LÓPEZ Miguel

Par André Balent

Né en 1914 à La Carolina (province de Jaén, Andalousie, Espagne) , exécuté sommaire le 29 mai 1944 à Badaroux (Lozère) ; très vraisemblablement militant du Parti communiste d’Espagne (PCE), en Espagne avant 1939, clandestin en France ; résistant en France (Lozère), militant du PCE clandestin, militant de la UNE (Unión nacional española), membre de l’AGE (Agrupación de guerrilleros españoles), chef de la 15e brigade (Lozère) de l’AGE, détaché au maquis Bir Hakeim (AS)

Langogne (Lozère) 1941, Miguel López au centre, à gauche José Acevedo Garcia, premier chef de la 15e brigade de l’AGE, à gauche Corcino Suarez
Langogne (Lozère) 1941, Miguel López au centre, à gauche José Acevedo Garcia, premier chef de la 15e brigade de l’AGE, à gauche Corcino Suarez
Source : AERI, op. cit., 2006.

Miguel López naquit à La Carolina, gros bourg du nord-est de l’Andalousie, dans la Sierra Morena dont la population agricole travaillait dans des oliveraies mais qui disposait aussi, sur son territoire, de mines de plomb qui fournissaient du travail à la main d’œuvre locale. Sa mère était prénommée Magdalena.
Célibataire, il s’engagea dès 1936 dans une des milices antifascistes formées afin de lutter contre le coup d’État militaire du 18 juillet 1936. Après la militarisation des milices, il appartint à l’Armée populaire de la République espagnole. Il participa aux combats contre les franquistes jusqu’à la Retirada de janvier-février 1939 en Catalogne. Il devait donc se trouver en Catalogne depuis au moins avril 1938. Il fut interné dans un camp (pu des camps) de la côte des Pyrénées-Orientales avant d’intégrer une CTE (Compagnie de travailleurs étrangers) transformées ensuite par Vichy en GTE (Groupement de travailleurs étrangers). En 1942, il était affecté au 321e GTE de Chanac (Lozère). Celui-ci le détacha comme domestique agricole chez un paysan des Cévennes lozériennes, Hugon, propriétaire la ferme de Chavaniels (commune du Collet-de-Dèze). Sur le territoire de la commune du Collet-de-Dèze, se trouvait aussi une mine d’antimoine où travaillaient des membres du GTE.
Les Cévennes lozériennes étaient devenues un lieu de regroupement de maquis et le Collet-de-Dèze, sur l’axe de communications d’Alès (Gard) à Florac (Lozère) — route nationale 106 et chemin de fer à voie étroite des Chemins de fer départementaux reliant de Sainte-Cécile d’Andorge à Florac, avec une gare au Colle-de-Dèze, en correspondance avec la ligne SNCF Nîmes-Clermont-Ferrand — était très fréquenté par les réfractaires et les mouvements de Résistance. On peut supposer que, dans un lieu si propice, López put étoffer des contacts avec des compatriotes désireux d’en découdre avec les troupes d’occupation et les collaborationnistes. Les responsabilités auxquelles il accéda dans l’AGE laisse supposer qu’il était affilié au PCE, comme la quasi-totalité des cadres de cette organisation armée. Convoqué à Chanac le 2 juillet 1943 à la direction du GTE, afin de recevoir une nouvelle affectation le nord de la Lozère, il ne s’y rendit pas et plongea dans une totale clandestinité.
Au Collet-de-Dèze, était également présent José Garcia Acevedo, cadre du PCE, ancien professeur dans un collège de Madrid et ancien lieutenant-colonel de l’Armée populaire de la République espagnole affecté pendant la guerre civile au 15e corps d’armée. Garcia Acevedo et López furent membres du premier maquis espagnol de la Lozère installé à Chatusse près du Collet-de-Dèze. L’indépendance de cette formation armée de l’AGE posa problème aux dirigeants de la résistance lozérienne. Henri Cordesse le reconnut en 1990 dans une lettre adressée à l’historien Hervé Mauran : selon lui, l’« existence de formations de Guérilleros très marqués par une ‘‘identité politique’’ en même temps que par un style particulier de tactique et de commandement créait une situation difficile pour la Résistance française organisée ». Garcia Acevedo fut le premier chef de la 15e brigade de l’AGE (Lozère). À la fin de 1943, après que ce dernier eut été nommé à la tête de la 1e division de l’AGE (Hautes-Pyrénées, partie des Basses-Pyrénées, Gers), ce fut Miguel López qui prit la tête de la 15e brigade de l’AGE. Le maquis de Chatusse abrita aussi près du mas de l’Anglaise l’état-major de la 3e division de l’AGE qui groupait les brigades du Gard de la Lozère et de l’Ardèche et dont le chef était Cristino Garcia Grandas qui commandait aussi la 21e brigade (Gard).
En mars et en avril 1944, la 15e brigade organisa plusieurs sabotages dans des installations industrielles lozériennes : le 3 mars à la mine de bauxite de Saint-Privat-de-Vallongue, les 2, 10 et 11 avril à la mine d’antimoine et à l’unité de de la raffinerie de ce minerai au Collet-de-Dèze, les 12 et 14 avril, l’outillage de l’unité de fabrication de charbon végétal de Villefort.
