MARTY François [Corrèze]

Par Jean Louis Ponnavoy, Michel Thébault

Né le 4 mars 1901 à Beynat (Corrèze), exécuté sommairement le 30 novembre 1944 à Pforzheim (Bade-Wurtemberg, Allemagne) ; prêtre du Prado et aumônier des prisons lyonnaises ; résistant du mouvement Combat et du réseau SR Alliance.

François Marty était le fils de Jean Marty, cultivateur, âgé de 44 ans et de Françoise Champ, cultivatrice, âgée de 34 ans. Il effectua son service militaire puis divers petits métiers avant de reprendre ses études à Neuilly-sur-Seine (Seine, Seine-Saint-Denis).
En 1921, il entra au séminaire des "Missions étrangères", puis en 1931 au séminaire de Tulle (Corrèze) et en 1934, au séminaire d’Autun (Saône-et-Loire). En 1937, il fut ordonné prêtre à Autun. En 1938, il entra au Prado, une œuvre à vocation sociale et religieuse fondée en décembre 1860 à Lyon par le père Antoine Chevrier dans le but de « travailler au redressement moral, civique et social des enfants et des jeunes gens des deux sexes, par le moyen de la religion ». François Marty fut rapidement nommé économe de la maison du Prado de Limonest (Rhône), une maison acquise par le Prado en 1872 et transformée par le père Chevrier en maison de formation des prêtres et des membres du Prado. Ayant choisi d’orienter son engagement vers les détenus des prisons, il devint également aumônier des prisons Saint-Paul et Saint-Joseph, à Lyon.
Il fut mobilisé en septembre 1939 comme maréchal des logis d’artillerie au 21e Régiment d’Artillerie Divisionnaire, rattaché à la 24ème Division d’infanterie. Son régiment étant stationné sur le front du Nord - Est, il passa toute la « drôle de guerre » aux confins du Bas-Rhin et de la Moselle. Fin mai 1940, la 24ème DI fut ramenée dans le secteur au sud d’Amiens dans un premier temps pour essayer de reprendre la ville puis pour contenir sur la Somme l’avancée allemande. Dans les combats du 5 au 8 juin 1940 auxquels participa François Marty, le 21e RAD eut de nombreux tués, blessés et prisonniers. C’est très certainement lors de ces combats et de la retraite qui s’en suivit que François Marty fut fait prisonnier. Il fut interné dans un stalag de Prusse orientale. Transféré en Lorraine pour y exercer son ministère d’aumônier, il en profita pour s’évader, parvint à franchir la ligne de démarcation pour revenir en zone libre et regagna Lyon en 1941, où il retrouva son poste d’aumônier des prisons Saint-Paul et Saint-Joseph dès le mois d’octobre. Reprenant au sein du Prado, son engagement social et religieux, il milita pour une réforme du système pénitentiaire et fonda l’"Œuvre des prisons", association chargée d’apporter de l’aide matérielle aux prisonniers et favoriser leur réinsertion sociale. Chaque jour les détenus recevaient un colis. Ne pouvant tout assumer seul, il organisa en 1942, le premier congrès des aumôniers pénitentiaires. A la demande du mouvement Combat, il accepta de devenir agent de liaison entre les détenus résistants et la Résistance et entra également par ce biais au réseau de renseignements militaires Alliance, au début de l’année 1942. Lors de ses sermons à la prison Saint-Paul, il transmettait des messages à mots couverts. Domicilié à l’évêché de Lyon, il servit comme point de chute sur la région de Lyon secteur "Villa" avec le matricule "W.13". Il transportait des valises dont l’une contenant un poste émetteur et cachait du petit matériel pour le réseau.
Il fut arrêté le 12 septembre 1943 par la Gestapo suite à une dénonciation et incarcéré à la prison de Montluc puis transféré à la prison de Fresnes (Seine, Val-de-Marne) et déporté vers l’Allemagne au départ de Compiègne pour être incarcéré à la prison de Pforzheim (Bade-Wurtemberg, Allemagne) le 25 janvier 1944.
Son cas fut-il instruit dans un dossier d’accusation de la Gestapo de Strasbourg comme la plupart des autres détenus dans les prisons allemandes ? Auguste Gerhards qui a recensé les archives du Tribunal de guerre du Reich retrouvées à Prague ne mentionne pas son nom. De toute évidence il ne fit pas l’objet d’un jugement.
Devant l’avance des Alliés sur le Rhin le 30 novembre 1944, il fut extrait de sa cellule ainsi que 17 autres hommes et 8 femmes appartenant comme lui au réseau Alliance. Après un simulacre de libération, ils furent tous conduits en camion à la forêt de Hagenschiess, à quelques kilomètres de Pforzheim et abattus d’une balle dans la nuque par les agents de la Gestapo de Strasbourg, Julius Gehrum, Brunner, Howold, Buchner et Irion, puis jetés dans une fosse recouverte ensuite de terre et de branchages.
Leurs corps furent exhumés par les autorités françaises le 19 mai 1945 et mis par des civils allemands dans des cercueils devant lesquels la population de Pforzheim dut défiler au cours d’une émouvante cérémonie. Ils furent inhumés au carré spécial du cimetière communal de Pforzheim, dans une tombe collective.
Le corps de François Marty fut rapatrié à Strasbourg puis inhumé au cimetière de son village natal, Beynat (Corrèze) le 6 janvier 1948.
Il fut classé déporté politique par la commission départementale de contrôle de la Corrèze le 15 novembre 1947 et fut homologué comme chargé de mission de 3e classe de la DGER (Direction générale études et recherches) avec le grade de sous-lieutenant.
Il obtint la mention "Mort pour la France" le 19 mai 1947 et la mention "Mort en déportation" par arrêté du 10 novembre 1994.
Son nom figure sur le monument aux morts de Beynat (Corrèze), sur la plaque commémorative à sa mémoire à l’entrée de la prison Saint-Paul, à Lyon 2e arrondissement et sur la stèle commémorative du réseau Alliance, à Pforzheim (Allemagne).
Son nom a également été donné au jardin du Centre d’échanges de Perrache, à Lyon.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article188627, notice MARTY François [Corrèze] par Jean Louis Ponnavoy, Michel Thébault, version mise en ligne le 13 janvier 2017, dernière modification le 28 mai 2021.

Par Jean Louis Ponnavoy, Michel Thébault

SOURCES : Dossier AVCC Caen.— Mémorial de l’Alliance, 1948.— Musée du diocèse de Lyon "François Marty 1901 - 1944 - Œuvre des prisons".— Histoire du Prado — Mémorial GenWeb.— État civil.

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