GABAY Léon

Par Jean-Sébastien Chorin

Né le 17 avril 1887 à Cheil Sali (Empire ottoman, Turquie), exécuté sommairement le 17 ou 18 août 1944 à Bron (Rhône) ; de nationalité turque ; commerçant ; résistant dans les Mouvements unis de Résistance (MUR) à Valence (Drôme)

Léon Gabay était le fils de Sadia et de Sultana Fils. Il s’installa en France en 1905 ou 1906. Le 13 juin 1914, il se maria à Valence (Drôme) avec Julie Félicie Cohen. Il eut quatre enfants : Suzanne née en 1915, Isidore né en 1917, Sadi né en 1918 et Ginette née en 1922. Le 24 février 1938, Léon Gabay fit une demande de naturalisation qui fit l’objet d’une décision d’ajournement notifiée le 6 juillet 1939.
En septembre 1939, ses deux fils furent mobilisés. Engagés dans les combats de 1940, Sadi Gabay fut capturé par les Allemands et Isidore Gabay reçut une citation.
En 1941, Léon Gabay demeurait 4 boulevard Philippe Pétain (boulevard Général de Gaulle) à Valence. Il exploitait un commerce de tissus et de bonneterie. Il se rendait régulièrement à Lyon (Rhône) pour acheter des marchandises nécessaires à son négoce. En tant qu’étranger, il était contraint de se faire délivrer par la gendarmerie un sauf-conduit pour chaque voyage. Afin de circuler plus librement, il écrivit le 15 février 1941 au préfet du Rhône pour solliciter une carte de circulation temporaire renouvelable tous les mois. Le 27 février 1941, le préfet de la Drôme transmit sa demande au préfet du Rhône avec avis favorable, Léon Gabay étant père de quatre enfants français. Le 21 mars, le préfet du Rhône répondit positivement à la demande de Léon Gabay.
Léon Gabay s’engagea dans la Résistance en septembre 1942. Il devint membre des Mouvements unis de Résistance (MUR). Il distribua des tracts et journaux clandestins. Il cacha des personnes traquées, Italiens recherchés par la Gestapo, Juifs, réfractaires au Service du travail obligatoire ou résistants. Il aida financièrement et matériellement ces clandestins, servit de relais pour les placer et participa à la constitution de faux papiers.
En 1944, Léon Gabay vivait 12 boulevard du Maréchal Pétain à Valence. Son logement était situé au premier étage de l’immeuble et son magasin de confection au rez-de-chaussée. Le 4 août 1944, vers 15 heures, Léon Gabay fut arrêté dans sa boutique par « l’équipe François ». Il fut appréhendé en tant que juif et, d’après différents témoignages, également en tant que résistant. Sa fille Suzanne Gabay fit le récit après-guerre des circonstances de son arrestation et de sa détention à Valence : « il a été arrêté […] par une équipe de jeunes gens français affiliés à la Gestapo. […] Il était seul du fait que nous étions, ma mère, frères et ma sœur, réfugiés à Chabeuil. Il est resté sous la garde de la Police Allemande cinq jours environ place Aristide Briand à Valence, où il a été torturé par l’équipe qui l’avait arrêté. J’ai vu mon père, trois jours après son arrestation, dans les cachots de la " Feldgendarmerie " qui m’a fait part de ce que je déclare ci-dessus (torture et arrestation). Il m’a également fait part que l’équipe " François ", je crois, lui avait demandé la somme de un million. Je signale qu’ayant été roué de coups il a eu toutes les peines à me reconnaître. » Le cinquième jour, Léon Gabay fut transféré par les Allemands à la prison de Montluc (Lyon) et incarcéré dans la « baraque aux Juifs ».
Le 14 août 1944, eurent lieu des bombardements sur la base aérienne de Bron (Rhône). Devant l’ampleur des dégâts, les Allemands décidèrent de faire travailler sur le camp d’aviation des détenus juifs de la prison de Montluc.
