CLÉMENT Roger, Jules, Albert dit Albert

Par Daniel Grason

Né le 19 janvier 1913 à Voisines arrondissement de Sens (Yonne), mort le 4 mars 1986 à Fleury-Mérogis (Yvelines) ; instituteur dans la Seine ; militant communiste ; déporté.

Roger Clément
Roger Clément

Fils d’André et de Marguerite née Philippeau, Roger Clément vivait 63 rue de l’Amiral Mouchez à Paris (XIIIe arr.). Il eut un brillant parcours scolaire, titulaire du Brevet supérieur et du Baccalauréat (1ère et 2ème partie). Il adhéra au Parti communiste dans les années 1930. De la classe 1933, recrutement d’Auxerre, il a été mobilisé en septembre 1939 et démobilisé en avril 1941.
Il fut interpellé le 19 novembre 1942 à la station de métro Alésia par des policiers de la 6e Division d’interpellation de la police municipale. Il portait un paquet d’un millier de tracts intitulés : « À la mémoire de Georges Politzer et de Jacques Solomon », dans un paquet plus petit furent découverts huit paquets d’enveloppes portant les adresses d’instituteurs de province, ainsi que trois listes d’adresses d’instituteurs de la Seine-et-Oise, ainsi qu’une somme de mille francs.
Roger Clément tenta de prendre la fuite dans la foule, mais fut interpellé par deux policiers. Emmené au poste, interrogé, il déclara que les tracts lui avaient été remis le matin même à 9 heures 30 devant le Théâtre du Châtelet par Louis, ainsi que mille francs destinés à l’achat de timbres postes pour l’expédition du courrier. Les policiers saisissaient 1 195,55 francs sur lui, sa carte d’identité, divers papiers à son nom, un porte-monnaie, quatre petites clefs, un bracelet montre, un mouchoir, un foulard, deux ceintures, une cravate et une paire de lacets.
Sur sa carte d’identité figurait comme domicile le 5 rue Broca à Paris (XIIIe arr.). Les policiers s’y rendirent, il s’agissait d’un hôtel où Roger Clément logea le 19 septembre 1941 et du 11 novembre 1941 au 30 avril 1942. Selon la tenancière, Il y vécut seul, il y passait quelquefois pour vérifier si du courrier n’était pas arrivé, et ne fréquentait aucun locataire.
Au 63 rue de l’Amiral Mouchez, il logeait dans une chambre-studio, cuisine et W.C. Un inspecteur nota : « ll y demeure seul. Le logement paraît habité, mais tout semble si bien rangé, si bien protégé par housses, naphtaline et le défaut de compteur à gaz et provisions alimentaires, qu’il est permis de supposer que ce n’est là qu’un logement accessoire. » Six mille sept cent soixante-dix francs et soixante-dix centimes furent découverts dans un livre de mathématique.
Consultée la concierge déclara qu’il n’y demeurait pas régulièrement. Elle précisa qu’il ne fréquentait personne, ne recevait aucune visite et n’avait à sa disposition ni chambre de bonne ni cave.
Dans son logement les policiers saisissaient des lettres et cartes de correspondance, une carte d’identité à son nom délivrée par la mairie de sa commune de naissance ainsi que deux livres que les policiers qualifiaient « de documentation communiste. » Dans son vestiaire de l’école primaire de garçons rue Vandrezanne dans le XIIIe arrondissement, rien ne fut saisi.
Livré aux policiers de la BS1, il y fut interrogé le lendemain. Roger Clément affirma n’avoir jamais été membre du Parti communiste avant la guerre, mais sympathisant. Il assista à des meetings, était adhérent du Syndicat national des instituteurs, apporta son soutien en faveur des républicains espagnols. Selon les déclarations de Roger Clément il fut contacté par un militant qui lui demanda d’entrer en action en faveur du Front national. Il lui donna le programme, puis le recontacta quelques jours plus tard.
