CARRÉ Eugène, Émile, Pierre

Par Gilles Morin, Claude Pennetier

Né le 1er mai 1887 à Évron (Mayenne), mort le 10 août 1956 au Mans (Sarthe) ; menuisier aux chemins de fer de l’État ; secrétaire général de l’UD-CGT de la Sarthe ; secrétaire de la section socialiste SFIO du Mans ; maire adjoint du Mans.

Fils de paysans (son père avait quatre-vingt-un ans à la naissance de son fils), Eugène Carré fut orphelin dès l’âge de douze ans. Après un apprentissage de menuisier, il se maria en septembre 1908 à Assé-le-Bérenger (Mayenne). Il fut mobilisé en 1914 dans les chasseurs à pied et blessé à Verdun en 1916.

Démobilisé en 1919, il entra à la Compagnie des chemins de fer de l’État. Le journal La République sociale de l’Ouest lui attribuait les fonctions de secrétaire du syndicat général des ouvriers du Bâtiment du Mans (Sarthe). Le mouvement syndical de la Sarthe était alors animé par Jules Pottier. Pour des raisons inconnues, celui-ci abandonna le secrétariat général de l’Union départementale à Eugène Carré au congrès du 10 juillet 1921. Tous deux soutenaient les thèses majoritaires qui reçurent l’appui de onze syndicats sur dix-huit (deux minoritaires, deux abstentions, trois absents). Carré fut secondé par Rochereau (secrétaire administratif), Bouquet (trésorier) et Hallier (trésorier adjoint). Le nouveau secrétaire général représenta la Sarthe au congrès confédéral de Lille (25-30 juin 1921) et vota en faveur du bureau confédéral. Dans La Vie ouvrière du 23 septembre 1921, Pierre Monatte* accusa Carré d’avoir violé les décisions de sa commission administrative en votant la résolution majoritaire au comité confédéral des 19-21 septembre 1921. La commission administrative de l’UD, réunie le 28 septembre, lui infligea un démenti en approuvant le vote de son mandataire par neuf voix contre une et neuf abstentions. La scission syndicale de décembre 1922 n’affecta pas gravement l’UD.

Un congrès départemental de réorganisation réélut Carré en mars 1922. On trouvait à ses côtés : Bellœuvre, secrétaire administratif, Pottier, secrétaire adjoint, Hallier, trésorier général, Meslin, trésorier adjoint, Lanos, archiviste et bibliothécaire. Celui du 14 janvier 1923 fit de même et vota le rapport moral à l’unanimité des seize syndicats représentés (sur dix-huit inscrits). On ne notait aucun changement dans la composition du bureau à l’exception du remplacement de Pottier, secrétaire adjoint démissionnaire, par Hamon, des cheminots. Les effectifs stagnèrent jusqu’en 1924. Carré constatait, lors du XVe congrès départemental tenu le 3 février 1924 : « À la date du 31 décembre, vingt organisations composent l’UD, deux autres sont venues s’ajouter. Malheureusement comme vous pouvez le constater, très peu de nos organisations ont progressé. Par contre, plusieurs autres ont nettement périclité. » (La République sociale de l’Ouest, 24 février 1924.) Le Peuple du 21 février 1928 attribuait trente-quatre syndicats à l’UD au 1er janvier 1928 et donnait un état des timbres confédéraux distribués : 1922 : 18 767 timbres (soit près de 2 000 adhérents) 1923 : 20 513, 1924 : 21 829, 1925 : 29 091, 1926 : 38 439, 1927 : 39 564. Eugène Carré laissa le secrétariat de l’UD à Jean Kompf* en 1929. Il était alors administrateur de la chambre d’apprentissage de la Sarthe.

Militant socialiste actif probablement depuis 1919 (en 1947, il se disait militant socialiste depuis vingt-huit ans), Eugène Carré s’opposa à l’adhésion à l’IC et accepta de représenter la SFIO à de nombreuses élections, surtout après son départ de la direction de l’UD-CGT. Aux élections de mai 1924, une liste du Cartel des gauches composée de deux socialistes et de quatre radicaux emporta les six sièges. Après la mort des députés socialistes Heuzé et Barbin et l’élection au Sénat du radical Breteau, des élections législatives eurent lieu le 27 février 1927. Le Parti radical ayant refusé la proportion - deux candidats socialistes et un radical -, la fédération socialiste SFIO présenta une liste dirigée par Maurice Monier* et composée de Carré, trésorier adjoint de la fédération, et de Jules Pottier. Les électeurs donnèrent une large majorité à la liste d’Union nationale (30 621 voix sur 108 149 inscrits et 84 253 votants). Carré obtint 10 106 voix, soit 9,3 % du nombre des inscrits. Candidat aux élections législatives d’avril 1928, mai 1932, avril 1936, dans la circonscription de la Flèche, il vit son nombre de voix passer de 2 788 (12 %) à 4 671 (20,5 %), puis 6 159 (27,3 %).

Eugène Carré fut élu conseiller municipal du Mans en 1925, puis maire adjoint en 1929. Il se présenta, sans succès semble-t-il, aux élections du conseil général dans divers cantons : octobre 1931 à Mayet, octobre 1934 au Lude, octobre 1937 à Pontvallain.

Membre du « comité de coordination des forces antifascistes de la Sarthe » en juillet 1935, il était secrétaire de la section socialiste SFIO du Mans en novembre 1936.

Premier adjoint au maire du Mans en 1945, Carré, qui était toujours membre de la SFIO en 1944, rejoignit le PCF après avoir milité pour l’unité et la constitution d’un grand parti ouvrier français. Il figura en troisième position sur la liste du PCF en octobre 1947 et participa à un meeting communiste avec Cachin le 10 octobre 1947. Il démissionna de la SFIO et fut exclu par la commission fédérale des conflits du 11 octobre 1947. Après la victoire du RPF, il rejoignit Jean-Yves Chapalain.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article18785, notice CARRÉ Eugène, Émile, Pierre par Gilles Morin, Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 20 octobre 2010.

Par Gilles Morin, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat. F7/13014 ; F1c/II/248 ; CAC, 19940500, art. 217. — Arch. OURS, dossiers Sarthe. — Le Populaire, 4 octobre 1934. — L’Aurore socialiste, 12 octobre 1947. — R. Jarry, Les Communistes au cœur des luttes, op. cit. — Le Peuple, 10 mars 1922, 21 février 1928. — La République sociale de l’Ouest, 1919-1937. — Le Travailleur sarthois, 1928. — Notes de Gilles Morin. — État civil d’Évron.

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