Le 17 août, à 9 heures du matin, 50 prisonniers furent extraits « sans bagage » de la « baraque aux Juifs ». Le gardien Wittmayer fit l’appel et, à la dernière minute, les Allemands remplacèrent deux catholiques par des Juifs. Ils furent embarqués sur trois camions gardés par des soldats allemands armés de mitraillettes, puis amenés sur le champ d’aviation de Bron. A Bron, les prisonniers furent répartis par groupes de trois et contraints de rechercher, d’extraire et de désamorcer des bombes non éclatées. Vers midi, ils furent dirigés près d’un hangar pour déjeuner. L’un des détenus, Jacques Silbermann, profita de cette occasion pour s’évader. Après des menaces de représailles et de vaines recherches, les soldats allemands conduisirent les 49 détenus sur le chantier pour reprendre le travail. A 18h30, alors que les prisonniers remontaient sur un camion pour regagner Montluc, un major allemand donna l’ordre de les amener sur un autre chantier. Les 49 détenus furent conduits près de trois trous d’obus au dessus desquels ils furent exécutés par balles. Leurs corps furent ensuite recouverts de terre et de gravats.
Le matin du 18 août, 23 détenus juifs de Montluc, dont au moins 20 de la « baraque aux Juifs », furent extraits « sans bagage » de la prison et conduits dans des camions au camp d’aviation de Bron. Surveillés par des soldats allemands, ils durent reboucher les trous d’obus et déterrer et désamorcer des bombes non éclatées toute la journée. A midi, « on leur donna une portion de soupe claire ». A 18h, l’adjudant-chef Brau demanda à 20 soldats de se porter volontaires pour accompagner les détenus. A 18h30, ils chargèrent « les prisonniers sur un camion en les battant à coups de cravaches et de crosses de fusils ». Les prisonniers furent conduits près d’un grand trou de bombe. On les fit mettre en cercle autour de la fosse qu’ils commencèrent à reboucher. Les soldats portaient des bouts de tuyau en fer entourés de caoutchouc. Les détenus furent vraisemblablement battus (assommés peut-être ?) et ils reçurent chacun une balle dans la tête ou dans le corps. Le lendemain, l’adjudant-chef Brau fit recouvrir de terre et de blocs de maçonnerie la fosse dans laquelle gisaient pêle-mêle les corps des victimes.
Le 19 août, le chef de la « baraque aux Juifs », Wladimir Korvin-Piotrowsky, dû remettre « en tas » les bagages des 70 prisonniers juifs de la baraque aux autorités allemandes.
En septembre 1944, cinq charniers furent découverts sur le terrain d’aviation de Bron. Le corps de Léon Gabay fut retrouvé le 21 septembre dans le charnier C, situé au nord du hangar numéro 13 et contenant 25 cadavres. Nous pouvons déduire grâce à différents témoignages que la fosse C contenait vraisemblablement les cadavres de 22 victimes du 18 août, les cadavres de 2 victimes du 17 août et le corps d’une femme exécutée probablement le 21 août. Il est donc difficile d’établir clairement quelle fut la date d’exécution de Léon Gabay. D’après le rapport du médecin légiste, il avait été tué d’une balle dans la tête. Son corps fut décrit comme suit : 1m70, barbe et cheveux bruns grisonnants. On trouva sur lui trois mouchoirs portant les initiales « G.G. », « J.G. » et « L.A. ». Il fut d’abord enregistré sous le numéro 54 puis identifié par sa femme le 24 octobre 1944. Son corps fut inhumé au cimetière de Bron puis transféré au cimetière de Marseille (Bouches-du-Rhône).
La carte de Combattant volontaire de la Résistance lui fut accordée le 24 novembre 1954. Le titre d’interné résistant lui fut refusé au motif qu’il avait été arrêté parce qu’il était juif. Le titre d’interné politique lui fut attribué en 1956. Il ne fut pas homologué FFI. Il n’obtint la mention Mort pour la France qu’en 2015.
Pendant la guerre, Julie Félicie Gabay fut spoliée de tous ses biens par la Milice et perdit son frère pendu à Lyon par les Allemands.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article187829, notice GABAY Léon par Jean-Sébastien Chorin, version mise en ligne le 17 décembre 2016, dernière modification le 27 novembre 2020.

Par Jean-Sébastien Chorin

SOURCES : DAVCC, Caen, dossier de Léon Gabay.— Arch. Dép. Rhône, 3335W22, 3335W11, 3460W1, 3460W4, 829W301, 3808W866, 31J66.— SHD, Vincennes, inventaire de la sous-série 16P.— Bulletin de l’Association des Rescapés de Montluc, N°18, mai 1946.— Bulletin de l’Association des Rescapés de Montluc, N°23, octobre 1946.— Pierre Mazel, Mémorial de l’oppression, fasc. 1, Région Rhône-Alpes, 1945.— Site Internet de Yad Vashem.

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