CASANOVA Antoine, François, Dominique

Par Frédérique Matonti

Né le 4 juin 1935 à Marseille (Bouches-du-Rhône), mort le 4 octobre 2017 à Versailles (Yvelines) ; universitaire ; rédacteur en chef de La Nouvelle Critique (1967-1976), directeur de La Pensée depuis 1978 ; membre du comité central (1970-1993), puis du bureau politique du PCF (1987-1992) ; conseiller municipal de Versailles (Yvelines)..

Antoine Casanova naquit à Marseille dans le quartier de la Belle-de Mai, mais grandit pour l’essentiel en Corse, à Corte. S’il s’agissait là d’une région « très croyante », au catholicisme « à la fois effrayant et enchanteur », il y était impensable de ne pas mettre ses enfants à l’école laïque. Lorsqu’il fut élève au lycée de Corte, grâce à son aumônier, devenu par la suite évêque de Corse, il lut aussi bien Thomas d’Aquin, Augustin que Spinoza et Jean-Paul Sartre. Son père, parce qu’il venait d’une famille de paysans sans ressources, devint militaire de carrière à dix-huit ans - il servit ainsi en Afrique, au Tonkin et en Syrie – et était sergent-chef en 1935, avant d’être fonctionnaire aux impôts. Sa mère n’avait pas de profession. Pupille de la Nation à partir de 1948, tandis qu’il était d’une sensibilité démocrate-chrétienne, Antoine Casanova fait remontrer à l’année 1943, à l’Occupation et à la Résistance en Corse, le tout lointain début de ses sympathies pour le communisme.
C’est à Marseille, où il alla en classes préparatoires au lycée Thiers, entre 1952 et 1955, et à Aix, où il passa sa licence d’histoire, un certificat d’histoire du christianisme et obtint son CAPES d’histoire, qu’il fit ses études supérieures. Maurice Agulhon fut son professeur au lycée Thiers et Georges Duby son professeur à Aix. C’est également là qu’il fréquenta la paroisse Saint-Michel et ses prêtres-ouvriers, mais aussi l’abbé Combaluzier, « teilhardin », alors que Teilhard de Chardin était interdit par l’Église. D’abord membre de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC), puis membre du Mouvement de la paix, où il avait été amené par ses croyances religieuses, et dans un contexte de lutte contre la guerre d’Indochine et contre la guerre nucléaire, il entra en 1953 au Parti communiste, toujours à Marseille.
Marié en août 1957 à Saint-Laurent-du-Var (Alpes-Maritimes), avec Maryse Nirascou, avec laquelle il eut une fille, Michèle, née en 1960, il monta à Paris en 1958 pour faire son stage de Capes. Il fréquenta alors Maurice Godelier et François Hincker à la Cité Universitaire d’Antony. C’est en 1962 que, par l’intermédiaire de ce dernier, il fut contacté par Jacques Arnault, rédacteur en chef de la revue communiste, La Nouvelle Critique, pour y traiter des bouleversements que connaissait alors l’Église catholique, en plein concile Vatican II. Il participa ensuite à la mise en route de la nouvelle formule de cette revue, représentative de la rénovation interne du PCF, notamment dans le domaine de la culture, après le comité central d’Argenteuil en mars 1966. Devenu rédacteur en chef de cette nouvelle formule dont le premier numéro parut en février 1967, il occupa ce poste jusqu’en 1976. C’est à cette époque, et en lien avec François Hincker, qu’il lança une série d’entretiens avec les historiens importants de la période. Celle-ci, centrée notamment sur la place de l’événement, sur le lien entre structure et histoire, et sur les rapports entre l’histoire et les autres sciences sociales, donna lieu à la publication d’Aujourd’hui l’Histoire, aux Éditions sociales. C’est toujours à ce moment, et en tandem avec Francis Cohen, le directeur de la revue, que La Nouvelle Critique s’intéressa à la psychanalyse, à l’anthropologie de Claude Lévi-Strauss et à la sociologie. Si elle le fit prudemment, il n’en restait pas moins qu’elle ouvrit là des dossiers souvent demeurés « tabous » depuis la guerre froide et la phase jdanovienne de la revue. C’est enfin la période où elle se lia avec les revues Tel Quelet Les Cahiers du cinéma, avant que celles-ci ne deviennent maoïstes.
La concurrence croissante entre les partis liés par le Programme commun de gouvernement, la domination progressive au sein du groupe dirigeant du PCF de ceux qui voyaient d’abord l’union comme un « combat », mais aussi sa propre « lassitude » étaient quelques-unes des raisons qui présidèrent à la mise en place d’une nouvelle équipe à la tête de La Nouvelle critique. Antoine Casanova fut alors « mis à La Pensée », dont il devint le rédacteur en chef en 1977.
D’abord professeur d’histoire en lycée, à Valenciennes, à Chartres, puis au lycée Jules Ferry de Versailles, après sa démobilisation à l’automne 1962, il devint assistant à l’Université de Besançon à la rentrée 1970, puis maître de conférences en 1976. Spécialiste d’ethno-histoire, il fit sa thèse d’État avec Pierre Vilar, puis avec Albert Soboul et Michel Vovelle, et la soutint en 1988.
Sa carrière politique fut constamment ascendante jusqu’à sa « retraite » politique. Élu au Comité central en 1970 - il y fut néanmoins maintenu suppléant au congrès suivant, signe de défiance, sans doute dû à la dimension très unitaire de la revue qu’il animait -, il y suivit les problèmes des Chrétiens auprès de Roland Leroy, puis de la Fédération de la Corse entre 1986 et 1991. Au bureau politique, où il siégea entre fin 1987 et 1992, ce furent les questions d’école, de culture et de religion dont il eut en charge. Après sa retraite de l’enseignement en 1996, il appartint jusqu’en 2003 au comité fédéral des Yvelines. Candidat aux élections législatives en 1973 dans la quatrième circonscription (Marly-Les Clayes sous Bois- La Celle Saint Cloud) de ce même département, il arriva en quatrième position (8 208 voix sur 60 685 inscrits). Il fut élu, en 2001, sur la liste de gauche plurielle à Versailles, conseiller municipal dans l’opposition. De même, participa-t-il, à la Fondation Gabriel Péri et à sa revue FondationS. Si les crises successives qui traversèrent le PCF depuis la fin des années 1970 le touchèrent, elles n’ébranlèrent pas pour autant ses croyances. Attentif aux mouvements contre la mondialisation, soucieux des modifications du capitalisme, et par conséquent des bouleversements de son époque, il entend se démarquer des courants communistes qui sont, dit-il, révolutionnaires comme on l’était dans les années 1930. Pour 32eme congrès du PCF (avril 2003), il signa un texte alternatif "Une contribution nécessaire pour un Congrès de changement effectif".
Antoine Casanova demeurait ainsi fidèle sans être pour autant un orthodoxe.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article18872, notice CASANOVA Antoine, François, Dominique par Frédérique Matonti, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 17 février 2018.

