LENORMAND Charles, Auguste [Jean]

Par PIerre Baudrier

Né vers 1794 à Amsterdam, commissaire de police à Nantes puis à Toulouse.

Né vers 1794 à Amsterdam, commissaire de police à Nantes puis à Toulouse, âgé de 45 ans en 1841, destitué et condamné pour avoir pris le parti de la municipalité face au procureur général qui lui réclamait un rapport sur les événements de 1840 à Toulouse provoqués par la nouvelle répartition départementale de la taxe personnelle et mobilière et de l’impôt sur les portes et fenêtres, contemporains du banquet réformiste d’Arago. Selon le maire, un tel rapport, « échappant à toute criminalité », n’était pas exigible par le pouvoir judiciaire. Lenormand et le procureur Plougoulm, deux types de fonctionnaires face à un mouvement insurrectionnel, furent destitués tous les deux faute d’atteindre à l’idéal du commissaire extraordinaire Maurice Duval envoyé à Toulouse fin 1841. La méthode de Duval était le recours à la force armée, le respect des formes de droit les plus répressives. Il s’était illustré à Grenoble début 1832, à la fin de l’année il avait participé personnellement à l’arrestation de la duchesse de Berry dans le repaire des dames Duguigny à Nantes – il y était préfet -. Lenormand lui aussi y était, étant à l’époque commissaire de police à Nantes. Plougoulm, lui, se flattait d’être et de rester honnête homme dans les situations les plus difficiles. C’était trop peu pour le pouvoir. Lenormand représente un autre type et au-delà. Il dialogue avec le peuple en armes. Passe encore qu’un policier ait droit à des habiletés spéciales mais Lenormand intervenait dans le cours des événements au risque de le précipiter, il cherchait à déstabiliser le préfet et le procureur pour illustrer sa maîtrise de la situation. Du moins l’espérait-il. Plougoulm reconnaîtra avoir eu un mot malheureux, le préfet, sauvant par la fuite l’existence de sa famille et la sienne, se sera destitué lui-même. Lenormand est le plus déstabilisé, étonnant par une imprudence rare, exprimant en privé le fond de sa pensée, révélant de petites habilités sans prévoir que ses propos seront reproduits tels quels, voire amplifiés, jusque dans la presse locale et nationale. « Je suis dégommé », dit-il de lui-même. « Tant mieux ! » pense-t-il et dit-il des déboires d’un rival. Maurice Duval destituera les hommes en place l’un après l’autre, Plougoulm avant Lenormand mais celui-ci, accusé plus gravement, prend la fuite. C’est par contumace qu’il est condamné pour crimes de corruption et de concussion à la dégradation civique et à 400 francs d’amende. Intercepté, il sera ramené à Toulouse.
Alors qu’un Maurice Duval aura été égal à lui-même à Grenoble, à Nantes et à Toulouse, nul doute que pour Lenormand l’arrestation à Nantes de la duchesse de Berry n’ait présenté moins de périls que la répression des événements de Toulouse.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article188167, notice LENORMAND Charles, Auguste [Jean] par PIerre Baudrier, version mise en ligne le 31 décembre 2016, dernière modification le 24 juillet 2019.

Par PIerre Baudrier

SOURCES : Gazette des Tribunaux, 1er au 9 décembre 1841. – Journal des débats politiques et littéraires, 15 janvier 1841, 1ère p. 3e col. ; 23 et 25 juillet 1841 ; 3 août 1841, p. 2, col. 2 ; 5 novembre 1841, p. 3, 1ère col. ; 30 novembre 1841, p. 2, 3e col. ; 3 décembre 1841 (Jean), 3 février 1842 ; 25 juillet 1842, p. 3, col. 2 ; 11 novembre 1842, p. 2, 3e col.

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