CHEVALIER Henri

Par Régis Le Mer, mise à jour par Marie-Cécile Bouju

Né le 24 décembre 1905 à Lyon (4e arr., Rhône), mort le 2 janvier 1957 à Lyon (2e arr., Rhône). Maître imprimeur, résistant, imprimeur clandestin (Combat, Libération, Franc-Tireur, Coq enchaîné), radical socialiste, franc-maçon.

Fils de Joseph Chevalier, papetier, et de Marie Anne Henrioud,Henri Chevalier est né le 24 décembre 1905 à Lyon 4e arr. (Rhône). Il a été formé au métier d’imprimeur par son père. Le 25 novembre 1933, il s’est marié au Puy (Haute-Loire) avec Mélina Mazet. Le couple eut un enfant au moins.

L’imprimerie-papeterie de la Liberté située au 40 Cours de la Liberté dans le quartier de la Guillotière avait été fondée en 1885 et a été longtemps gérée par Joseph Chevalier, le père d’Henri. A l’orée de la Seconde Guerre mondiale, si Joseph est encore présent lorsqu’il y en a besoin, c’est surtout son fils Henri qui exploitait l’atelier. Joseph a ouvert un café au nord du quartier lyonnais de la Croix-rousse, le « clos champêtre ». L’atelier réalisait tout type d’imprimés, de catalogues et était équipé pour les travaux en couleurs ; la papeterie commercialisait toutes les fournitures de bureau et fabriquait en interne tout type de registres.

Henri Chevalier, comme son père, était radical-socialiste et franc-maçon (membre de la loge Bienfaisance et Amitié, Grand Orient de France). Dans leurs parcours et leurs choix idéologiques, tout comme dans leur réseau relationnel, cela a son importance. Ils furent d’ailleurs rapidement fichés par le Service des Sociétés Secrètes, sans que l’on puisse déterminer si ce fichage leur ait porté préjudice.

Dès l’armistice, Henri Chevalier refusa la défaite. Il fut démobilisé le 19 juillet 1940 et imprima d’emblée des slogans sur des bandes de papier gommé. Il savait l’importance de l’écrit sur les consciences. Il les collait partout : dans les tramways, sur les mains courantes des ponts, sur les réverbères, etc. L’objectif était de réveiller les consciences. Son ami Georges Dunoir, comme lui franc-maçon et radical-socialiste, le rejoignit dans cette entreprise dès qu’il fut démobilisé fin juillet 1940. Ces premiers slogans se transformèrent très vite en papillons plus élaborés. Chevalier demanda par la suite à un ami linotypiste au Lyon républicain - Pierre Harry, appartenant également à Bienfaisance et Amitié - de l’aider à composer des tracts qu’il imprimerait. Chacun amenait ses amis qui, à leurs tours, propageaient les imprimés. Plusieurs rejoignirent le petit groupe : Marcel Chapelle, Henri Villard, Francisque Babey, Edouard Ehni, etc.

Lorsque fut fondé à Lyon au cours de l’année 1941 le Comité Maçonnique de la Résistance, Chevalier siégeait comme représentant de sa loge. Le Comité organisa un service de fausses cartes d’identité. Il aidait à des passages en Suisse, essayait d’apporter une aide matérielle à ceux qui en avaient besoin, francs-maçons ou non. Il préparait le retour de la franc-maçonnerie pour l’après-guerre.

En 1941, la presse clandestine commençait à se développer. Le mouvement Combat en particulier voulait sortir son journal. Son chef, Henri Frenay, faisait déjà imprimer « l’ancêtre » de Combat, Les Petites Ailes, chez un imprimeur de Villeurbanne, Joseph Martinet, mais il fallait davantage de production. Henri Chevalier fut, dès lors, l’un des premiers imprimeurs et l’un des plus réguliers de Combat. Ce fut René Cerf-Ferrière qui sollicita Chevalier et Jean Demachy apportait à Chevalier les compositions et la fourniture.

