MARTIN Hélène, Marie

Par Julien Lucchini

Née le 10 décembre 1928 à Paris, morte le 21 février 2021 à Cordemais (Loire-Atlantique) ; auteure, compositrice, interprète, figure de la chanson « Rive-Gauche » ; un temps proche du Parti socialiste unifié (PSU) mais également des libertaires.

Fille de Jean Martin, agrégé d’histoire, professeur du secondaire puis maître de conférences à Science-Po Paris, et de Lucie Annet, mère au foyer, Hélène Martin avait une sœur, Andrée, épouse Godart. Elle grandit dans une famille qui l’initia tôt au cinéma. Durant l’Occupation, de nombreux soucis de santé la contraignirent souvent à l’alitement. Jeune observatrice des événements dramatiques qui se déroulaient alors, Hélène Martin fut profondément marquée par la politique de persécution des Juifs par le régime de Vichy et par le bombardement d’Hiroshima et Nagasaki.

Après la Libération, Hélène Martin vécut une adolescence enthousiaste et heureuse, marquée, comme ses proches amis et sa sœur, par la découverte du jazz et l’écoute des chansonniers. Dans la même période, elle devint une lectrice insatiable, dévorant les œuvres d’Albert Camus, Boris Vian, et Jacques Prévert, entre autre, qu’elle lisait alors « avec délectation ». Elle poursuivit sa scolarité jusqu’à l’année de première, puis fréquenta trois années durant l’École des arts décoratifs tout en suivant les enseignements théâtraux du cours Simon. Parallèlement à ses études et sa formation, Hélène Martin continua de se cultiver, s’ouvrit aux arts plastiques et à la peinture, et commença à fréquenter l’effervescence de Saint-Germain-des-Prés. Ayant entendu Djuri Cortez se produire sur scène, elle décida de prendre des cours de guitare avec lui, et découvrit alors avec lui les premiers accords et les harmonies sauvages (à la feuille).

Peu de temps après, ayant quitté le domicile parental, Hélène Martin chercha le moyen de subvenir à ses besoins. Aussi vendit-elle ses compétences de maquettiste pour certains magasins, sans grand succès, puis fit un remplacement improvisé sur la scène d’un bar, qui lui donna l’envie de tenter sa chance dans la chanson. Elle passa une audition à « l’Écluse », où on lui conseilla de poursuivre et de trouver un répertoire propre tout en lui donnant carte blanche pour s’y produire chaque soir. Hélène Martin débuta dès lors ses tours de chants et rencontra Cora Vaucaire, Giani Esposito, et Jacques Fabri, entre autres. Elle fit alors profession de ses performances scéniques et, avec l’aide du chanteur de cabaret André Schessler, elle se forgea un répertoire et monta sur les scènes du « Bar Vert », du « Port du Salut », de « l’Arsouille », et du « Milord », où elle fit notamment la rencontre de Serge Gainsbourg et Georges Moustaki. Francis Claude, animateur de ce dernier cabaret, fit souvent appel à Hélène Martin pour enregistrer des chansons dans le cadre de l’émission télévisée dont il s’occupait alors à l’ORTF. Ce début de carrière extrêmement animé durant deux années, avant qu’une rechute de son état de santé n’oblige Hélène Martin à retourner en sanatorium et à interrompre ses activités deux autres années durant.

C’est avec l’aide de Jean Giono, qu’elle rencontra dans ces années, qu’Hélène Martin renoua avec la chanson. Par l’intermédiaire de l’écrivain provençal, elle lia connaissance avec Lucien Jacques, qui l’encouragea à réenregistrer. Hélène Martin remonta alors sur scène et se produisit entre autres à « La Colombe » et « La Contrescarpe ». Elle élargit alors son répertoire à de nombreux poètes, parmi lesquels Louis Aragon, Raymond Queneau ou encore Pierre Seghers. Dans le début des années 1960, proche du PSU, sans jamais en être membre, Hélène Martin prit position contre la guerre d’Algérie. Dans la même période, elle se produisit à plusieurs reprises à des galas de soutien organisés par les anarchistes.

En 1961, elle fut récompensée par le Grand-Prix de l’Académie Charles-Cros. Dès l’année suivante, elle fut en contact avec Jean Genet, qui l’avait félicité pour son travail. Cette même année 1962, Hélène Martin participa, avec Jacques Marchais et Francesca Solleville, à une tournée organisée par Le Théâtre national populaire de Villeurbanne qui les conduisit dans une Algérie indépendante depuis peu.

Mais c’est en 1966 qu’Hélène Martin prit part à l’une des expériences qui, sans nul doute, la marquèrent le plus. À l’initiative entre autres de Jean Vilar, et dans le cadre du mouvement d’opposition à l’implantation de fusées nucléaires sur le plateau d’Albion (Vaucluse), elle prit part au spectacle Terres mutilées, adapté de l’œuvre éponyme de René Char, que le même Jean Vilar invita à être représenté au Festival d’Avignon et qui fit l’objet, en 1969, d’une enregistrement. En 1968, Hélène Martin prit une part active aux mouvements de soutiens aux grévistes. À l’instar de plusieurs de ses confrères, elle participa à des galas de soutiens, chanta dans des usines et accompagna des piquets de grèves.

Sur le plan professionnel, Hélène Martin avait décidé, en 1967, d’abandonner le cabaret. Installée en Provence, tout en continuant de travailler sur Paris, elle décida de rompre ses engagements contractuels avec sa maison de disque et de fonder son propre label, qu’elle nomma « Le Cavalier » et qu’elle installa à Viens, dans le Vaucluse. En 1973, un deuxième prix de l’Académie Charles-Cros vint à nouveau récompenser son œuvre. À compter de 1970, Hélène Martin devint également réalisatrice et productrice d’émissions. À ce titre, elle adapta dès 1971 le roman de Jean Giono Jean le Bleu. Par l’intermédiaire de Louis Aragon, elle avait fait la connaissance du poète chilien Pablo Neruda. En 1980, elle reçut pour la troisième et dernière fois de sa carrière le prix de l’Académie Charles-Cros.

Ayant lié connaissance avec Solange Lambergeon, Colette Audry et Yvette Roudy, Hélène Martin prit part aux mouvements féministes et, en 1983, elle réalisa un documentaire sur « La contraception ». L’année suivante, elle permit de remettre à l’honneur l’œuvre de Jean Genet en adaptant Le condamné à mort sous forme d’opéra-poème, au théâtre Romain Rolland de Villejuif (Val-de-Marne). En 1986 et 1988, elle fut récompensée par deux fois par la SACEM pour l’ensemble de son œuvre. En 1986 également, elle fut décorée dans l’Ordre national des Arts et des Lettres.

Si Hélène Martin se fit davantage discrète dans les années qui suivirent, son œuvre fut à plusieurs reprises l’objet d’hommages et de redécouvertes. En 1998, Étienne Daho reprit son adaptation de Genet. En 2009, elle fut invitée à se produire au théâtre des Bouffes-du-Nord et, l’année suivante, elle sortit Voyage en Hélénie, coffret de treize CD retraçant l’ensemble de sa carrière.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article187680, notice MARTIN Hélène, Marie par Julien Lucchini, version mise en ligne le 13 décembre 2016, dernière modification le 25 février 2021.

Par Julien Lucchini

SOURCES : Entretien (novembre 2016) et correspondance avec Hélène Martin. — Coupures de presse. — Sites Internet.

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