CHAMOUARD Jacques, Lucien

Par Pierre Alanche

Né le 12 septembre 1929 à Pantin (Seine, Seine-Saint-Denis) ; ouvrier ajusteur, technicien, cadre informatique dans l’industrie automobile ; militant syndicaliste CFTC puis CFDT ; militant UGDS puis PS.

Fils d’André Alexandre Chamouard et d’Hélène Suzanne née Jeanson, Jacques Chamouard fut le cadet d’une famille de trois enfants (une sœur aînée, Monique, et un frère, Paul-André). Son père, ingénieur des Arts et Métiers, travailla chez Renault, dans le service du Jean-Louis Renault, le fils de Louis Renault, de 1934 à 1945, et termina sa carrière chez Massey Ferguson. Sa mère était sans profession. Ses parents catholiques fervents restaient à l’écart de tout autre engagement. Il fit ses études primaires à Meudon (Seine, Hauts-de-Seine), à l’école Saint-Edmond d’abord (1935-1936), puis au collège Saint-Joseph (1936-1943) où il obtint son certificat d’études en 1943. Il poursuivit ses études secondaires au collège technique Jules Ferry à Versailles de 1943 à 1945. Au cours des deux dernières années, il prépara le concours d’entrée à l’École des Arts et Métiers, mais la maladie et la désorganisation des études due à la guerre le découragèrent. Il débuta sa première expérience professionnelle, comme manœuvre en juillet 1945, à l’atelier René Detrez, une entreprise de mécanique générale de deux cents personnes, à Bry-sur-Marne (Seine, Val-de-Marne), où son père, qui venait de démissionner de chez Renault, travaillait. Atteint d’une primo infection peu après son embauche, il resta en arrêt maladie jusqu’à octobre 1946. Il entra alors au centre d’apprentissage de Nord Aviation, rue Guynemer à Issy-les-Moulineaux (Seine, Hauts-de-Seine). Il obtint le CAP de tourneur en 1948 et celui de dessinateur en 1949. Il retourna alors chez Detrez comme dessinateur industriel à la suite de la fermeture de l’établissement de Nord Aviation.
Le 12 janvier 1951, il fut embauché chez Renault d’abord comme ajusteur P1 à l’atelier de précision de l’outillage central à Boulogne-Billancourt (Seine, Hauts-de-Seine). Il fit son service militaire de septembre 1951 à septembre 1952, d’abord à la base aérienne BA 740 de Nantes (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), puis à la première escadre BA 112 de Reims (Marne) et à la BA 139 de Lahr (Bade-Wurtemberg, Allemagne), il le termina avec le grade de caporal-chef. À la fin de ses obligations militaires, il retourna chez Renault, au laboratoire central, comme employé de service technique, puis comme agent technique, d’abord à la fonderie de précision, puis au laboratoire des élastomères. Ensuite en 1957, Il fut muté au laboratoire matières plastiques de Rueil-Malmaison (Seine-et-Oise, Hauts-de-Seine) où il travailla sur les problèmes des plastiques stratifiés thermodurcissables, des colles de structures, des adhésifs et mastics de carrosseries.
Il se syndiqua à la CFTC en 1956 sous l’influence de Jean Lecatellier. Dans l’entreprise les relations sociales étaient très prioritairement centrées sur le monde ouvrier et marquées par l’affrontement, souvent très dur, entre l’encadrement et la CGT. Dans le centre technique de Rueil-Malmaison la situation était différente, le syndicalisme des techniciens et des cadres techniques se développait. Avant son arrivée, il existait déjà un groupe assez conséquent de techniciens adhérents au SRTA (Syndicat Renault des travailleurs de l’automobile) et d’ingénieurs adhérents au SNICA (Syndicat national des ingénieurs et cadres de l’automobile) dont le docteur Alain Wisner, Michel Lagache, Jacques Montfougat, Claude Michel Prévost et quelques agents de maîtrise. Les membres du SNICA avaient des relations avec des collègues les autres constructeurs (Peugeot, Citroën, Simca, Chausson et des équipementiers). Jacques Chamouard participa à la création de la section syndicale de Rueil-Malmaison qui regroupait tous les adhérents CFTC indépendamment de leur statut, et il en fut le premier secrétaire. La section était autonome par rapport à celle de Boulogne-Billancourt, et était membre, comme celle-ci, du SRTA-CFTC. Il fut élu délégué du personnel en 1958 à 1963. Il établit des relations avec la direction qui permettait aux délégués d’avoir une information de qualité sur les programmes d’études. Il apprécia en particulier l’attitude de Fernand Picard, directeur du centre, père de la quatre chevaux. La section CFTC fut très majoritairement favorable à la déconfessionnalisation, moins 10 % de syndiqués refusèrent l’évolution et créèrent une section CFTC maintenue. Professionnellement, il était sous les ordres de Michel Lagache, militant CFDT, élu délégué du personnel cadre. Syndicalement, Jacques Chamouard était le chef de Michel Lagache. Leurs relations personnelles étaient excellentes, mais cette situation, était choquante dans une entreprise très hiérarchisée. Elle fut difficile à vivre. Éprouvé, Jacques Chamouard demanda sa mutation au service informatique de Boulogne-Billancourt où Robert Lucente avait des responsabilités au service du personnel. En 1967, il rejoignit le service informatique, comme programmeur, puis analyste. Il obtint le statut cadre position 2 en 1971 et cadre position 3 en 1982. Il fut élu délégué du personnel de 1964 à 1969, membre du CHS de 1971 à 1980. En 1960, avec André Colliot, il avait représenté la CFDT au sein de la CRI (Caisse de retraite inter entreprises), créée suite aux accords Renault de 1955. Il quitta l’entreprise le 1er juillet 1985 dans le cadre d’un plan FNE.
Sur le plan local, il participa au groupe d’ACO (Action catholique ouvrière) de Porchefontaine, un quartier de Versailles où l’entreprise Renault était propriétaire d’une centaine d’appartements HLM, la Résidence des Cisterciens. Le groupe d’ACO comprenait de nombreux salariés de Renault, Lucente qui logeait là avec sa famille de six enfants, André Colliot et ses trois enfants et [Paul Scheiblin-174722] et ses six enfants, tous de la paroisse Saint-Michel. L’aumônier était un jésuite polytechnicien, le père Pierre Rougé, professeur de mathématiques spéciales à l’école Sainte-Geneviève de Versailles, dont le frère était un des directeurs de Peugeot.

