CASSAGNE René, Bernard, Jean

Par Noëlline Castagnez, Gilles Morin

Né le 18 mars 1913 à Salignac (Gironde), mort le 12 novembre 1968 à Bordeaux (Gironde) ; instituteur et journaliste ; militant socialiste, secrétaire de la fédération socialiste de la Gironde (1957-1965), membre du comité directeur de la SFIO (1957-1968) ; maire de Cenon (1948-1968) ; conseiller général de Carbon-Blanc (1951-1968) ; député (1958-1968).

René Cassagne
René Cassagne
Député

Fils de Firmin Cassagne, compagnon charron et militant socialiste, et de Malvina Brunarie, fille de charrons, René Cassagne fit ses études primaires à l’école communale de Salignac, puis au cours complémentaire de Saint-André-de-Cubzac. Reçu au concours de l’École normale de la Gironde, il y entra en 1930. Il appartint dès lors au monde de l’enseignement primaire qui, entre les deux guerres mondiales, fournit à la SFIO nombre de ses militants et de ses cadres. Avec quelques autres normaliens, il organisa une section d’étudiants socialistes rattachée à celle de Bordeaux dont le secrétaire était Jean Costedoat. Syndiqué, membre du patronage laïque de Cenon, membre des Jeunesses socialistes depuis 1932, il fut d’abord membre du comité fédéral mixte, puis secrétaire fédéral des Jeunesses socialistes de la Gironde en novembre 1936, enfin membre du comité national mixte en 1937. Militant à la section socialiste de Cenon (Gironde), il rencontra à la fédération de nombreux enseignants, dont le secrétaire fédéral en 1932, André Meunier. En 1933, il fut finaliste du championnat universitaire de rugby et se maria, le 23 septembre 1933, à Lormont, avec Andréa Tissot, sans profession (le couple eut huit enfants). Après un an à Abzac, il fut nommé instituteur à Bassens, puis en 1936 dans le quartier ouvrier de Bordeaux, La Bastide.

Alors que le Front populaire s’achevait, il connut une ascension rapide dans sa fédération : membre suppléant de la commission administrative fédérale en 1938, et archiviste bibliothécaire de la fédération, administrateur du Populaire girondin en 1939 en remplacement de R. Léquipé, il fut désigné secrétaire fédéral adjoint en 1940. Lors du congrès fédéral de mai 1939, il soutint la motion pacifiste de Paul Faure* et collabora ensuite au journal paul-fauriste Le Pays socialiste, le 16 février 1940.
Cassagne fut mobilisé lors de la déclaration de guerre, mais la naissance de son quatrième enfant le libéra de ses obligations militaires dès décembre 1940. Lors du vote du 10 juillet 1940, les députés girondins furent divisés et certains militants s’engagèrent à Libération-Nord, derrière Gabriel Delaunay. Mais Cassagne ne joua pas de rôle dans la Résistance, refusant d’assumer la responsabilité des JS de la Gironde, ce qui lui valut une exclusion temporaire à la Libération. Il fut néanmoins réintégré dès l’hiver 1944-1945 et retrouva rapidement une place importante dans la fédération : secrétaire fédéral-adjoint, à l’administration puis à l’organisation, d’août 1945 à juin 1949 (au moins), et directeur politique et technique de Bordeaux-Matin-Populaire du Sud-Ouest, créé le 25 mars 1945. Le journal, devenu Bordeaux-Presse le 31 juillet 1946, disparut en juillet 1947, victime de difficultés financières et d’un manque de lecteurs. En 1948-1950, il devint bibliothécaire au collège technique de Bordeaux.

Cassagne franchit, en octobre 1947, la première marche d’une longue carrière élective qui devait le porter au Parlement. Élu conseiller municipal de Cenon, il devint le maire de cette commune d’août 1948 à sa mort en 1968. Il dirigea la municipalité avec l’appoint de voix RPF jusqu’en 1953, où sa liste gagna cinq sièges supplémentaires qui lui permirent de disposer d’une majorité homogène. Cité ouvrière de l’agglomération bordelaise, Cenon comptait alors une dizaine de milliers d’habitants (recensement de 1953). Il fut désigné secrétaire des élus socialistes fédéraux en 1951. Cassagne gagna ensuite le siège de conseiller général de Cardon-Blanc, lors d’une élection cantonale partielle, le 28 janvier 1951, et devint le secrétaire du groupe socialiste. Il fut élu en remplacement de son camarade Gaston Cabannes, décédé en novembre. Il fut, avec Chaban-Delmas, l’un des artisans de l’organisation de la Communauté urbaine de Bordeaux, dont il fut vice-président. Il était aussi président des maires de l’agglomération bordelaise pour la défense des intérêts de la rive droite et secrétaire du syndicat départemental des communes. Il collabora activement à La France et à La Nouvelle République.