Après Combat, l’un des trois autres grands mouvements de zone sud, à savoir Franc-Tireur sollicita Chevalier. Ce fut Antoine Avinin, l’un des fondateurs du mouvement, connaissant Dunoir qui servit d’intermédiaire. Chevalier et Dunoir travaillèrent, en effet, dès décembre 1941 pour Franc-Tireur. Seul Avinin et le responsable de Franc-tireur, Jean-Pierre Lévy, connaissaient l’adresse du 40 cours de la Liberté. Le 1er décembre 1941, Franc-tireur sortait des presses.

A cette époque, Dunoir et Chevalier commençaient également à composer des tracts à la demande des communistes. Chevalier et Dunoir n’étaient pas sectaires. Ils acceptaient de tout imprimer ou presque. Même Libération passa sous leurs presses, a priori par l’entremise de Edouard Ehni évoqué plus haut et qui fut arrêté en même temps que Chevalier, Dunoir, etc en septembre 1942. Seul Témoignage Chrétien ne fut, semble-t-il, pas imprimé par l’atelier ! Dunoir et Chevalier restaient des chantres de la laïcité. Dunoir et Chevalier eurent un différend avec les cadres de Franc-Tireur si bien que la collaboration tourna court. Cela n’empêcha par Dunoir d’accepter, à cette époque, de composer Le Père Duchesne (dirigé et rédigé par Georges Altmann et Elie Péju), journal satyrique qui ne connut que quatre numéros. Mais Chevalier étant très occupé, ce fut Auguste Juhan (également membre de Bienfaisance et Amitié) qui l’imprima jusqu’à son arrestation en septembre 1942.

A partir de fin 1941, Chevalier commençait à réfléchir avec Dunoir sur la rédaction de leur propre journal, Le Coq Enchaîné dont le premier numéro paraît en mars 1942. Le journal devint bientôt un mouvement et Henri Chevalier faisait partie du comité directeur. « Le Coq » était rapidement publié à 30 000 exemplaires.

Henri Chevalier et son père Joseph furent arrêtés lors d’un vaste coup de filet contre la Résistance lyonnaise le 25 septembre 1942 : furent, en effet, également arrêtés Georges Dunoir, Auguste Juhan et son associé Louis Bessey, Antonin Jutard (franc-maçon), Lucien Degoutte (franc-maçon), Edouard Ehni, Paul Guillaume, etc. Le motif de toutes ces arrestations étaient des infractions au décret du 1er septembre 1939 qui visait en général les communistes ou en tout cas les « subversifs ». Joseph Chevalier fut relâché dès le 12 octobre et Henri Chevalier fut interné jusqu’au 24 octobre 1942 à Saint-Paul puis remis en liberté. Ce furent l’imprimeur Auguste Juhan et Georges Dunoir qui semblaient être considérés comme les meneurs et furent été les plus sévèrement châtiés. Ces deux derniers furent transférés à la prison d’Eysses puis déportés en Allemagne. A sa sortie, Henri Chevalier reprit immédiatement la lutte.

Outre la presse clandestine, Chevalier gravait des tampons et fabriquait des faux papiers comme les pièces d’identité ou des attestations de permissions pour les requis du Service du Travail Obligatoire (STO) qu’il faisait parvenir en Allemagne. Il devint ainsi un spécialiste de l’impression des caractères allemands sur la place de Lyon et on vint le voir spécialement pour cela. Ainsi, certains militaires qui gardaient le souhait de fonder une armée s’interrogeaient sur la manière de procéder compte tenu des restrictions (en hommes) imposées par l’occupant. Le capitaine d’artillerie René Bousquet eut pour mission de former trois groupes d’artillerie par le commandant De Linarès, chef du 2e bureau. Pour ce faire, il eut l’idée de faire revenir des officiers prisonniers en Allemagne. Cinquante officiers revinrent des Oflags, une dizaine entra dans la Résistance. Paul Morel imprimait tandis qu’Henri Chevalier se chargeait de graver les caractères d’imprimerie allemands. Maurice Picard, capitaine des Forces Françaises Combattantes (l’un des responsables du Service de Noyautage des administrations publiques) attesta également avoir sollicité Chevalier pour le service impression de Combat et surtout pour les faux papiers, notamment « allemands », car l’imprimerie Chevalier était à peu près la seule, à Lyon, à posséder ces caractères gothiques évoqués plus avant.