Ils se rencontrèrent quelques jours plus tard sur le boulevard des Italiens, à la hauteur de la rue de la Chaussée-d’Antin (IXe arr.), Roger Clément donna son accord à militer au Front national, il fut présenté à « Robert ». A un second rendez-vous « Robert » était accompagné de « Paul » qui lui remettait des tracts à diffuser par la voie postale et de l’argent pour l’achat d’enveloppes et de timbres.
Roger Clément choisissait comme pseudonyme son troisième prénom « Albert ». Il rencontra « Robert » tous les mardis à des heures et des endroits différents. Il n’eut aucune difficulté à s’expliquer sur les deux livres saisis Misère de la philosophie de Karl Marx, Et l’acier fut trempé de Nicolas Ostrovski, des classiques qui étaient lus par les militants communistes jusque dans les années soixante. Quant à l’argent saisi chez lui, c’était en partie ses économies. Il fit part aux policiers qu’il avait un rendez-vous de prévu le mardi 24 novembre à 18 heures avenue des Gobelins à l’angle du boulevard Saint-Marcel avec « Robert » qui devait lui fixer un rendez-vous avec « Paul-Louis ». Il en fit un signalement précis : « un mètre soixante-dix à un mètre soixante-douze environ, coiffé d’un béret basque, cheveux bruns, visage ovale plein, teint mat, les yeux d’une couleur foncée, visage complètement rasé. Il est habituellement vêtu d’un pardessus bleu marine ou noir sans martingale, son pantalon est d’une couleur assez sombre à rayures, chaussé de cuir noir. Il est âgé d’environ 35 ans. Il n’a aucun autre signe distinctif. »
Deux inspecteurs furent chargées d’interpeller « Robert », ils firent chou blanc. Les policiers demandèrent des explications à Roger Clément. Il confirma, ne comprenait pas « Robert a toujours respecté jusqu’ici nos rendez-vous… »
Le mercredi 25 novembre, un dépôt de tracts avait été découvert tout près de son domicile, interrogé, il assura l’ignorer. Il déclara « À ce jour, j’ai diffusé avec les moyens que je vous ai indiqués, environ 6 000 exemplaires de tracts communistes. »
Il fut condamné à deux ans de prison et 1 200 francs d’amende. Il a été emprisonné à la prison de la Santé, puis à la centrale de Poissy, enfin le 16 septembre 1943 à Blois dans le Loir-et-Cher. Le 18 février 1944 il était à Compiègne d’où il partit le 22 mars dans un convoi de 1 218 hommes à destination de Mauthausen en Autriche.
Roger Clément a été transféré le 17 avril 1944 à Loibl Pass avec cinquante-six autres détenus de ce convoi. Les détenus creusaient un tunnel routier entre l’Autriche et la Slovénie. Les détenus furent libérés par les partisans de Tito dans la nuit du 7 au 8 mai 1945. Matricule 59747 a été rapatrié à Mulhouse le 19 juin 1945.
Il a été homologué Déporté interné résistant (DIR).
Roger Clément, membre du comité de rédaction de L’École libératrice, était membre du secrétariat national de l’Union française universitaire à sa création.
Il se maria en septembre 1948 à Joigny (Yonne) avec Rose, Albertine Callé, fille d’un commis des postes, professeur.
Son décès fut annoncé par l’Humanité du 12 mars 1986.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article188334, notice CLÉMENT Roger, Jules, Albert dit Albert par Daniel Grason, version mise en ligne le 30 mai 2020, dernière modification le 30 mai 2020.

Par Daniel Grason

Roger Clément
Roger Clément

SOURCES : Arch. PPo. Rapport de quinzaine des Renseignements généraux, 25 novembre 1942, 221 W 17. – Bureau Résistance GR 16 P 13355. – Site "www.monument-Mauthausen.org". – Presse nationale. – Notes de Jacques Girault.

Photographie : Arch. PPo. GB 146

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