VIEU Georges, Joseph

Par Jean-Paul Nicolas

Né le 25 mai 1917 à Lézignan-Corbières (Aude), mort le 15 avril 2003 à Toulouse (Haute-Garonne) ; engagé dans les brigades internationales à une date non précisée ; rapatrié pour raisons sanitaires en janvier 1939.

Barcelone 1937 Fanny
Barcelone 1937 Fanny "la mitrailleuse" était une proche du volontaire français Georges Vieu.

Fils du cultivateur André Vieu et de Célestine Lasserre, Georges Vieu habitait chez ses parents en 1935 au n°28 rue Alexandre Fourtanier, dans un quartier central de Toulouse. Sa fiche matricule indiquait qu’à dix-huit ans, il exerçait le métier d’armurier.
Georges Vieu est cité à quelques reprises par Yvonne Scholten, journaliste écrivain néerlandaise, dans un livre consacré à la volontaire hollandaise Fanny Schoonheyt qui fut célébrée pour son courage dans la presse de l’Espagne républicaine durant la guerre civile. Emblématique des femmes étrangères se portant au secours de la République espagnole, cette Néerlandaise déchue de sa nationalité, exerçait son activité à Barcelone et se situait dans la mouvance communiste du PSUC dont elle fréquentait les dirigeants. Elle était apparemment enrôlée au sein de l’Ejercito Popular (Armée populaire de la République Espagnole). On la surnomma "Fanny la mitrailleuse". Fanny Schoonheyt et Georges Vieu firent connaissance à Barcelone. On le sait par le journal intime de Fanny qui, entre autres passions, avait celle de l’aviation et voulait devenir pilote.
Georges Vieu était un technicien de la compagnie Air France, société qui avait succédé, à Toulouse, à la célèbre Aéropostale. De solides relations entre Toulouse et Barcelone existaient avant la guerre civile notamment en raison des premières liaisons Paris-Alger puis Dakar et le Brésil, Barcelone était une étape indispensable pour la destination Afrique de l’Aéropostale. Gaston Vedel, le représentant d’Air France à Barcelone, avait pris contact avec les autorités catalanes fin juillet 1936, afin de garantir la continuité de ces lignes. Dans les deux aéroports, il y avait des hangars isolés dans lesquels étaient fabriqués, entre autres, des avions Fokker mais aussi des avions de combat. Des techniciens d’Air France faisaient donc régulièrement l’aller et retour entre Toulouse et Barcelone. C’est ainsi qu’Air France ou tout au moins des membres de son personnel auraient apporté leur contribution à l’aide clandestine à la République espagnole. Plus tard, Franco, installé au pouvoir, accusera Air France d’avoir grandement aidé la République.
L’examen de la fiche matricule du conscrit Georges Vieu Numéro 1438, classe 1937, Haute-Garonne bureau de recrutement de Toulouse, permet de constater que son incorporation au service militaire obligatoire coïncide étrangement avec le temps de son engagement espagnol dans les brigades internationales, engagement notifié dans les archives RGASPI de Moscou. Son « arrivée au corps » dans l’infanterie à Clermont-Ferrand semble avoir été fictive, elle est datée du 15 octobre 1937 et sa libération des obligations militaires s’effectue le 24 janvier 1939. La censure militaire a rendu illisible huit lignes qui auraient permis de comprendre son parcours militaire d’appelé du contingent. Les ratures sont certifiées par tampons officiels. En marge de la partie rendue illisible, figure la mention « Déduction de services du 15-10-37 au 20-1-1939 ». A la date du 23 janvier 1939, il est « réformé définitif » par la commission de réforme de Toulouse pour énucléation de l’œil gauche. Il s’agirait ici de la blessure qui aurait causé son rapatriement en France, indiqué « pour raisons sanitaires » par les archives moscovites.
Il y a donc tout lieu de penser que Georges Vieu était, pendant son service militaire, en accord avec les autorités françaises du Front populaire, en mission et service commandé comme technicien à Barcelone pendant la guerre civile de fin 1937 à début 1939, c’est-à-dire jusqu’à la défaite des républicains espagnols. Etait-il sous l’uniforme en Catalogne ? Sa blessure résultait-elle d’une participation à des combats ou des bombardements intenses sur Barcelone en cette fin de la guerre civile ? On l’ignore et seuls ses éventuels descendants pourraient nous en informer.
Avec ce handicap causé par la perte d’un œil, Georges Vieu, réformé définitif, ne fut pas mobilisé en septembre 1939. A vingt cinq ans, il se maria à Toulouse le 6 juin 1942 à Jeanne-Paule Gayssot. On ne sait pas si le couple eut des enfants. Georges Vieu a probablement continué sa carrière dans la compagnie Air France ou encore chez un autre avionneur de Toulouse. A son décès le 15 avril 2003, il habitait en immeuble à Toulouse au 55 avenue Louis Bréguet, au nom évocateur de l’aéronautique française.
Quant à Fanny Schoonheyt, on sait, par la police française des années trente, spécialisée dans la surveillance des étrangers « indésirables », qu’elle avait acquis, en fin 1938, la nationalité espagnole par l’administration républicaine. Dans la période qui précéda la défaite de la république espagnole, elle effectua plusieurs visites privées en France, à Paris et notamment à Toulouse pour y passer en septembre 1938 son brevet de pilote. Fanny Schoonheyt semble avoir trouvé refuge en France fin 1938, avant la victoire des Franquistes. Assignée à résidence à Chartres, elle fut l’objet de la surveillance policière réservée aux réfugiés brigadistes de toutes nationalités. Considérée en France comme suspecte, elle fut obligée d’émigrer pendant la « drôle de guerre » en République Dominicaine en février 1940 et ne parvint à retrouver sa nationalité néerlandaise qu’en 1957.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article188844, notice VIEU Georges, Joseph par Jean-Paul Nicolas, version mise en ligne le 21 janvier 2017, dernière modification le 3 décembre 2022.

Par Jean-Paul Nicolas

Barcelone 1937 Fanny "la mitrailleuse" était une proche du volontaire français Georges Vieu.
Barcelone 1937 Fanny "la mitrailleuse" était une proche du volontaire français Georges Vieu.
Groupe d'apprentis mécaniciens d'aéronautique en 1937. Georges Vieu est marqué d'une croix blanche. (origine : livre de Gérard Rey Toulouse Montaudran cité dans Sources)
Groupe d’apprentis mécaniciens d’aéronautique en 1937. Georges Vieu est marqué d’une croix blanche. (origine : livre de Gérard Rey Toulouse Montaudran cité dans Sources)

SOURCES : Arch. RGASPI, Moscou,545 /6 . — État civil Lézignan-Corbières. — AD Haute-Garonne fiche matricule Georges Vieu. — État civil Toulouse. — Scholten Yvonne FANNY SCHOONHEYT Een Nederlands Meisje strijdt in de Spaanse Burgeroorlog Editeur : Meulenhoff. — The Volunteer, journal des volontaires US en Espagne : article consacré à Fanny-la-mitrailleuse. http://www.albavolunteer.org/2011/12/queen-of-the-machine-gun-fanny-schoonheyt-dutch-miliciana/
Archive enquête police française des étrangers, fournies par Yvonne Scholten, concernant "Melle Fanny Schoonheyt-Gehring dont les agissements sont signalés suspects" septembre 1939. — Photo apprentis tirée de Gérard Rey, Toulouse Montaudran, de Latécoère à Air France éditions Loubatières 2003. — Entretiens avec Marisa Gerecht, fille de Fanny Schoonheyt. Propos recueillis par Jean-Paul Nicolas (2016) à La Frenaye (Seine-Maritime).

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