Ce fut Garcia Grandas qui, en sa qualité de chef de la 3e division de l’AGE, décida le détachement d’un groupe de ses guérilleros au maquis Bir Hakeim. (pour mettre des hommes à l’abri de la répression et en les faisant bénéficier de l’armement important dont disposait Bir Hakeim ?) Celui-ci fut prélevé sur les 21e et 15e brigades et le commandement fut confié à Miguel López secondé par Francisco Peña alias « Paco » (qui, le 28 mai, en mission à Langogne, échappa à la tuerie de La Parade). L’état-major de la 3e division décida aussi l’intégration à Bir Hakeim d’un groupe de la UNE/AGE de la région de Langogne, au nord-est de la Lozère ; mais les suites du massacre de la Parade, le 28 mai, l’empêcha. Le 12 mai 1944, le groupe de l’AGE — une vingtaine d’hommes — gagna, avec deux camions, le grand hôtel du Fangas où cantonnait Bir Hakeim. Bir Hakeim répartit ses effectifs en trois groupes : les « Internationaux » en majorité des Allemands, les Espagnols issus de l’AGE, les Français, en majorité des jeunes réfractaires du STO. López, d’après le témoignage de Francisco Peña recueilli par Hervé Mauran, manifesta des divergences avec le chef de Bir Hakeim Jean Capel sur la façon d’assurer la sécurité du campement.
Capel informé des menaces qui pesait sur Bir Hakeim, décida son déplacement vers le causse Méjean pendant la nuit du 25 au 26 mai. Il est vraisemblable que López, membre de l’état-major du groupement de Bir Hakeim (un autre groupement du maquis se trouvait dans l’Hérault, commandé par Paul Demarne et était en route pour le causse Méjean où il ne parvint jamais, tout comme le groupe de l’AGE de Langogne — car il fut, entre temps, mis au courant de l’issue du combat tragique de La Parade) ait voyagé, entre le Fangas et La Parade, avec la colonne motorisée du maquis.
Le 27 mai, en soirée, López se trouvait au « château » Lapeyre de La Borie (petit hameau, à proximité de La Parade) où l’état-major avait établi ses quartiers : avec Capel, il donna l’ordre à Saturnino Gurumeta (qui survécut au massacre et apporta, à plusieurs reprises, son témoignage sur le déroulement des combats) de quitter son poste de mitrailleur au nord du hameau afin de s’occuper de la préparation des repas. Il soutint donc, pendant la journée du 28 mai (Voir La Parade (commune de Hures-La Parade (Lozère), 28 mai 1944), le siège du « château » par les troupes d’occupation (essentiellement des soldats arméniens de l’Öst Legion dépêchés depuis Mende), sans participer aux deux malheureuses tentatives de sorties au cours desquelles périrent plusieurs membres de l’état-major de Bir Hakeim à commencer par le chef, le commandant Barot (Capel). Miguel López avait été grièvement blessé pendant les combats. Ayant, malgré tout poursuivi le combat et n’ayant plus de munitions, il se rendit vers 16 heures, ainsi que les autres maquisards avec lesquels il se trouvait. Le capitaine allemand Lange leur avait promis la vie sauve. (Sur la participation des Espagnols au combat de La Parade, voir aussi : Sánchez Manuel). Transportés à Mende dans des camions de la Légion arménienne, les vingt-sept prisonniers de La Parade furent livrés à la Sipo-SD du chef-lieu de la Lozère. López et les autres prisonniers furent torturés. Ils furent conduits, le lendemain au ravin de Tourette (commune de Badaroux, Lozère) en contrebas du talus de la voie ferrée de La Bastide-Puylaurent à Marvejols.
López fut inhumé le 29 mai près du village de Badaroux. Son acte de décès a été dressé en mairie de Badaroux le 16 juin 1945. Il est le seul, parmi des vingt-cinq fusillés identifiés de cette exécution à ne pas porter en marge la mention de « mort pour la France ». Toutefois, Émile Peytavin un des chefs de la Résistance lozérienne, obtint sa promotion, à titre posthume au grade de capitaine FFI avec effet rétroactif du 22 mai 1944 (la date de son incorporation à Bir Hakeim). Il fut décoré à titre posthume de la Croix de guerre avec étoile d’argent et reçut, le 29 octobre 1946 une citation signée par le général Ollier, commandant la IXe région militaire (Marseille) dans laquelle on peut lire notamment : « Officier d’une valeur exemplaire. Encerclé à La Parade le 28 mai 1944, après la mort de son chef, le commandant Barot, a continué le combat jusqu’à épuisement des munitions ».
Son nom figure sur le monument de La Parade, construit en mémoire des morts de Bir Hakeim, les 28 et 29 mai 1944. Il est inscrit sur les deux stèles de la Tourette (Badaroux, Lozère) érigées en la mémoire des vingt-sept exécutés du 29 juin 1944. Il est également gravé à Mourèze (Hérault) sur le grand mémorial érigé en l’honneur des maquisards de Bir Hakeim morts au combat ou exécutés entre septembre 1943 et août 1944.
Voir Ravin de la Tourette (Badaroux, Lozère), 29 mai 1944