Henri Chevalier appartint également au réseau de renseignement Andromède-Athènée et ses services ont été validés comme agent P1 du 1er août 1943 au 4 février 1944. En effet, le 4 février 1944, la Gestapo fit irruption à l’atelier. Une composition linotype compromettante du Coq Enchaîné était prête et visible sur le plan de travail. Henri Chevalier réussit à la faire tomber et toute la composition s’écroule en « pâte ». Le principal fut sauvé. Malgré tout, une enveloppe fut découverte. Elle contenait six fausses cartes d’identité avec photos, tamponnées mais non libellées. Il fut arrêté, transféré au siège de la Gestapo avenue Berthelot, puis à la prison Montluc. Il fut interrogé à de multiples reprises. Le 22 mars 1944, le convoi qui l’emporta vers le camp de transit de Compiègne (Oise) quitta la gare de Perrache vers 6 heures du matin. Avec des codétenus, il mit en place une tentative d’évasion qui échoua. Le 6 avril, il fut placé dans un convoi à bestiaux à 80 par wagon, sans nourriture ni eau. Le 8 avril, vers 17 heures, le train arriva enfin en gare de Mauthausen. Comme la moitié des détenus de ce transport, il fut affecté au Kommando de Melk où il était employé à creuser une usine souterraine. Henri Chevalier travailla également, par la suite, au Kommando de Ebensee (Autriche). Pour sa part, il se portait volontaire pour des petits travaux manuels, plus techniques, ce qui lui permit d’échapper au pire et à une mort quasi inéluctable.

Henri Chevalier fut libéré le 6 mai et rapatrié le 24 mai 1945. A son retour, Henri Chevalier pesait 36 kilos. Il revint de déportation très affaibli, méconnaissable et marqué à vie. Il reprit son activité, mais il devait tout reconstruire. Après sa déportation, son magasin avait été pillé et dévasté.

On sait moins qu’Henri Chevalier et son père furent venus en aide à une famille juive originaire de Yougoslavie, la famille Altarac.

Henri Chevalier est décédé le 2 janvier 1957 à Lyon (2e arr., Rhône). Une rue - celle du café “le clos champêtre” à la Croix-Rousse (limite Caluire) – porte aujourd’hui le nom d’Henri Chevalier dans le 4e arrondissement de Lyon et une plaque fut apposée au-dessus de la porte du 40 cours de la Liberté à Lyon en 1961.

Dès le 21 mai 1943, la Médaille de la Résistance lui fut décernée. Le 10 novembre 1945, il obtint la Croix de guerre 1939 avec étoile de bronze. Il fut fait chevalier de la légion d’honneur en février 1949 et a reçu la mention "Mort pour la France" en 1971. Le titre de Juste lui est décerné au nom de l’État d’Israël par le mémorial de Yad Vashem en janvier 2017.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article188687, notice CHEVALIER Henri par Régis Le Mer, mise à jour par Marie-Cécile Bouju, version mise en ligne le 15 janvier 2017, dernière modification le 22 mars 2019.

Par Régis Le Mer, mise à jour par Marie-Cécile Bouju

SOURCE : CHRD fonds Picard Ar. 1551 ; - ADR 3678W17, ADR fonds du comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale 31J5, 31J36 et 48, 31J49, 31J55 et 121, 31J119, 31J120, 31J126 ; - Archives familiales Paulme/Altarac ; - Alban Vistel, La nuit sans ombre, Fayard, 1970, p. 207 ; - SHD GR 16 P 127152 ; - Marcel Ruby. Mémorial du coq enchaîné, Lyon : Centre régional de recherche et de documentation pédagogiques, 1976 : témoignage d’Henri Chevalier.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément