TURMEL Pierre

Par Pierre Baudrier

Né le 21 décembre 1806, au Theil (Calvados) ; marchand de vins ; membre de la Société des droits de l’Homme ; insurgé de juin 1848.

Pierre Turmel demeura à Saint-Pierre-sur-Dives (Calvados) jusqu’en 1835 et vint alors s’établir marchand de vins-logeur, 36, rue de Poitou, à Paris. Mêlé aux affaires des sociétés secrètes avant la révolution de Février, il s’affilia à la Société des droits de l’Homme de 1848. Élu capitaine en 1er dans la VIIe légion de la garde nationale, il s’attira des inimitiés qui lui valurent une arrestation à la suite de l’insurrection de Juin.
Le 23 juin, sa compagnie se trouvait de garde à la mairie du VIIe arrdt (ancien), Turmel, pour éloigner du quartier les insurgés, parcourut avec elle les boulevards. Le soir, il plaça un poste au coin de sa rue et s’opposa à la formation d’une barricade qui cependant s’éleva un peu plus loin, le 24 au matin. À ce moment les insurgés de la rue Vieille-du-Temple envahirent la rue de Poitou et l’obligèrent à évacuer le poste. Les gardes nationaux qu’il avait requis se dispersèrent quand il voulut les emmener à la mairie prendre les ordres. À la demande du représentant du peuple Galy-Cazalat, Turmel s’en alla inviter les insurgés à quitter la barricade à l’angle de la rue de Poitou et de la rue de Berry, mais ne parvint qu’à les empêcher de tirer sur les gardes républicains qui accompagnaient le représentant. Ceux-ci occupèrent alors la barricade et Turmel se portait rue de Touraine pour arrêter l’effusion de sang quand se présenta le 1er bataillon de gardes républicains : « Nous sommes tous frères », proclama-t-il. Pacificateur plutôt qu’acteur, Turmel n’en fut pas moins condamné par le second conseil de guerre à deux ans de prison.L’argumentation ci-dessus a des accents de plaidoirie alors que Turmel était accusé d’avoir dirigé le feu sur la troupe. Le verdict modéré traduit la perplexité du tribunal que nous pouvons faire nôtre.
L’argumentation qui précède innocente Turmel encore que les tribunaux de l’époque jugeaient sévèrement toute négociation avec des insurgés. Il n’en était pas moins accusé d’avoir dirigé le feu sur la troupe. Il était jugé en même temps que Joseph Long, lieutenant dans la VIIème légion. Victor Hugo fut appelé comme témoin et déplora longuement qu’on ne l’ait pas convoqué selon les règles, en adressant une demande au président de l’assemblée nationale. Alors que, fait prisonnier, Turmel était emmené par la garde nationale, il s’adressa à Victor Hugo, qui passait par là – la date n’est pas indiquée -, lui demandant d’attester son innocence. Hugo ne put le faire. Son témoignage était dépourvu d’intérêt, dit-il à l’audience, puisqu’il ne se souvenait pas d’avoir jamais vu Turmel avant que celui-ci ne l’interpelle. Au domicile de Turmel on avait saisi un portrait de Ledru-Rollin et des brochures socialistes. Long fut condamné à un de prison.
Pendant que Turmel purgeait sa peine, sa maison de commerce fut exploitée en association par les ouvriers qui logeaient chez lui en garni. À son retour de prison, il assura la gérance du café et de l’hôtel et y attira « tout ce que Paris renferme de crapuleusement démagogue ». Il entra en relations avec Greppo*, puis se lia avec Crousse. Inquiété en janvier 1851 pour appartenance à une société secrète, il fut arrêté au début de 1852 et transporté en Algérie (« Algérie moins »).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article188781, notice TURMEL Pierre par Pierre Baudrier, version mise en ligne le 19 janvier 2017, dernière modification le 23 novembre 2021.

Par Pierre Baudrier

SOURCES : Arch. Min. Guerre, A 6912 et B 1142. — Gazette des Tribunaux, 10 août 1848, p.980 ; 30 septembre 1848, p.1165. — Base de données des Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851.

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