Jacques Chamouard adhéra à l’amicale des écoles laïques de Porchefontaine de 1960 à 1966, mais la quitta, jugeant son engagement stérile en raison des oppositions entre les fédérations Cornec et Lagarde et des réserves des enseignants.

Après les grèves de 1968, il participa à la création de la section de l’UGDS avec [Jean Poperen-163429] et Robert Lucente. Il participa au congrès de création du parti socialiste d’Épinay les 11-12-13 juin 1971 au titre de la section Renault et resta adhérent jusqu’en 1981. Il se présenta aux élections municipales de 1973 à Buc (Yvelines) sur la liste d’union de la gauche, mais ne fut pas élu.
Il intervint comme bénévole au sein de l’ECTI (Entreprises, collectivités territoriales insertion). Il y effectua des missions dont une de deux mois en Afrique (Organisation informatique du diocèse de Dapaong dans le nord du Togo et d’autres en France dans des établissements d’enseignement libre et d’insertion.
Jacques Chamouard avait épousé Marie-Antoinette Vasseur le 4 août 1957 à Ailly-sur-Noye dans la Somme. Ils eurent six enfants François-Xavier (1958), Anne (1959), Pierre (1960), Jean (1963), Cécile (1965), Hélène (1969). Elle participa avec lui aux activités de l’ACO et soutint tous ses engagements.

Il résida à Versailles de 1960 à 1966, à Buc de 1966 à 1983 et, en 2017, vit à Guyancourt depuis 1983.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article188884, notice CHAMOUARD Jacques, Lucien par Pierre Alanche, version mise en ligne le 23 janvier 2017, dernière modification le 24 janvier 2017.

Par Pierre Alanche

SOURCES : Archives UPSM. — Archives CFDT, fonds Renault. — Entretiens en 2013 2014. — Recueil de souvenirs de Jacques Chamouard, Voyage au pays des souvenirs, Limoges, éditions Bamiyan, 2011.

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