Candidat à plusieurs reprises aux élections législatives, en novembre 1946, 1951 et 1956, Cassagne n’obtint que progressivement une position éligible (il passa en dix ans de la huitième à la deuxième place sur la liste socialiste qui en comptait neuf). Il prit alors une plus grande part dans la vie fédérale et nationale de la SFIO. Membre de la commission administrative fédérale en 1952-1955, il fut désigné secrétaire de la fédération en mars 1957 et le demeura jusqu’en mai 1965. Son camarade, Jean-René Guyon*, le prit comme chargé de mission à son cabinet lorsqu’il fut nommé secrétaire d’État au Budget. Il entra au comité directeur de la SFIO en 1957 et y demeura jusqu’à son décès en 1968. Il fut encore délégué à la commission nationale ouvrière de 1957 à 1965 et responsable parlementaire de la commission nationale d’études, section travail, en 1959. Très présent lors des réunions nationales du parti, il fut l’un des signataires de la motion pour l’interdiction de l’appartenance à la CGT des militants socialistes au conseil national de décembre 1957. Il fut souvent désigné à des fonctions de surveillance ou d’études partisanes : membre de la commission de réintégration aux congrès de 1957 et 1958, de la commission de résolution des conseils nationaux de décembre 1957 et du 11 avril 1960, de la commission chargée d’étudier les problèmes de politique économique et sociale aux conseils nationaux des 3-4 mai 1958 et des 10-11 janvier 1959 ; membre de la commission gestion de l’entreprise des journées nationales d’études du 7 au 10 mai 1959 ; enfin délégué fédéral aux congrès nationaux SFIO de 1960 et 1961.

Le retour au scrutin d’arrondissement devait permettre à Cassagne de gagner un siège de parlementaire. Le 30 novembre 1958, il fut élu député de la 4e circonscription de la Gironde, avec pour adversaire le secrétaire fédéral du PCF, Jean Rieu*, et un modéré. Quatre ans plus tard, il contribua à la formation du Front démocratique girondin, cartel électoral entre la SFIO, les radicaux, les indépendants et divers modérés, et imposa le maintien de cette structure jusqu’à son décès. Reconduit au scrutin de ballottage en 1962, il fut toujours réélu jusqu’à son décès en 1968. Il devint vice-président du groupe parlementaire présidé par Gaston Defferre*. Ses préoccupations parlementaires l’attachaient aux questions de l’enseignement et aux problèmes d’administration communale et régionale, par vocation et par goût. Très présent à l’Assemblée où il déposa de nombreuses propositions de loi et posa de nombreuses questions écrites (120 entre 1962 et 1967), il se fit remarquer dans les débats par sa verve et son accent coloré.

En 1964, fortement engagé au côté de Gaston Defferre dans le comité national « Horizon 80 », Cassagne fit des voyages d’études aux États-Unis et en Inde. Il fut désigné vice-président du groupe de la FGDS à l’Assemblée nationale en 1967-1968 et à la délégation des gauches, dont la création avait été décidée par accord entre la fédération et le PCF. Président de la fédération départementale FGDS de la Gironde lors de sa constitution en 1966, il fut élu à son comité exécutif le 28 février 1968. Sur le plan local, il maintint les liens avec le centre et entretint des relations personnelles avec Jacques Chaban-Delmas.

Réélu député le 30 juin 1968, il mourut en novembre de la même année, jeune encore, à la suite d’une longue maladie. Une stèle en son honneur fut inaugurée en octobre 1969 et une société des « Amis de René Cassagne » fut fondée la même année. Philippe Madrelle lui succéda à la députation et René Bonnac à la mairie de Cénon.

René Cassagne ne doit pas être confondu avec un homonyme, sénateur puis député radical-valoisien des Basses-Pyrénées [Pyrénées-Atlantiques] de 1948 à 1958, né le 16 juillet 1898 à Nay.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article18896, notice CASSAGNE René, Bernard, Jean par Noëlline Castagnez, Gilles Morin, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 15 août 2021.

Par Noëlline Castagnez, Gilles Morin

René Cassagne
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SOURCES : Arch. Nat., F/7/15499, n° 4206 ; F/7/15530 n° 16720 ; F/1b1/998 ; F/1cII/112, 282, 305, 703. — Arch. OURS, A9/49/MM et F9/26/MM et dossiers Gironde. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967. — Bulletin intérieur de la SFIO, n° 97, 108, 109, 111, 114, 121. — J. Jolly, Dictionnaire des Parlementaires, op. cit. — Le Monde, 14 novembre 1968. — Francis Heinrich, René Cassagne. Socialiste député 1913-1968, Association les Amis de René Cassagne, 1993. — Notice DBMOF, par J. Raymond.

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