoup de militants du Comité de la IIIe internationale dont Boris Souvarine, avec qui Sophie Goldenberg correspondit au début des années vingt. Selon Léo Hamon, se sentant menacés du fait de leur militantisme intellectuel, ils quittèrent le pays en 1921 (Jacques en mai, Sophie et son fils au mois de juillet). Y eut-il un arrêté d’expulsion à leur égard, comme l’entendent certains auteurs ? Ils vécurent d’abord chez le frère de Sophie Slonim, avocat conseil exilé à Berlin après la Révolution. Quelques jours après leur arrivée en Allemagne, leur fils Léo demanda à rentrer en France pour poursuivre ses études. Dans son autobiographie sans doute datée de 1940, Sophie Goldenberg déclara, qu’entre 1918 et 1923, elle était employée par le Komintern comme « spécialiste », travaillant alors entre Paris, Moscou et Berlin. En 1922, elle possédait une carte du Parti communiste français (Section du 13e Croulebarbe). Jusqu’à la fin de 1928, le couple résidait cependant à Berlin, même s’ils firent plusieurs voyages à Moscou (Jacques Goldenberg fit partie des médecins signataires d’un bulletin de santé de Lénine en 1921 et toute la famille fit un voyage en 1923). Ils servirent aussi fréquemment d’hôtes aux militants communistes français en route pour Moscou.

Toujours selon son autobiographie, en 1924, Sophie Goldenberg devint correspondante du journal La Vie économique, alors que son mari représentait les services de santé soviétique en Europe centrale. Selon leur fils, il assurait les relations médicales et scientifiques de l’URSS avec l’Europe occidentale. Ils côtoyaient alors des militants de l’Internationale communiste comme Bela Kun ou Victor Serge.

Appelée à Moscou avec son mari à partir de 1929, elle fut d’abord, jusqu’en 1930, rédactrice en chef adjointe du journal, puis de 1930 à 1932, elle dirigea le groupe de la Commission centrale de contrôle du Commissariat du peuple à l’Inspection ouvrière et paysanne (NKRKI) à Moscou. Entre 1932 et 1935, elle passa à l’Académie communiste sur le poste de secrétaire de recherches du Président. En janvier 1933, elle obtint un diplôme d’oudarnik pour son travail durant le premier plan quinquennal. Elle militait parallèlement au MOPR (Secours rouge international). Elle séjourna en France pendant dix mois entre 1934 et 1935. Sa présence en France est attestée en juin 1935, puisqu’elle assista aux journées d’amitiés franco-soviétiques des AUS (Amis de l’Union soviétique).
Au début des années trente, les Goldenberg recevait parfois des voyageurs français chez eux. Jacques Goldenberg mourut un mois après son retour à Moscou. En 1936, Sophie Goldenberg devint consultante scientifique aux Editions OGIZ (sous tutelle du Commissariat du peuple à l’Education, le Narkompros). À partir 1937, elle fut rédactrice scientifique, Chef de la Section d’Histoire universelle de l’Institut Scientifique d’Etat « L’Encyclopédie soviétique ».
Selon Léo Hamon, pendant ces années de terreur, elle vécut avec une petite valise à portée de la main en cas d’arrestation. Elle était en effet alors domiciliée dans la « Maison du gouvernement » (appelée également Maison sur le Quai), pallier 24, appartement 484 et possédait le téléphone. Or, sur les 2000 habitants très privilégiés de la Maison, plus de 700 ont en effet été condamnés pendant cette période de purges.
Cependant, dans le « Rapport personnel concernant les cadres du Parti » la concernant (sans doute datée de 1940), il est indiqué qu’elle était passée par toutes les purges, avec des résultats positifs.

Évacuée à Kouybichev (où se trouvait la direction du Komintern) en octobre 1941, elle revint ensuite à Moscou (sans doute fin 1942 ou au cours de l’année 1943) et continua à travailler pour l’Encyclopédie soviétique. En septembre 1945, elle prit sa retraite avec une pension de 500 roubles mensuels.

Grâce aux réseaux gaullistes, Léo Hamon obtint le droit de la faire revenir en France à la fin de l’année 1946. On l’autorisa même à partir en France en emportant des archives. Elle fut d’ailleurs officiellement chargée par l’Encyclopédie soviétique, d’établir la liaison avec les Institutions françaises correspondantes (Encyclopédies, Musées, Maisons d’éditions) et d’entrer en contact avec des historiens français pour obtenir leur avis sur des articles de l’encyclopédie concernant la France. Cela devait également officiellement lui permettre de terminer sa thèse de Doctorat en Sciences historiques concernant la France. Restée communiste, elle vécut ses dernières années chez son fils.

Elle mourut en effet à Paris d’une congestion cérébrale le 19 juin 1949.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article187543, notice GOLDENBERG Sophie (Sofia Aronovna Goldenberg, née Slonim) par Rachel Mazuy, version mise en ligne le 10 décembre 2016, dernière modification le 7 décembre 2022.

Par Rachel Mazuy

Œuvres :
- « De Kant à Marx », Mémoire pour le diplôme supérieur de Philologie de l’Université de Berne, 1904.
- En plus de ses articles pour « La Vie économique » dans les années vingt, elle a publié des articles dans la presse communiste, en particulier dans : la Revue communiste, La Vie ouvrière et La Jeune Garde.
Brochures :
- « Pilsudski, c’est la guerre », 1920-1921
- « Nous et vous. L’Union soviétique et la France ».
- Articles pour la Grande Encyclopédie soviétique :
+ La Première Internationale, tome 28, p. 676-720.
+ La Première Guerre mondiale, tome 44, p. 673-702 et tome 47, p. 816-822
- Articles pour l’Encyclopédie « КСЭ » (non exhaustif) :
+ La Première Internationale, p. 538-541
+ La Seconde internationale, p. 541-542
+ L’Internationale communiste, p. 671-674
+ Rosa Luxembourg, p. 800-801
- Articles pour la Petite encyclopédie soviétique (non exhaustif) :
+ France
+ Histoire
+ La Révolution bourgeoise à la fin du XVIIIe siècle
+ La France dans la Première et la Seconde Guerre mondiale (1918-1943)
+ La guerre franco-prussienne

- Dans le guide « l’Orient proche » :
+ Iran (histoire).

SOURCES :
- Archives Léo Hamon, Centre d’Histoire de Sciences po : Autobiographie - sans doute datée de 1940 ; Certificat de décès établi par le consulat soviétique à Paris ; Certificats et autorisations établis par l’Encyclopédie soviétique en janvier et août 1946 ; Correspondances de Sophie Goldenberg avec Boris Souvarine et Charles Rappoport ; cartes diverses. [->https://www.flickr.com/photos/48921357@N03. — Rosa Luxembourg, Lettres à Léon Jogichès, 1894-1914, Paris, Denoël, nouvelle édition 2001.
- AN F7 13510, Notes russes (notamment le récit de voyage de Roger Métayer, 2 au 6 février 1922). — Témoignage de Marcel Koch. — Marc Lagana, Une vie révolutionnaire 1883-1940. Les mémoires de Charles Rappoport, Éditions de la MSH, 1991. — Léo Hamon, Vivre ses choix, Robert Laffont, 1991.

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