Par Frédérique Matonti

ŒUVRE : Techniques, société rurale et idéologie en France à la fin du XVIIIe siècle, Paris, Belles Lettres, 1978. — Le Concile vingt ans après, Éditions Sociales, 1985. — Les Outils et les hommes, transitions, révolutions, P. SEPIRM (Recherches Marxistes), 1989. — Paysans et machines à la fin du XVIIIe siècle : essai d’ethnologie historique, Presses universitaires Franc-Comtoises, 1991. — Identité corse, outillage et Révolution française, CTHS-Comité des Travaux, 1996. — Napoléon et la pensée de son temps. Une histoire intellectuelle singulière, Paris, Boutique de l’Histoire, 2001. — Avec François Hincker (dir.), Aujourd’hui l’histoire, Paris, Éditions Sociales, 1974. — Avec Félix Damette et Édouard Perrier, Corse, les raisons de la colère. Perspectives démocratiques, SIPE, 1974. — Avec Ange Rovère, Peuple Corse, révolutions et nation française, Éditions sociales, 1979. ; La Révolution française en Corse, Paris, Privat, 1989. — Avec Claude Mazauric, Vive la Révolution 1789-1989. Réflexions autour du bicentenaire, Messidor/Éditions sociales, 1989. — Avec Gérard Streiff, Les Nations à la Une. Pour de nouvelles coopérations, Éditions sociales, 1993. — Avec Mathée Giacomo-Marcellesi, Chronique médiévale corse, Giovanni della Grossa, La Marge Édition, 1998. — Avec Georges Ravis et Ange Rovère, La Chaîne et la trame, Éditions Albiana, 2005.

SOURCES : Archives du comité national du PCF. — Frédérique Matonti, Intellectuels communistes. Essai sur l’obéissance politique, La Nouvelle Critique, 1967-1980, La Découverte, 2005. — Entretiens avec Antoine Casanova, 7 juillet 1992, 6 octobre 1992, 26 octobre 2006. — Notes de Jacques Girault.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément