CARREZ Jules

Par Jean-Marie Alix, Nathalie Lambert

Né le 20 juillet 1903 à Nods (Doubs), mort le 27 octobre 1985 à Besançon (Doubs) ; instituteur ; responsable du courant École émancipée dans le SNI ; résistant ; adjoint au maire de Valentigney (1947-1953).

Fils d’Émile Carrez, instituteur, ami de Louis Pergaud, radical et anticlérical modéré, et d’Ernestine Œuvrard, domestique, issu d’une famille de paysans, proche de la nature et des gens, Jules Carrez passa son enfance et son adolescence à Vercel. Il y suivit les cours de l’école primaire. Préparé par son père, il entra à l’École normale d’instituteurs de Besançon en 1920, où il eut deux « modèles » : le directeur Numa Magnin et Marcel George, professeur, qui furent pour beaucoup dans ses divers engagements citoyens (pacifisme non contradictoire avec le patriotisme, école libératrice, laïcité, démocratie, luttes sociales, art et littérature en particulier). Leurs influences expliquèrent aussi son adhésion aux idées de la Libre pensée et sa participation à la création, en 1932, de l’Association des membres libres penseurs de l’enseignement public. Il puisa, chez ces deux référents, son dévouement professionnel allié à des conceptions pédagogiques empreintes d’humanisme.
Titulaire du brevet supérieur, Carrez obtint un CAP à l’école de Battant à Besançon le 10 novembre 1923. Après son service militaire (novembre 1923-mai 1925) dans le train et le service de santé, il termina l’année scolaire à Vercel et y enseigna ensuite pendant quatre années. Parallèlement, il obtint à la Faculté de Besançon des certificats de licence de littérature française (1926, 1928), d’histoire moderne et contemporaine et apprit le latin en autodidacte.
Nommé en juin 1929 à Valentigney, dans le Pays de Montbéliard, Carrez développa son action de pédagogue. Il épousa en août 1929 Lucie Laub, institutrice à Taillecourt, fille d’un communiste. Il adopta une démarche militante syndicale, adhérant depuis 1926 à la Fédération unitaire de l’enseignement, et fut un des secrétaires de la section départementale. Après 1936, il fut un des dirigeants de la section départementale du Syndicat national des instituteurs. Il participait aux congrès nationaux, y intervenait, écrivait régulièrement dans la presse syndicale nationale et départementale. Il fut, à la fin des années 1930, le responsable national des « Amis de l’Ecole émancipée ».
Politiquement « proche des révolutionnaires », mais « méfiant vis-à-vis de toute organisation », Carrez adhéra au Parti communiste « plus par sympathie que par militantisme » et le quitta au début de 1932. Avec Marcel Ducret, Louis Renard et Lucien Hérard, il participa à la fondation de la Fédération communiste indépendante du Doubs et à son hebdomadaire, Le Travailleur, à partir du 28 avril 1932, dans lequel il écrivait épisodiquement tout en assurant la trésorerie. La FCID se transforma en Fédération communiste indépendante de l’Est, lors du congrès constitutif à la coopérative de Valentigney, « La Fraternelle », le 20 novembre 1932. Membre de sa commission exécutive, il en devint le trésorier.
Réserviste depuis mai 1925, Carrez fut mobilisé le 3 septembre 1939. Un temps à Morvillars (Territoire de Belfort), puis à Épernay (Marne), secrétaire au « Groupe sanitaire de Ravitaillement » du 7e Corps d’Armée, en Alsace et dans la Marne, pendant l’exode, avec une bicyclette « empruntée », il arriva à Ax-les-Thermes (Ariège). Démobilisé le 21 juillet 1940, il retrouva son poste à Valentigney pour la rentrée scolaire en septembre 1940. Le 26 mars 1941, un arrêté préfectoral le déplaça à Maîche. À la suite d’une demande de rapprochement de son domicile, l’autorité académique le nomma à Blamont pour la rentrée 1942.
Carrez rejoignit le mouvement de résistance Libération-Nord en avril 1942. Muni d’une fausse carte d’identité au nom de Jean Courtot, il sillonna la région, enrôla, centralisa les renseignements sur l’occupant recueillis par une équipe d’hommes venus d’horizons différents sous son autorité, rédigea des messages transmis à Londres. Il cacha des voisins juifs, des résistants, confectionna de fausses pièces d’identité, repéra des terrains de parachutages, recruta des volontaires versés aux Forces françaises de l’intérieur (FFI) du maquis du Lomont, qu’il contribua à créer. En 1944, il composa le comité de Libération du Pays de Montbéliard, feuille clandestine, dont il fut, avec Marcel Compagne (CFTC) et Georges Reverbori (socialiste), le principal rédacteur. De juillet à septembre 1944, parurent une dizaine de numéros ronéotypés. Dès mars 1944, membre du Comité départemental de Libération, en délégation dans le Pays de Montbéliard, il participa, à ce titre, à l’organisation de l’après-Libération jusqu’en juin 1946.
Le 1er novembre 1944, Carrez fut réintégré dans ses fonctions au cours complémentaire de Valentigney où il appliqua puissamment des principes pédagogiques, inspirés pour l’essentiel de l’École moderne impulsée par Célestin Freinet. Il occupa ce poste jusqu’à sa retraite en 1958.
Animé d’un profond sens social, Carrez, aux élections municipales des 19 et 26 octobre 1947, fut élu sur la liste socialiste et sympathisants menée par Charles Hentzler, maire sortant qui s’opposait à celle soutenue par Peugeot. Le 12 novembre 1947, avec 13 voix sur 21 votants, il fut désigné comme adjoint complémentaire, vice-président de trois commissions (voirie ; éclairage, forêts, instruction publique ; sports, gestion du personnel municipal). La liste républicaine et d’entente ouvrière sur laquelle il figurait en mai 1953, toujours conduite par Charles Hentzler, fut battue.
Le 2 décembre 1944 sortit au grand jour Libération du Pays de Montbéliard, organe du Rassemblement populaire de la Résistance, hebdomadaire dont Carrez fut directeur bénévole. Le journal se fit l’écho de ses sentiments anticapitalistes, de sa lutte contre la bourgeoisie, de son engagement pour l’épuration des municipalités, de la mémoire de la Résistance... Le journal disparut le 31 janvier 1948 après avoir publié, à partir de 1947, Le Nouveau Diairi, almanach montbéliardais.
Carrez devint le secrétaire de la section du Doubs du SNI. Lors du congrès national à Grenoble, le 24 juillet 1946, il intervint après le rapport du secrétaire général Aigueperse* pour dénoncer « la pause syndicale demandée à la CGT et au SNI ». Il prit aussi la parole au congrès suivant, le 19 juillet 1947, sur la « crise syndicale ». Lors de la réunion du bureau national, le 23 septembre 1947, il fut désigné pour participer à la commission extraordinaire « à mandat limité » chargée de faire des propositions pour la réorganisation du syndicat. Il fut notamment décidé que le prochain bureau national serait désigné à la proportionnelle. Aussi figurait-il parmi les vingt candidats de la liste « d’indépendance et d’action syndicale », conduite par Marcel Valière*. Le 28 décembre 1947, il obtenait 167 voix et n’était pas élu. Lors du congrès du SNI des 22-24 mars 1948, sa première intervention portait sur les questions corporatives, et notamment l’indemnité de résidence, la deuxième sur la question de l’affiliation.
Carrez s’impliqua constamment pour la défense de la laïcité, dans le combat anticolonialiste, contre la guerre d’Algérie, pour la défense de la République, dans la campagne du « non » au référendum en 1958... Opposant à l’ordre établi, il revendiquait son libre arbitre éclairé.
Après sa retraite en 1958, Carrez, qui faisait du livre le moteur de toute libération intellectuelle, devint bibliothécaire de la bibliothèque municipale de Valentigney et initia son développement.
Convaincu qu’il y avait une réussite potentielle en chaque enfant, Carrez déposa, en 1959, les statuts de l’association du Centre médico-psycho-pédagogique de Sochaux-Montbéliard dont il assura les fonctions de directeur pédagogique et administratif, puis de secrétaire-trésorier. Il anima aussi le club Rencontre, créé en 1964, qui offrait chaque année des soirées culturelles.
Le Journal Officiel du 19 janvier 1965 annonçait la constitution de l’Association des amis de Louis Pergaud. Carrez, « pays » de l’écrivain franc-comtois, en était le secrétaire. Il organisa une exposition Louis Pergaud à Montbéliard en novembre 1970.
Homme de « culture populaire », érudit, écrivain, auteur de nombreux articles, Carrez fit partie du jury et du comité de lecture de la guilde L’Amitié par le Livre, longtemps dirigée par Henri Frossard. Veuf en 1975, Carrez se retira chez son fils (voir Gilbert Carrez*) à Besançon.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article18811, notice CARREZ Jules par Jean-Marie Alix, Nathalie Lambert, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 21 mai 2017.

Par Jean-Marie Alix, Nathalie Lambert

ŒUVRE : Par les prés, par les monts, à travers les forêts. 99 Récits de la nature, présentés par JC et René Poirier, Gründ, 1958. — Du laboureur au cosmonaute. 70 beaux métiers, textes choisis par JC, Gründ, 1962. — Florilège poétique de Lucien Jacques, Blainville, L’Amitié par le Livre, 1962. — Les Hommes et leurs forêts, textes choisis par JC, A. Bonne, 1973.

SOURCES : Presse syndicale. — Notice DBMOF, par Jean Prugnot. — Nathalie Lambert et Jean-Marie Alix, Jules Carrez 1903-1985. Convictions et Engagements d’un Instituteur dans le Pays de Montbéliard, Belfort, Réalgraphic, 2003. — Renseignements fournis par l’intéressé à Jacques Girault en 1975.

ICONOGRAPHIE : L. Bouët, Trente ans de combats, op. cit., p. 487.

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