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article188430, notice LÓPEZ Miguel par André Balent, version mise en ligne le 7 janvier 2017, dernière modification le 1er avril 2018.

Par André Balent

Langogne (Lozère) 1941, Miguel López au centre, à gauche José Acevedo Garcia, premier chef de la 15e brigade de l'AGE, à gauche Corcino Suarez
Langogne (Lozère) 1941, Miguel López au centre, à gauche José Acevedo Garcia, premier chef de la 15e brigade de l’AGE, à gauche Corcino Suarez
Source : AERI, op. cit., 2006.
Badaroux (Lozère) 29 juillet 1944 : le corps de Miguel López après son exécution
Badaroux (Lozère) 29 juillet 1944 : le corps de Miguel López après son exécution
Source : AERI, op. cit., 2006

SOURCES : Éveline & Yvan Brès, Un maquis d’antifascistes allemands en France (1942-1944), Montpellier, les Presses du Languedoc/Max Chaleil éditeur, 1987, 348 p. [p. 226, p. 233]. — Narcisse Falguera (éd.), Guerrilleros en terre de France. Les Républicains espagnols dans la Résistance française, Pantin, Le temps des cerises, Amicale des anciens guérilleros, 2004, 316 p. [p. 135, pp. 137-138]. — Hervé Mauran, Espagnols rouges. Un maquis de républicains espagnols en Cévennes (1939-1946), Nîmes, Lacour, 1995, 255 p. [pp. 96-97, p. 119, pp. 121-122, 141n]. — Association pour des études sur la Résistance intérieure (AERI), Association départementale des Anciens de la Résistance de Lozère, ANACR Lozère, La Résistance en Lozère, CDROM, accompagné d’un livret, 27 p., Paris, 2006. — Site MemorialGenWeb consulté le 17 novembre 2016.

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